Le Brexit ne fait pas que des perdants

Les conséquences économiques du Brexit sont très majoritairement négatives. Mais des entreprises, et des secteurs comme le tourisme, devraient profiter de la baisse de la livre.

Après le référendum, les économistes de Barclays, par exemple, ont drastiquement revu à la baisse leurs prévisions pour le pays en 2017, passant d’une progression du PIB de + 1,9 % à un repli de 0,4 %. « Les incertitudes vont provoquer une baisse de la confiance, avec une suspension des investissements des entreprises et de la consommation des ménages », explique Ajay Rajadhyaksha, chargé de recherche macroéconomique chez Barclays.

Pourtant, malgré cette conjoncture noire, quelques petits malins pourraient tirer leur épingle du jeu. Les principaux gagnants sont ceux qui profitent de la baisse de 10 % de la livre sterling.

Les incertitudes vont provoquer une baisse de la confiance

 

Cet été, l’industrie touristique devrait se frotter les mains. Londres et le reste du pays, d’habitude si chers, sont devenus un peu plus abordables. Merlin Entertainments, le groupe qui possède le musée de cire Madame Tussauds, ainsi que de nombreux parcs d’attractions, se réjouit. « Les vacances en Europe vont devenir un peu plus chères et ça va encourager les Britanniques à prendre plus de vacances dans leur propre pays », confiait au Financial Times Nick Varney, son directeur général.

La chute de la monnaie britannique a également un effet comptable automatique pour les grandes multinationales qui réalisent l’essentiel de leurs activités hors du Royaume-Uni, mais publient leurs résultats en livres sterling.

Diageo en est l’exemple typique : le géant des boissons alcoolisées (Johnnie Walker, Smirnoff, Guinness, etc.) a fait un bond de presque 20 % en Bourse depuis le vote. L’entreprise avait pourtant averti avant le référendum qu’elle s’inquiétait pour son whisky écossais, qu’elle souhaite continuer à exporter sans barrière vers l’UE. Mais à court terme, la chute de la livre compense largement ce problème.

La même logique s’applique au principal indice britannique, le FTSE 100, qui a augmenté de 4 % depuis le référendum : 70 % du chiffre d’affaires des entreprises qui le composent viennent de l’étranger.

Sa progression ne représente en aucun cas un signe de bonne santé de l’économie britannique. D’ailleurs, l’indice FTSE 250, qui se concentre sur des sociétés qui réalisent principalement leur activité au Royaume-Uni, demeure en baisse de presque 7 %.

Par ailleurs, de nombreux cas particuliers s’appliquent, comme l’Associated British Foods. Cet étrange groupe hybride possède d’un côté les magasins de vêtements Primark et, de l’autre, produit des marques de grande consommation (les thés Twinings, le chocolat en poudre Ovaltine…).

Des effets à court terme

A priori, la chute de la livre devrait renchérir le prix de ses vêtements, qui sont fabriqués en Asie et importés au Royaume-Uni. Mais le groupe a eu la prudence de couvrir son risque de taux de change jusqu’à la fin de l’année. Dans le même temps, sa production de sucre en Espagne va automatiquement devenir plus bénéficiaire. L’effet devrait être neutre. La plupart de ces effets sont de court terme. Sur une période plus longue, la question est de savoir si la devise britannique faible peut permettre la relance des exportations.

Le Royaume-Uni enregistre depuis des années un fort déficit commercial, et les partisans du Brexit espèrent que la nouvelle situation aidera à le résorber.

Le passé récent n’accrédite pourtant guère cette thèse. En 2009, pendant la crise financière, la monnaie britannique avait déjà violemment chuté, frôlant la parité avec l’euro. Les exportations n’avaient pourtant pas progressé. L’une des raisons est simple : avec la désindustrialisation, le Royaume-Uni produit de moins en moins et n’a donc plus grand-chose à exporter.