Le tourisme aussi victime du terrorisme

La promenade des Anglais était fermée et les plages, désertées, vendredi, alors que la police menait toujours son enquête.
Photo: Valery Hache Agence France-Presse La promenade des Anglais était fermée et les plages, désertées, vendredi, alors que la police menait toujours son enquête.

En attaquant Nice, et en particulier sa promenade emblématique du bord de mer, c’est aussi le tourisme qui est attaqué. Deuxième destination touristique de France après Paris, déjà malmenée par les attentats de 2015, la Côte d’Azur représentait la locomotive de l’industrie touristique française.

Vendredi, les plages idylliques de Nice étaient désertes, bouclées par la police qui mène toujours son enquête sur la promenade, à un jet de pierre des chaises longues. La promenade des Anglais est fermée « pour une durée indéterminée », tout comme les marchés publics. Le concert de la chanteuse pop américaine Rihanna n’a pas eu lieu vendredi soir comme prévu. Le Festival de jazz de Nice, qui devait débuter cette fin de semaine, connaîtra le même sort. Au lendemain de la tuerie, le tourisme est résolument perturbé.

Des conséquences pour l’économie

Les autorités françaises n’ont pas manqué de souligner le caractère touristique du lieu visé. « C’est de s’attaquer à l’économie, au tourisme. Donc, le choix de la ville de Nice n’est pas n’importe lequel », a déclaré sur les ondes de LCI Roger Marion, ancien chef de la Division nationale antiterroriste de France. Déjà, des craintes s’élèvent quant aux conséquences de ces attaques à répétition sur le sol français.

« Le drame que nous vivons touche toute la zone méditerranéenne, de Toulon à Montpellier », se désole Georges Panayotis, président du cabinet spécialisé en tourisme MKG. Joint alors qu’il se trouvait justement à Cannes, à proximité de Nice, le spécialiste a déclaré au Devoir que les touristes sont « pris en otages » par le terrorisme international. Une série d’attentats, comme celle que connaît la France depuis le début de 2015, aura beaucoup plus d’effets qu’une simple attaque ponctuelle. « C’est comme les vents marins. À force de répétition, ça provoque des dommages. La répétition des attentats en France nuira gravement aux activités touristiques du pays. »

Au moment où Paris souffre encore des conséquences des attentats de 2015, les villes de région en France ont enregistré une hausse de 11 % de l’achalandage aérien international depuis le début de juillet. Pour le Sud, toutefois, Georges Panayotis estime que la baisse du tourisme pourrait atteindre les 30 % dans les semaines suivant l’attentat de Nice. Quant à savoir si une partie des vacanciers pourrait changer de destination pour aller à la mer, il précise que tous les lieux touristiques sont maintenant visés. « En réalité, le terrorisme peut frapper n’importe où. Le touriste occidental, qui forme les deux tiers de la clientèle [du sud de la France], a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. » Selon lui, le gouvernement français devrait déployer les grands moyens pour aider l’industrie touristique, qui compte pour plus de 7 % du PIB du pays, comme il a aidé dans le passé l’agriculture et l’industrie automobile.

Déjà des effets

Déjà, les grandes entreprises de tourisme à la Bourse de Paris ont subi le verdict des marchés : le cours de l’action de la chaîne AccordHotels a perdu, dès l’ouverture de la Bourse, vendredi, plus de 3 % de sa valeur. L’action de l’entreprise de location de voitures Europcar a chuté de 3,63 % au cours de la journée, alors que celle du groupe France-KLM accuse une baisse de 1,6 %.

Le transporteur Air Canada permettra à ses clients de modifier sans pénalité leurs itinéraires de vol au départ ou à destination de l’aéroport de Nice Côte d'Azur jusqu’au 21 juillet. Air Transat, qui offre deux vols par semaine vers Nice et plusieurs autres vers d’autres villes françaises, a indiqué vendredi au Devoir que « tout se déroule comme prévu », qu’aucune vague d’annulations n’avait été observée pour l’instant. Le porte-parole de Transat, Pierre Tessier, note qu’au moment des attentats de Paris, l’an dernier, certains voyageurs avaient choisi de reporter leur voyage ou avaient changé de destination.

Par l’entremise de son site Web, le gouvernement du Canada conseille aux voyageurs se rendant en France « de faire preuve d’une grande prudence en raison de la menace terroriste actuellement élevée ». L’avis y est affiché depuis les attentats de Paris en novembre 2015 et a été mis à jour jeudi pour inviter les Canadiens se trouvant à Nice à « suivre les instructions des autorités locales ».

En entrevue avec La Presse canadienne, le consul général de la France à Québec, Nicolas Chibaeff, a invité les Québécois « à ne pas céder à la peur, à continuer de visite» la Côte d’Azur.

 

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