Les opposants font de la désinformation, dit Johnson

Selon Pierre Marc Johnson, « les mouvements antimondialistes marginaux » utilisent des « arguments fallacieux » et bénéficient d’une couverture qui lui rappelle celle des promoteurs de la cigarette.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon Pierre Marc Johnson, « les mouvements antimondialistes marginaux » utilisent des « arguments fallacieux » et bénéficient d’une couverture qui lui rappelle celle des promoteurs de la cigarette.

Le débat sur le libre-échange entre l’Europe et le Canada est victime de désinformation en sol européen, a déclaré mercredi le négociateur québécois Pierre Marc Johnson, en associant les opposants à des climatosceptiques et des promoteurs de la cigarette.

M. Johnson était en Allemagne pour participer à un panel organisé par le conseil du patronat de la Bavière en compagnie du premier ministre, Philippe Couillard, qui effectue cette semaine une mission en Europe. Dans un point de presse qui a suivi les échanges, dans un hôtel munichois, M. Johnson a expliqué que les antimondialistes ont réussi à occuper beaucoup d’espace dans l’opinion publique parce que la classe politique européenne a eu des problèmes plus pressants. « Essayez de comparer un accord commercial avec un million de réfugiés en Allemagne, pour un homme ou une femme politique. Soyons réalistes, ce qui les accapare, ce n’est pas un accord commercial. »

L’ex-premier ministre péquiste, qui a reçu du gouvernement le mandat de négocier avec l’Europe les dispositions de l’accord touchant le Québec, a reconnu que le Brexit s’ajoute à une longue liste de dossiers qui retiennent l’attention des politiciens au détriment des questions de commerce international avec le Canada. « Le débat ici a été marqué par une absence d’informations, des demi-vérités et parfois carrément des mensonges, chez les opposants, et il n’y a pas eu de réplique. »

Selon M. Johnson, « les mouvements antimondialistes marginaux » utilisent des « arguments fallacieux » et bénéficient d’une couverture qui lui rappelle celle des promoteurs de la cigarette. « Ce n’est pas sans me faire penser aux gens qui pendant des années ont tenu des séminaires pour dire que la cigarette n’était pas dommageable, alors que tout le monde le savait, que la cigarette était dommageable. »

M. Johnson a également établi un parallèle avec les thèses des climatosceptiques qui entretenaient la perception que l’opinion publique était divisée quand elle était plutôt convaincue de la contribution du secteur industriel aux changements climatiques. « On leur donnait une place dans les médias parce qu’ils étaient très vociférateurs, ce qui donnait aux citoyens l’impression que sur les changements climatiques c’était 50/50. »

M. Johnson a toutefois exprimé sa confiance de voir l’Accord économique et commercial global (AECG) ratifié lors du sommet Canada-Europe d’octobre prochain, auquel doit participer le premier ministre Justin Trudeau.

Même si les 28 pays membres de l’Europe devront chacun se prononcer ensuite sur le texte, M. Johnson a estimé que l’accord, dont 95 % relève des juridictions de l’UE, pourrait être mis en oeuvre provisoirement. Cette perspective sera impossible sans l’autorisation des ministres du commerce des pays de l’UE, a-t-il prévenu en soulignant la dimension « politique » de cette décision.

Dans une allocution devant la chambre de commerce qui a précédé sa participation au panel, M. Couillard a affirmé que l’AECG donne à l’UE l’occasion de démontrer sa force et sa capacité d’agir, dans un contexte où le Royaume-Uni a décidé de quitter le regroupement continental. Dans un point de presse, M. Couillard a notamment insisté sur l’importance d’offrir aux citoyens européens des exemples démontrant qu’ils bénéficieront concrètement de l’accord. « Il est important, quand on parle de ces sujets de commerce international, de traduire ça en bénéfices pour les citoyens, sa famille et l’emploi, a-t-il dit. Alors par exemple, le fait de faire disparaître complètement les tarifs industriels, c’est une excellente nouvelle pour le travailleur de BMW, et bien sûr de sa famille, et de tout ce qui gravite autour de l’industrie automobile ici. »

M. Couillard a affirmé que de précédents accords de libre-échange sont déjà entrés en vigueur de façon provisoire auparavant. « Il est important de rappeler que 95 % de l’accord est foncièrement de compétence européenne et que dans les précédents accords, ça s’est toujours passé comme ça. »

17 commentaires
  • Sylvain Rivest - Inscrit 14 juillet 2016 01 h 04

    L'intérêt du .001%

    Quand on me parle du "conseil du patronat" et de la "chambre de commerce" je ne peux m'attendre à rien de bon pour le citoyen et rien de positif pour contrer les iniquités de ce monde. Mais là on est plus dans la petite magouille, on est chez les pros. Jusqu'ici, les différents accords de "libre échange" n'ont fait que concentrer la richesse et élargie la voie à l'esclavage dans les pays sous développés. Le discours de Johnson est aussi execrable que celui des banquiers de chez Goldman Sachs. En espérant que le "brexit" fasse des petits et que le peuple européen se réveille car de ce côté-ci de l'atlantique on "dort au gaz".

