La portée des taux d’intérêt négatifs atteint ses limites

Les taux d’intérêt négatifs auraient atteint leurs limites avec cette augmentation du numéraire en circulation de plus en plus observée ici et là. À quand l’hélicoptère monétaire ? demandent les analystes du Mouvement Desjardins.

La dette française est sur le point de tomber à son tour en territoire des taux négatifs. « Du jamais vu dans l’histoire des taux souverains tricolores », s’est exclamé Le Monde mardi. Suite logique, donc, de ce déplacement des capitaux vers les emprunts d’État, accéléré par le Brexit et l’aversion au risque qu’il induit. Déjà, le 14 juin dernier, à l’approche du référendum britannique, la perspective d’une sortie de l’Union européenne poussait l’obligation allemande à échéance de dix ans en territoire des rendements négatifs. Là où les investisseurs recherchent la sécurité même s’il faut payer pour prêter.

« Le rendement des emprunts français d’État à dix ans est brièvement passé sous la barre des 0,1 % sur le marché secondaire lundi […] un pas de plus vers le seuil fatidique du zéro, en dessous duquel s’échangent déjà plus de 8000 milliards d’euros de dettes souveraines dans le monde. Dans la semaine du 4 juillet, ce sont les taux souverains japonais à 20 ans dont le rendement a basculé dans le rouge, rejoignant les obligations allemandes à 10 ans ou les titres suisses à 50 ans », a énuméré le quotidien français.

Pour Jimmy Jean, économiste principal au Mouvement Desjardins, cette conjoncture ne fait que témoigner de l’échec de l’expérience des taux négatifs. Son collègue Hendrix Vachon, économiste senior de l’institution, a mesuré que le corollaire à ces rendements sous zéro, soit le déplacement vers le papier-monnaie, ne s’est pas manifesté à grande échelle. « Cela dit, nous voyons peut-être déjà les premiers signes d’un tel déplacement au Japon et en Suisse, où la quantité d’argent en circulation augmente maintenant plus rapidement. »

Le franc suisse et le yen se retrouvent en première ligne. Dans le premier cas, la banque centrale a abaissé son taux directeur à -0,75 %. « C’est aussi là que les rendements obligataires ont le plus plongé sous zéro. Dernièrement, une obligation suisse de 50 ans s’échangeait à un taux négatif », a renchéri Hendrix Vachon. Au Japon, le taux directeur de la banque centrale se situe à -0,10 %, mais une obligation de dix ans commande une « prime d’assurance » de -0,30 %.

Un tel environnement vient exercer une forte pression sur la profitabilité des banques, et ce, dans un contexte où « la santé financière des banques, notamment en Italie, constitue une grande source de préoccupation », souligne Jimmy Jean. Il a également pour effet de restreindre la marge de manoeuvre des banques centrales en cas de choc ou de crise. Ce qui, dans l’immédiat, braque les projecteurs sur la Banque d’Angleterre en ces lendemains de Brexit. Avec un taux directeur de 0,5 % et l’assouplissement monétaire attendu avec tous ces scénarios de contraction de la croissance économique du Royaume-Uni en réaction au vote référendaire, le débat porte davantage sur le quand et le comment, résume l’économiste de Desjardins.

Jimmy Jean rappelle toutefois que le gouverneur Mark Carney n’est pas un chaud partisan des taux négatifs. Il a déjà indiqué qu’il n’y avait pas d’obstacles techniques ou opérationnels à cette possibilité, « tout en avertissant que le maintien d’un taux inférieur à -0,50 % pour une période prolongée risquait d’inciter les déposants à retirer leurs avoirs liquides ».

Et Hendrix Vachon de se demander alors si cette conjoncture ne nous rapprochait pas de l’utilisation de « l’hélicoptère à argent ». Une idée « très intéressante », avait d’abord reconnu en mars le président de la Banque centrale européenne, que celle de passer outre la voie du crédit pour diriger l’assouplissement monétaire directement vers le consommateur. Mais pour s’empresser d’ajouter que cette méthode plutôt radicale et non orthodoxe de lutte contre la déflation n’avait pas vraiment été étudiée par la BCE.

1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 13 juillet 2016 16 h 36

    L'hélicoptère monétaire...?

    franchement...Ces adeptes du veau d'or ne reculent devant rien pour nous démontrer à quel point ils sont déconnectés de la réalité...C'est à qui concocterait l'absurdité la plus... absurde. L'hélicoptère monétaire...franchement!

    Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué.
    Parlez donc pour vous faire comprendre...pas pour vous faire entendre.

    Je suis à lire "La stratégie du choc" de Naomi Klein....suis rendue à la page 27 et déjà, je comprends d'où vient : la montée du capitalisme du désastre. J'ai encore 700 pages à me taper...et je le ferai avec plaisir sachant que l'absurde monde du néolibéralisme à outrance, est en fin de règne! La tour de Babel!