Sur les ailes d’Airbnb

Lufthansa peut espérer augmenter le taux d’occupation de ses avions, au moment où les transporteurs aériens se livrent une guerre de prix et où les réservations faites à l’avance diminuent.
Photo: Éric Piermont Agence France-Presse

Lufthansa peut espérer augmenter le taux d’occupation de ses avions, au moment où les transporteurs aériens se livrent une guerre de prix et où les réservations faites à l’avance diminuent.

Airbnb offre déjà à ses utilisateurs de séjourner dans un château, une maison dans un arbre ou encore un phare. Et pourquoi pas dans une « chambre » dans les nuages ? Le géant de l’hébergement s’est pour la première fois associé à un transporteur aérien et offre désormais des billets d’avion de la compagnie Lufthansa. Malgré ses allures de coup de pub, ce projet-pilote marque peut-être le début d’une tendance.

Depuis vendredi, la plus importante compagnie aérienne européenne affiche une annonce à première vue banale sur le populaire site de location : une « chambre » partagée, comprenant quatre cabinets d’aisance, l’accès Internet, la télévision et l’air climatisé. Les lieux sont non-fumeurs et les animaux y sont interdits. La grande différence entre cette « chambre » et les autres unités mises en location à travers le monde, c’est qu’elle se déplace à 910 km/h, précise l’annonce.

Le transporteur allemand offre en fait un vol aller-retour Francfort-New York en classe « économique premium » pour 1172 $, en incluant les frais exigés par Airbnb. Le billet doit être réservé pour un voyage entre le 23 août et le 15 décembre.

Cette offre, qui fait partie d’une campagne lancée discrètement la semaine dernière, prend fin vendredi, mais les deux partenaires n’excluent pas d’autres alliances. « Nous discutons actuellement avec Airbnb au sujet d’autres campagnes potentielles », affirme la porte-parole de Lufthansa Christina Semmel.

Le transporteur n’a pas voulu préciser combien de voyageurs ont acheté des billets en passant par Airbnb jusqu’à maintenant, se contentant d’évoquer la grande visibilité de l’initiative sur les réseaux sociaux.

De son côté, Airbnb rappelle qu’elle s’était déjà associée à KLM pour permettre à un groupe de passer une nuit dans un avion, mais que jamais des sièges n’avaient été annoncés sur la plateforme auparavant.

L’entreprise n’envisage pas d’alliances semblables avec des compagnies aériennes canadiennes pour le moment, mais elle ne ferme pas la porte non plus. « Nous sommes toujours ouverts à collaborer avec des compagnies, à travers le monde, qui partagent notre vision », précise le porte-parole Julian Trautwein.

Gagnant-gagnant

 

Cette alliance ponctuelle permet bien sûr aux deux compagnies de faire parler d’elles, mais aussi d’y trouver leur compte de manière bien concrète.

Lufthansa peut espérer augmenter le taux d’occupation de ses avions, au moment où les transporteurs aériens se livrent une guerre de prix et où les réservations faites à l’avance diminuent. La semaine dernière, lors du dévoilement de ses résultats du premier semestre, la compagnie a d’ailleurs abaissé ses prévisions pour 2016 en pointant notamment l’incertitude économique et les attentats terroristes qui frappent l’Europe à répétition.

« Pour Lufthansa, c’est une façon de rentabiliser des vols en s’adressant à une clientèle qui voyage beaucoup », observe Michel Archambault, professeur émérite à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM et fondateur de la Chaire de tourisme Transat.

« C’est une solution qui permet de colmater des brèches dès maintenant et une voie intéressante pour le moyen et le long terme », ajoute-t-il.

Opération séduction

 

Pour Airbnb, le partenariat avec Lufthansa représente une nouvelle percée auprès de la clientèle d’affaires, que la compagnie tente de séduire activement depuis environ deux ans. Et les sièges « économique premium », plus confortables et plus onéreux que ceux de la classe économique, correspondent justement aux besoins de cette catégorie de voyageurs.

Depuis sa fondation en 2008, la populaire plateforme s’est fait un nom en ciblant les voyageurs de plaisance, mais elle tente désormais d’élargir sa clientèle. Elle a lancé à l’été 2014 un premier programme destiné aux entreprises, puis une version améliorée en juillet 2015. Cet outil permet notamment aux entreprises de gérer plus facilement les réservations et la facturation de leurs employés.

Près de 50 000 employés provenant d’environ 5000 compagnies ont utilisé Airbnb pour entreprises entre juillet 2015 et janvier 2016, selon les données rapportées par Quartz. Des résultats timides en comparaison des quelque 80 millions de réservations effectuées sur Airbnb en 2015.

Si elle s’avère profitable, l’alliance Airbnb-Lufthansa pourrait donc ouvrir la voie à des initiatives similaires, estime le professeur Archambault. « Les autres compagnies aériennes vont suivre cette expérience avec beaucoup d’intérêt, parce qu’une association entre grands leaders est presque assurément avantageuse. »

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