La normalisation sans joie en Grèce

Il y a un an, le premier ministre grec, Alexis Tsipras, capitulait et signait un troisième plan d’aide à la Grèce. Aujourd’hui, Athènes est rentrée dans le rang, mais les mesures difficiles continuent à s’abattre sur des Grecs exténués.

Fin juin 2015, le jeune leader de Syriza et son iconoclaste ministre des Finances Yanis Varoufakis n’avaient pas réussi, après cinq mois de bataille, à convaincre les créanciers du pays (UE, BCE, FMI), d’adoucir les mesures d’austérité imposées par les deux premiers plans conclus depuis 2010, dans un sens plus proche de leurs engagements sociaux.

Sevrée d’aide financière, la Grèce alors manque fin juin un remboursement au FMI, événement rarissime. Alexis Tsipras annonce un référendum sur la dernière proposition en date des créanciers. La panique bancaire menace et un contrôle du crédit — toujours en vigueur, quoique assoupli — doit être instauré. Le 5 juillet, les Grecs disent non aux créanciers à plus de 61 %. Malgré cette victoire, Alexis Tsipras refuse le risque d’une sortie de l’euro. Il laisse partir M. Varoufakis et le remplace par le plus consensuel Euclide Tsakalotos. Une semaine et une nuit blanche plus tard, le 13 juillet, il signe le troisième prêt au pays de 86 milliards d’euros sur trois ans, mais assorti de nouvelles hausses d’impôts, d’une réforme des pensions, de mesures diverses si dures que les médias sociaux parlent de « coup d’État ».

0,3%
Pourcentage de recul du PIB de la Grèce attendu pour l’année 2016, selon la Commission européenne

Mais depuis, la Grèce les applique malgré la grogne sociale et les répercussions sans précédent de la crise migratoire de 2015. Le pays a déjà obtenu de l’UE le versement de 28,9 milliards d’euros, et un début de discussion sur l’allégement de sa dette de 182 % du PIB. « La Grèce a franchi un cap critique », se félicitait le mois dernier le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Parallèlement, cependant, le directeur général du Mécanisme européen de stabilité, Klaus Regling, déplorait qu’à cause de longues négociations il ait fallu neuf mois au lieu de trois pour conclure la première évaluation du programme.

M. Tsipras se dit ferme sur ses principes, voulant aussi répondre aux nombreuses défections et critiques au sein de son parti, Syriza, depuis sa volte-face l’année dernière. La semaine dernière, il a ainsi qualifié sur Twitter la victoire du Non l’an dernier « d’acte sublime de résistance » contre l’Europe de l’austérité. Cette manière de « faire semblant de négocier de manière très dure et de laisser les choses traîner peut s’avérer son erreur la plus grave », remarque le politologue Georges Sefertzis.

Le PIB grec devrait cette année, selon la Commission européenne, baisser encore de 0,3 %, recul ininterrompu depuis 2009 hormis en 2014. « Le gouvernement applique des solutions dictées par son idéologie », déplore Théodore Fortsakis, député du principal parti d’opposition, Nouvelle Démocratie. Il reproche à M. Tsipras d’avoir privilégié les hausses d’impôts plutôt que les baisses de dépenses publiques pour atteindre les objectifs d’excédent budgétaire primaire (hors charge de la dette) imposés par le plan : 0,5 % du PIB cette année, 1,75 % en 2017 et 3,5 % en 2018.

Le député éprouve « une frustration énorme envers nos amis européens qui ont accepté ce plan de redressement bidon », peut-être « pressés d’en finir » avec le problème grec, avant des échéances électorales internes et l’imminence du référendum britannique sur le Brexit.

Certains, du FMI (qui hésite toujours à s’associer à ce plan) au gouverneur de la Banque de Grèce, Yannis Stournaras, jugent irréalistes les 3,5 % d’excédent prévus par les créanciers pour 2018. Or le gouvernement s’est engagé à tailler encore dans les pensions et traitements des fonctionnaires s’il n’atteignait pas les objectifs et à procéder au plan controversé de privatisations.

Un engagement risqué qui, selon Georges Sefertzis, pourrait à terme déclencher de nouvelles élections anticipées, le gouvernement préférant « laisser la patate chaude » à Nouvelle Démocratie, créditée actuellement de jusqu’à 11,5 points d’avance sur Syriza. Mais personne ne les réclame. « Aujourd’hui, résume Georges Sefertzis, le pays commence à être furieux contre Tsipras, mais il n’est pas enthousiasmé par ses opposants. Il est en état de dépression massive, mais pas prêt à se révolter, ne croyant plus à la révolution. »