Le Canada doit se préparer au pire

Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix. En 2013, des experts internationaux ont estimé qu’un séisme de magnitude 7,1 qui surviendrait dans la zone sismique de Charlevoix coûterait près de 61 milliards de dollars.
Photo: Tony Tremblay Getty Images Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix. En 2013, des experts internationaux ont estimé qu’un séisme de magnitude 7,1 qui surviendrait dans la zone sismique de Charlevoix coûterait près de 61 milliards de dollars.

L’économie canadienne pourrait être sérieusement ébranlée si un important séisme devait survenir. C’est du moins ce que conclut une nouvelle étude menée par l’ancien surintendant des institutions financières au Canada, qui insiste sur la nécessité pour le pays de se doter d’un « filet de sécurité », une recommandation que salue l’industrie.

Le document, publié par l’institut C. D. Howe, prévient que « le Québec est vulnérable » à un tremblement de terre majeur. Il semble toutefois que la population ne prenne pas cette menace au sérieux : moins de 3 % des ménages québécois sont assurés pour cette éventualité.

Déjà, 2016 a connu la plus coûteuse des catastrophes naturelles de l’histoire du Canada. Les dommages provoqués par les incendies de forêt de Fort McMurray, en Alberta, se sont élevés à 3,58 milliards de dollars, selon les calculs du Bureau d’assurance du Canada (BAC). Ce montant historique ne représente pourtant qu’une infime fraction de la facture d’un tremblement de terre majeur.

En 2013, des experts internationaux ont estimé qu’un séisme de magnitude 7,1 qui surviendrait en aval de Québec, dans la zone sismique de Charlevoix, coûterait près de 61 milliards de dollars. C’est près de 17 fois le prix des incendies de Fort McMurray, d’un seul coup. « Les simulations indiquent qu’il pourrait y avoir liquéfaction du sol, des dommages aux maisons plus anciennes qui n’ont pas été conçues pour résister aux séismes, et des feux résultant des bris de conduite », énumère Pierre Babinsky, porte-parole du BAC, qui a commandé la recherche.

Advenant un tel scénario catastrophe, en plus du potentiel coût humain qui nécessiterait l’attention immédiate des autorités, il serait possible de rajouter au nombre des victimes les assureurs qui n’ont pas les reins assez solides pour indemniser autant de sinistrés. « Si un tremblement de terre majeur se produisait, cela serait catastrophique pour l’industrie », résume Nicholas Le Pan, ancien surintendant des institutions financières du Canada et auteur de l’étude Les lignes de faille. Tremblements de terre, assurance, et risque financier systémique publiée mercredi.

Selon M. Le Pan, les décideurs ont accordé beaucoup d’importance à la régulation du système bancaire après la crise financière de 2007-2008, mais très peu aux risques pour le système économique d’un désastre naturel d’importance. Puisque les assureurs souscrivent eux-mêmes à une réassurance pour leur conférer une capacité financière suffisante en cas de dédommagements, l’ensemble de l’industrie subirait le poids d’une compagnie d’assurances qui deviendrait insolvable. « C’est un peu comme des dominos », illustre l’auteur, qui parle d’un « risque systémique grave ». S’il advenait au Canada un séisme comparable à celui de 2011 à Tohoku, au Japon, d’une magnitude de 9 accompagné d’un tsunami, c’est l’ensemble de l’industrie qui pourrait ainsi devenir insolvable.

Le rapport de Nicholas Le Pan suggère de renforcer la Société d’indemnisation en matière d’assurances (SIMA). La loi confère à cet organisme sans but lucratif le mandat de protéger la population en cas de faillite d’une compagnie d’assurances. Or, selon M. Le Pan, la SIMA n’a pas les liquidités nécessaires en cas de crise. « Le gouvernement pourrait garantir des liquidités, une fois que toutes celles du secteur privé requises par la loi sont épuisées », suggère-t-il.

