Selon les prévisions de la Banque Royale - Malgré la flambée des prix, l'immobilier demeure accessible

Si une légère décélération devrait être observée à l'échelle canadienne, l'activité immobilière conservera toute sa vigueur au Québec en 2004. Étonnamment, malgré une poussée de 35 % des prix au cours des six dernières années, l'accès à la propriété est demeuré stable, à des niveaux permettant à l'élan de se poursuivre sans crainte de voir apparaître une bulle immobilière.

Selon la dernière lecture de John Anania, premier économiste de la Banque Royale au Québec, «le marché immobilier du Québec est resté vigoureux tout au long de 2003. L'explosion de la demande et la pénurie de nouvelles inscriptions ont fait grimper les prix, mais cela a eu peu d'impact sur l'accessibilité». Et l'économiste d'ajouter: «Si les prix ont progressé de près de 35 % depuis 1997, l'accessibilité est restée stable et s'est même un peu améliorée pendant cette période. Cette situation est clairement attribuable à la hausse des revenus et à des taux hypothécaires qui n'ont jamais été aussi bas.»

Au dernier trimestre 2003, l'indice d'accessibilité à la propriété de la RBC se chiffrait à 29,9 % au Québec, en définitive inchangé par rapport au trimestre précédent. Selon cet indice, qui mesure la proportion du revenu des ménages avant impôts consacrée aux frais de propriété d'un bungalow individuel (capital, intérêts, taxes et services publics), le versement mensuel atteignait 1067 $ à la fin de 2003. Au Canada, la moyenne faisait ressortir un indice d'accessibilité de 31,9 % l'an dernier, «à peine au-dessus des 31,7 % atteints en janvier 2001, le niveau le plus bas jamais enregistré».

L'endettement n'inquiète pas

De telles données laissent entendre que la vigueur du marché immobilier va se poursuivre au Québec et à peine ralentir à l'échelle canadienne en 2004. Surtout que l'endettement des ménages n'inquiète toujours pas. «Le fardeau de la dette est inférieur à son sommet de 1990-92», a résumé John Anania. Le poids des paiements de la dette sur le revenu disponible est présentement de 15 %, contre 17 % au sommet d'avant la récession de 1990-92. «Et aujourd'hui, au lieu d'être à l'aube d'une récession, nous parlons plutôt d'une accélération de l'activité économique, d'une reprise qui laisse présager une augmentation des revenus des ménages. Il faut ajouter à cela le fait que les taux d'intérêt sont appelés à demeurer stables d'ici à la fin de 2004.» L'économiste prévoit des taux d'intérêt relativement inchangés dans la tranche à court terme en 2004. Dans l'échéance de cinq ans, qui sert de référence aux taux hypothécaires, tout au plus entrevoit-il une augmentation de 100 points de base.

Quant à la bulle immobilière tant crainte... «Les ingrédients à une telle bulle ne sont pas réunis», a affirmé John Anania. Il n'y a pas de demande spéculative et pas de nouvelles baisses importantes des taux d'intérêt qui pourraient venir stimuler la demande. Et pas de risque déflationniste, avec cette croissance mondiale qui s'installe, a énuméré l'économiste.

Au Québec, «le marché immobilier devrait continuer de profiter de la demande accumulée, comme le prouvent les faibles taux d'inoccupation à Montréal, à Québec et à Sherbrooke». Mais si, en 2003, les mises en chantier ont atteint un chiffre inégalé depuis 1988, par habitant «elles sont de loin inférieures à leur niveau de 1988-1990», soit la période ayant précédé l'éclatement de la bulle immobilière, a-t-il indiqué.

Au Canada, les mises en chantier ont progressé de 6,2 % l'an dernier pour atteindre leur niveau le plus élevé depuis 1988. Le marché de la revente, pour sa part, a augmenté de 3,8 %, pour établir un nouveau record de vente. Toutefois, «la hausse de l'offre, grâce à l'augmentation des nouvelles inscriptions et à l'achèvement en grand nombre de la construction de nouveaux logements, devrait modérer les marchés par rapport à l'an dernier.»