La BCE est jalouse de son pouvoir sur l'euro

La BCE ne se laissera pas influencer par les gouvernements pour décider d’une éventuelle intervention sur le marché des changes au sujet de l’euro, a prévenu hier son président Jean-Claude Trichet à Bruxelles, alors que la monnaie est proche de
Photo: Agence Reuters La BCE ne se laissera pas influencer par les gouvernements pour décider d’une éventuelle intervention sur le marché des changes au sujet de l’euro, a prévenu hier son président Jean-Claude Trichet à Bruxelles, alors que la monnaie est proche de

Bruxelles — La BCE ne se laissera pas influencer par les gouvernements pour décider d'une éventuelle intervention sur le marché des changes au sujet de l'euro, a prévenu hier son président Jean-Claude Trichet à Bruxelles, alors que la monnaie est proche de son record historique par rapport au dollar.

«C'est une décision qui appartient au conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, au même titre que les décisions sur les taux d'intérêt», a-t-il déclaré lors d'une audition devant la Commission des affaires économiques et monétaires du parlement européen.

Les traités européens sont un peu ambigus sur le partage des rôles en la matière. S'ils garantissent sur le papier à la BCE une totale indépendance pour mener sa politique, ils donnent aussi aux ministres des Finances de la zone euro le soin de fixer le cadre général de la politique des changes, ce qui leur laisse en théorie une certaine marge de manoeuvre pour faire valoir leur point de vue.

Intervention secrète

M. Trichet a également laissé entendre que les rumeurs de marché insistantes selon lesquelles la BCE serait secrètement intervenue vendredi dernier sur le marché des changes pour faire reculer le taux de change de la monnaie unique — qui s'approchait alors dangereusement de son record historique de 1,2898 $US — étaient infondées. «Quand nous avons quelque chose à dire, nous le disons, ainsi que nous l'avons stipulé dans le passé», a déclaré M. Trichet.

La dernière fois que la BCE a reconnu être intervenue sur les marchés des changes remonte à l'automne 2000. Il s'agissait alors de stopper la chute de l'euro descendu jusqu'à 0,823 $US. Le problème est inverse aujourd'hui: la devise s'échangeait hier à un peu moins de 1,28 $US, soit une progression de plus de 50 % en trois ans et demi.

Le président de l'institut d'émission a en outre une nouvelle fois relativisé l'évolution du taux de change de l'euro. «Nous ne dépendons pas d'une seule équation ou d'un ensemble d'équations pour prendre des décisions», a-t-il dit. Le taux de change «fait partie des éléments» pris en compte par la banque centrale, au même titre que d'autres indicateurs macro-économiques, a souligné M. Trichet.

Il s'est aussi refusé à dire quel pourrait être le taux de change euro-dollar approprié au regard des fondamentaux économiques actuels de part et d'autre de l'Atlantique. Mais il a laissé entendre que l'institut d'émission n'avait pas d'idée arrêtée sur la question. «Il y a un assez large éventail d'estimations» à ce sujet parmi les experts «et cela est approprié» ainsi, a-t-il dit.

Selon le chef économiste de la Deutsche Bank, Norbert Walter, la devise européenne est actuellement «surévaluée d'au moins 15 %», sa juste valeur étant à environ 1,10 $US, a-t-il dit dans une entrevue diffusée hier.

Au sujet de la récente poussée de l'euro, M. Trichet s'est borné à réaffirmer que la BCE était soucieuse de «stabilité» des changes et restait «préoccupée par toute fluctuation excessive».

Dans le même temps, il a de nouveau dressé un tableau optimiste de la situation économique en zone euro, estimant qu'une «reprise graduelle» était en cours et allait «gagner en intensité». «Même si la demande interne est restée faible en 2003, les conditions pour une amélioration sont désormais en place», a-t-il dit.

Sur le long terme, il a toutefois réaffirmé que l'existence de «déséquilibres mondiaux», une référence en particulier aux déficits américains, constituait un «défi».