    Il a vraiment du culot ce petit personnage qui travaille pour le .001% de nous parler de arguments fallacieux et de désinformation.

  • Denis Paquette - Abonné 14 juillet 2016 03 h 01

    le contrat laisse-t-il encore a désirer, peut on dire que l’Europe est une region stabilisée

    N'est-il pas connu que même dans une relation librement concentie , souvent c'est le plus riche et le plus puissant qui l'emporte, certains diront que l'émulation compense aisément, peut etre bien, mais c'est loin d'être démontré, défendre ses droits vis- a- vis une trentaine de pays ce n'est pas évident surtout qu'encore aujourd'hui nous n'avons pas encore vu le contrat de mariage dans sa totalité , les mariages a essaies parfois fonctionnent mais pas toujours

    • Sylvain Rivest - Inscrit 14 juillet 2016 09 h 32

      Vous avez raison m. Paquette ce jeu de monopoly n'avantage que les plus riches
      qu'elle que soit la teneur du contrat. On a qu'à regarder l'effet de notre entente avec les usa et le bois d'oeuvres depuis 40 ans. Alors, comment voulez-vous que survive l'agricultutre local et les différents artisants qui nous fournissent des produits de qualité face à des multinationales qui se retrouveront avec les clefs économiques de notre territoire.

      Ces contrats sont obscures et très peu de gens ont accès aux négociations mais c'est quand même nous tous qui en subissons les conséquences par la délocalisation des emploies et la piètre qualité des produits. Alors, pourquoi ne pas nous donner l'information et faire un référendum sur la question?
      Et Jonhson nous parle de désinformation.

  • Josée Duplessis - Abonnée 14 juillet 2016 07 h 12

    Pour le commun des mortels, quelle sont les conséquences de l'importance du 95% de la compétence européenne? Si quelqu'un peut m'éclairer...

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 juillet 2016 14 h 26

      Il veut dire que 95% des changements législatifs et règlementaires nécessaires à la mise en œuvre du traité peuvent être accomplis par les instances de l'Union européenne (parlement européen, commission européenne) alors que les 5% restants sont du ressort des États membres. J'ignore si c'est vrai, mais c'est ce qu'il dit, d'après moi.

    • Raymond Labelle - Abonné 14 juillet 2016 21 h 33

      Je ne sais pas mais j'essaie de deviner. Ma tentative de compréhension: ce 95% serait ce qui pourrait être mis en œuvre provisoirement au moins jusqu'à ce que l'accord soit rejeté après que sa ratification ait été soumise aux pays membres. Ce qui, si c'est exact, ce qui est déjà loin d'être sûr, amène d'autres questions. Suffit-il du rejet d'un pays membre? Cela prend-il une ratification unanime? Ou bien une majorité simple ou qualifiée pour lier tous les membres?

      Je fais toutes ces hypothèses pour insister lourdement sur le fait que le journaliste aurait dû expliquer ce point beaucoup plus. Bien vu Mme Duplessis.

  • François Dugal - Inscrit 14 juillet 2016 07 h 55

    Enrichissons notre vocabulaire

    Tête enflée :
    Expression populaire signifiant qu'un individu a une trop haute estime de lui-même et qu'il accable les gens qui l'entoure.

  • Richard Lépine - Inscrit 14 juillet 2016 08 h 58

    Mal placé

    Monsieur Johnson est très mal placé pour accuser les opposants de faire de la désinformation étant donné que toutes les tractations dont il est le maître d'oeuvre pour le Québec se font dans le plus grand secret. Les seules informations que nous avons eues sont celles provenant d'un gros document de travail qui a été perdu par les négociateurs lors d'une de leurs rencontres. On ne peut accuser qui que ce soit de faire de la désinformation sur un sujet si les responsables du texte n'informent même pas les élus de leur travail et qu'il faille littéralement déterrer chaque petit bout de l'entente. C'est monsieur Johnson qui fait de la désinformation en prétendant le contraire.
    Richard Lépine