Disney attend l'acheteur le plus offrant

New York — Les enchères sont désormais ouvertes pour mettre la main sur les trésors de Walt Disney, qui a rejeté une première offre du numéro un américain du câble, Comcast, mais s'est dit ouvert à d'autres propositions de rachat.

Davantage que le refus d'être racheté pour 66 milliards $US, prix calculé le 11 février au lancement de l'offre, c'est cet appel du pied à des candidatures concurrentes qui retenait hier l'attention générale. Le communiqué publié lundi soir par Disney n'est clairement pas une fin de non-recevoir définitive. «Dans toute proposition émanant de Comcast, ou d'une autre entreprise, le conseil d'administration considérera et estimera la valeur susceptible d'être reçue en échange des actions de Disney, et également la prime appropriée reflétant la pleine valeur», selon lui.

Depuis vendredi, quand le titre Disney a dépassé les 26,46 $US, Comcast n'offre plus aucune prime aux actionnaires. Il n'est donc pas étonnant qu'on puisse désormais être tenté de le doubler avec des propositions plus alléchantes.

«Comme nous l'avons déjà dit, la division NBC de General Electric et [le groupe de médias] Liberty Media sont des candidats potentiels», soulignait Jordan Rohan, de la maison de courtage Schwab Soundview Capital Markets. Le concurrent de Comcast dans le câble, Cox Communications, «peut aussi avoir envie de se proposer comme repreneur, soit tout seul, soit en partenariat avec un autre soutien», a-t-il ajouté.

Contrastant avec le mutisme du nouveau grand magnat de l'internet Barry Diller, en qui la presse verrait un «chevalier blanc» pour Disney, le groupe de médias Viacom a de son côté mis fin aux spéculations sur sa possible entrée en lice, du moins comme repreneur global. «Nous ne pensons pas qu'il y a une pièce manquante à notre modèle ou que nous ayons besoin de faire une acquisition», a dit son p.-d.g., Mel Karmazin hier au Wall Street Journal.

Une contre-attaque

Quant à la possibilité d'une contre-attaque de Comcast, elle nourrissait l'essentiel des commentaires. Selon des proches de sa direction cités hier par le New York Times, Comcast envisage de demander aux autorités boursières (SEC) le droit de se rapprocher directement des actionnaires de Disney pour leur proposer de nouveaux noms d'administrateurs qui seraient davantage favorables à son offre.

Cette tactique est certes agressive, mais elle a déjà été utilisée par le passé. Lundi soir, Comcast avait immédiatement réagi au communiqué de Disney en réaffirmant que son offre initiale était «irrésistible» pour les actionnaires des deux groupes et «reflète une évaluation complète et généreuse» de la maison-mère du réseau de télévisions ABC, des studios de cinéma Disney et autres parcs à thèmes.

Le p.-d.g. du câblo-opérateur, Brian Roberts, a confié hier au Wall Street Journal que sa combativité légendaire à convaincre les investisseurs dans les opérations de fusion-acquisition pourrait avoir des limites si Disney mettait la barre trop haut. «Nous avions besoin de faire AT&T. Mais je ne pense pas que nous avons [autant] besoin de faire cette transaction» avec Disney, déclare M. Roberts en référence au rachat des activités câble du grand opérateur téléphonique américain en 2002.

Opération de diversion? Jordan Rohan rappelle à propos du rachat d'AT&T Broadband que Comcast avait commencé avec «une offre relativement modeste» avant de la relever après l'annonce de tentatives concurrentes.