Un risque ignoré au Québec

L’autre problème que constate l’ancien surintendant des institutions financières du Canada est l’impopularité des polices d’assurance couvrant les séismes, en particulier au Québec. « On pense souvent que les tremblements de terre, c’est un problème de Vancouver, de la Colombie-Britannique. Au contraire, il y a un risque important, bien que moindre, dans le corridor Ottawa-Montréal-Québec », prévient Nicholas Le Pan.

Les données scientifiques indiquent effectivement que la partie la plus densément peuplée du Québec est bordée par deux zones sismiques d’importance : une à l’ouest du Québec, qui inclut la vallée de l’Outaouais jusqu’à Montréal, et l’autre dans Charlevoix-Kamouraska. Maurice Lamontagne, séismologue de la Commission géologique du Canada, explique que, même s’il est plus probable qu’un séisme d’importance survienne à l’ouest qu’à l’est du Canada, « le risque ici n’est pas négligeable ».

On estime la probabilité d’un séisme assez important pour endommager des bâtiments dans les 50 prochaines années à 7 % à Québec, à 9 % à Montréal et à Ottawa, et jusqu’à 24 % à Rivière-du-Loup. Malgré tout, une infime proportion des ménages québécois (3 %) adhère à une assurance pour s’y protéger.

« Aucun contrat d’assurance de base au Québec n’offre une couverture pour les tremblements de terre, confirme Patrick Goulet, directeur de l’équipe des garanties pour les assurances chez Desjardins. On l’offre [cette couverture] si elle est demandée, mais ça vient avec des coûts supplémentaires. C’est un choix personnel. »

 

Selon M. Goulet, tant Desjardins que l’industrie de l’assurance dans son ensemble seraient prêts à faire face à tout type de désastres naturels, dont les risques sont calculés par des actuaires. L’autorité des marchés financiers obligera d’ailleurs les compagnies d’assurances à être prêtes, pour 2022, à faire face à un séisme dont l’intensité ne survient qu’une fois tous les 500 ans. Selon Pierre Babinsky, du Bureau d’assurance du Canada, le secteur en a déjà les moyens. Les assureurs sont toutefois d’avis que de meilleures garanties gouvernementales pour se prémunir contre les séismes encore plus rares sont nécessaires. « C’est le temps d’avoir cette discussion maintenant, conclut M. Babinsky, avant que l’impensable se produise. »

3 commentaires
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 4 août 2016 11 h 10

    ....ce que j'en retiens

    "...une infime proportion des ménages ...etc"
    "...avant que l'impensable se produise..."
    2022....???!!!

    ça me fait penser à l'an 2000 et la fin... du monde...
    pour quiconque possédait un appareil électronique.
    On appelait ça le "bogue" de l'an 2000.

    Pourquoi toujours jouer sur la peur.?
    Les compagnies d'assurance veulent...votre bien?!

    • Philippe Hébert - Inscrit 4 août 2016 17 h 03

      Il s'agit de la nouvelle tactique des fédéralistes pour contrer un référendum hypothétique sur l'indépendance du Québec en 2022!

      L'argument sera que si le Québec se sépare, les compagnies d'assurances ne nous indemniserons pas!

      Ça rentre bien dans la continuité des mensonges précédent avec les chèques de penssion, l'interdiction d'utiliser la monnaie canadienne, la péréquation, etc..

      Lees gens sont plus portés à croire des mensonges quand il y a quelques fait véridique qui y sont ancrés, qu'un mensonge inventé de toutes pièces.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 4 août 2016 17 h 20

    Et les pipelines ???

    Qu'arrivera-t-il aux pipelines d'Énergie Est en cas de tremblement de terre ? Certainement un déversement majeur...Les pipelines fuieront de partout...Des dégâts que les assureurs seront incapables de payer...Alors quel choix avons-nous ? Aucun...Le pipeline d'Énergie Est ne doit pas passer par le québec...Point final...