La BCE se tient prête, mais reste en touche

Mario Draghi, président de la BCE
Photo: Daniel Roland Agence France-Presse Mario Draghi, président de la BCE

La Banque centrale européenne (BCE) a assuré jeudi qu’elle était prête à agir pour contrer les répercussions du Brexit sur l’économie déjà atone de la zone euro, mais entend se donner un peu de temps pour analyser la situation.

À l’occasion de sa première conférence de presse depuis le vote britannique en faveur d’une sortie de l’Union européenne le 23 juin, le président de la BCE, Mario Draghi, a souligné « la disponibilité, la volonté et l’aptitude » de l’institution monétaire de Francfort (ouest) à agir si nécessaire. Son conseil des gouverneurs ne s’est toutefois pas encore penché sur des mesures précises au cours de sa réunion de deux jours, à l’issue de laquelle il a décidé sans surprise de maintenir inchangés ses taux d’intérêt directeurs à des niveaux historiquement bas. Son principal taux est ainsi à 0 % depuis mars.

« Nous serons en meilleure position au cours des prochains mois pour réexaminer » la politique monétaire de l’institution, notamment lorsque les nouvelles prévisions économiques de la BCE seront disponibles en septembre, a expliqué Mario Draghi, insistant sur le fait qu’il était encore trop tôt pour évaluer l’impact final du Brexit. À l’instar de la Banque d’Angleterre, qui n’a pas fait de gestes sur ses taux d’intérêt mi-juillet, la BCE se sent d’autant moins poussée à agir rapidement que l’accès de fièvre des marchés financiers juste après le résultat du référendum est rapidement retombé. « Les marchés financiers de la zone euro ont surmonté la poussée d’incertitude et de volatilité avec une résistance encourageante », a relevé le président de la BCE.

 
Photo: Daniel Roland Agence France-Presse L'édifice de la Banque centrale européenne, à Francfort

Pour Carsten Brzeski, économiste chez ING-Diba, Mario Draghi « a laissé ouvertes toutes les options pour de nouvelles actions monétaires : rien de plus, rien de moins ».

Le Brexit vient s’ajouter à la liste des vents contraires freinant la reprise économique dans la zone euro, comme les incertitudes géopolitiques et le ralentissement dans les marchés émergents. Ces éléments maintiennent les perspectives de croissance « orientées vers le bas ». L’inflation demeure presque nulle (+0,1 % en juin), bien loin d’une hausse « proche, mais inférieure à 2 % », définition par la BCE de la stabilité des prix.

Les commentaires de Mario Draghi sur l’état de santé des banques européennes étaient également particulièrement attendus, à un moment où la solidité de ce secteur en Italie inquiète.

En matière de solvabilité, la situation des banques du bloc monétaire est « meilleure, si ce n’est bien meilleure, qu’en 2009 », a assuré le président de la Banque centrale devant la presse, mais le problème à résoudre est « celui de la faible rentabilité, pas celui de la solvabilité ».

Rome tente de trouver une solution pour aider son secteur bancaire plombé par des centaines de milliards d’euros de créances douteuses sans que son intervention soit considérée par Bruxelles comme une aide d’État faussant la concurrence et sans que les épargnants, et si possible les petits actionnaires, soient lésés. Les créances douteuses « sont un problème significatif concernant la capacité future des banques à prêter » de l’argent au secteur privé dans la zone euro, a estimé M. Draghi. Pour régler cette situation, le président de la BCE considère notamment qu’un soutien public « est une mesure qui serait très utile », à condition que cela soit négocié avec la Commission européenne.