Acquisition d'AT&T Wireless: Cingular l'emporte

New York — L’opérateur américain de téléphonie mobile Cingular Wireless va devenir le numéro un de la téléphonie mobile aux États-Unis avec l’acquisition annoncée hier d’AT&T Wireless pour quelque 41 milliards $US, à l’issue d’enchères féroces avec son rival britannique Vodafone, qui a abdiqué.

Cingular, société commune entre SBC Communications (à hauteur de 60 %) et BellSouth (40 %), a annoncé dans un communiqué «un accord pour acquérir AT&T Wireless, créant le premier opérateur de téléphonie mobile aux États-Unis». La nouvelle entité va laisser «un bon nombre d'autres [opérateurs de téléphonie mobile] dans le rétroviseur», a assuré le p.-d.g. d'AT&T Wireless, John Zeglis, lors d'une conférence de presse téléphonique, raillant même le slogan publicitaire du principal concurrent du nouveau groupe: «Hé, Verizon, vous nous entendez maintenant?»

«La nouvelle entreprise va compter 46 millions d'abonnés et l'un des réseaux numériques les plus avancés des États-Unis, s'étendant sur 49 États et couvrant 97 des 100 marchés les plus importants», a souligné Cingular. Le chiffre d'affaires total sera supérieur à 32 milliards $US.

«L'annonce d'aujourd'hui [hier] est une triple victoire pour les actionnaires, les abonnés et les employés», s'est réjoui John Zeglis, qui devrait rester le temps de la transition alors que Stan Sigman va devenir le p.-d.g. de la nouvelle entité. En principe, «il ne devrait pas y avoir de chevauchement» entre les deux entreprises, a-t-il estimé.

Néanmoins, en dépit de «synergies significatives», «des employés» pourraient être effectivement touchés par ce rapprochement, a reconnu le p.-d.g. de Cingular, Stan Sigman, lors de la même conférence, tout en ajoutant ne pas avoir «de détails à ce stade» du rapprochement entre son entreprise et AT&T Wireless. Grâce au rachat d'AT&T Wireless, Cingular s'attend à réaliser des synergies de plus de un milliard $US en 2006, et de plus de deux milliards l'année suivante. Les opérations combinées généreront un flux positif de trésorerie disponible en 2005.

Concurrence exacerbée

AT&T Wireless était pressé de se vendre. Le numéro trois américain souffrait en effet depuis quelques mois d'une concurrence exacerbée aux États-Unis, dans un marché déjà ultra concurrentiel. L'entrée en vigueur d'une loi autorisant les clients à conserver leur numéro de portable tout en changeant d'opérateur a attisé la guerre des prix.

Cingular a payé le prix fort pour s'emparer d'AT&T Wireless. Alors que les experts ne donnaient pas cher de la proposition de l'américain vendredi, Cingular a été obligé lundi de relever son offre jusqu'à 38 milliards $US, au même niveau que Vodafone qui, enclin à renchérir, était resté singulièrement muet sur ses intentions.

La nouvelle surenchère de Cingular lui a-t-elle porté le coup de grâce? Hier, le britannique, détenteur de 45 % de l'opérateur américain de téléphonie mobile Verizon Wireless, mais qui n'a jamais caché son insatisfaction face à une alliance dans laquelle il est minoritaire, a fini par jeter l'éponge. «Le 17 février, Vodafone s'est retiré des enchères lorsqu'il a conclu qu'il n'était pas dans l'intérêt de ses actionnaires qu'il poursuive les discussions», a indiqué sobrement le groupe britannique dans un communiqué.

Selon l'accord, Cingular va s'acquitter de 15 $US par action AT&T Wireless. SBC Communications, qui détient 60 % de Cingular, va apporter 25 milliards, tandis que BellSouth, qui possède les 40 % restants, va contribuer à hauteur de 16 milliards.