Le vent et le grain de sable

Vue sur Havre-aux-Maisons, aux îles de la Madeleine. Les éoliennes envisagées seraient déposées sur la Dune-du-Nord, entre Mines Seleine et Pointe-aux-Loups.
Photo: Patrick Pleul Agence France-Presse Vue sur Havre-aux-Maisons, aux îles de la Madeleine. Les éoliennes envisagées seraient déposées sur la Dune-du-Nord, entre Mines Seleine et Pointe-aux-Loups.

Le projet éolien des îles de la Madeleine, qui s’est récemment retrouvé entre les mains du ministère de l’Environnement, pourrait véritablement servir de « vitrine technologique », car il permettrait de réduire le rôle joué par la centrale au diesel qui alimente l’archipel, croit le maire de la municipalité.

Selon Jonathan Lapierre, le projet, plutôt méconnu du grand public, recevra une « attention particulière » dans la mesure où toutes les manières d’améliorer le bilan énergétique des Îles permettront de s’éloigner de ce qui est actuellement une dépendance totale aux hydrocarbures. Chaque année, la centrale consomme pas moins de 40 millions de litres de mazout.

« La communauté des Îles et Hydro-Québec ont toujours eu le souci d’innover pour diminuer cette consommation de mazout et diminuer les émissions de gaz à effet de serre »,a dit M. Lapierre en entrevue au Devoir mercredi. « Ce projet-là devient par défaut une sorte de vitrine technologique. Des centrales thermiques, ou en milieu éloigné et isolé, il y en a de par le monde, et les entreprises et les sociétés d’État qui en possèdent cherchent des façons de diminuer leur consommation d’énergies fossiles. »

Une éolienne encore en place

C’est aux îles de la Madeleine que revient l’honneur d’avoir accueilli la première éolienne au Québec. Quiconque a déjà roulé sur la route 199, dans la section nord de Havre-aux-Maisons, a pu apercevoir l’éolienne à axe vertical, construite en 1977 par Hydro-Québec et aujourd’hui hors d’usage. Le projet de 230 kW avait été mené avec le Conseil national de recherches Canada et l’Institut de recherche électrique d’Hydro-Québec.

À l’automne 2015, Hydro-Québec a lancé un appel de propositions pour un parc éolien de 6 MW (donc deux ou trois éoliennes en principe, pour environ 10 % des besoins des Îles), qui serait situé sur la Dune-du-Nord, entre Mines Seleine et Pointe-aux-Loups. La Régie intermunicipale de l’énergie Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, qui regroupe plusieurs MRC, sera un « partenaire actif », selon l’appel de propositions d’Hydro-Québec. Quiconque est désigné comme le soumissionnaire gagnant devra conclure une entente avec la Régie avant de pouvoir signer le contrat.

Dans les mois qui suivent l’appel de propositions d’octobre 2015, toutefois, survient un problème. Le site choisi abrite une espèce végétale menacée qu’on ne retrouve qu’aux Îles, le corème de Conrad, qui bénéficie d’une protection juridique depuis 2001. Il recouvre 900 hectares au total, mais la zone visée, selon M. Lapierre, ne représente que 0,4 %.

En cours de route, la municipalité estime qu’il faut demander au ministère de l’Environnement de pouvoir recourir à l’article 19 de la Loi sur les espèces menacées. Celui-ci prévoit qu’après une audience publique, «le gouvernement peut [...] autoriser la réalisation d’une activité qui modifie l’habitat d’une espèce floristique menacée ou vulnérable s’il estime que sa non réalisation ou son abandon entraînerait, pour la collectivité, un préjudice plus grand que l’altération de l’habitat de l’espèce floristique en cause». Au milieu du mois de juillet, la Régie a reçu l’assurance verbale que le ministère était disposé à tenir une telle consultation. Le Devoir a été incapable d’obtenir les commentaires du Comité ZIP, qui se spécialise dans les questions environnementales.

À la demande de la Régie, Hydro-Québec a déjà décidé de reporter de 2016 à 2017 la date où sera choisi le soumissionnaire gagnant. Au-delà de l’environnement — un déversement d’hydrocarbures est survenu dans le port de Cap-aux-Meules en 2014 —, il faudra aussi se pencher sur un enjeu socioéconomique, dit le maire. Car la centrale thermique emploie présentement 80 personnes et génère des retombées d’environ 32 millions par année. « C’est le quatrième moteur économique des Îles », dit-il.

3 commentaires
  • J-Paul Thivierge - Abonné 4 août 2016 11 h 50

    couts et sécurité de fourniture électrique .

    Comme c'est parti il semble que ça prendra encore 2 ans ou + avant que des éoliennes modernes ( à entrainement direct comme Enercon ) de préférence sans boites de vitesses pour fournir aux clients des Îles de la Madeleine de l'électricité plus propre et moins couteuse mais encore pour quelques centaines de m 2 de plante on refuserait ou on aurait à déplacer le projet.
    Pour protéger cette plante qui se continuera à se reproduire après l'installation de éoliennes on continuera à produire des milliers de tonnes de GES et les problèmes reliés aux émissions de GES ou est la logique ; diminuer les émissions polluantes pour protéger la vie sur Terre ou protéger les plantes qui seront détruites par les extrêmes climatiques causés par la pollution.

  • Raymond Vallée - Abonné 4 août 2016 12 h 39

    "soumissionnaire gagnant"?

    Hydro-Québec devrait développer l'energie éolienne ; le peuple Québecois serait "GAGNANT" .

    • J-Paul Thivierge - Abonné 5 août 2016 10 h 06

      Juste confirmer que si H-Q était maître d'oeuvre depuis des décennies qu'on le demande et l'énergie éolienne serait très rentable surtout sur les terres publiques à proximité des grands barrages et installations de Manic Outardes et à la Baie James .

      Pour optimiser les sources d'énergie ainsi profiter du vent quand il est puissant et turbiner les réserves d'eau accumulées quand le vent est absent.