Cent appareils par année pour rentabiliser le Centre d’excellence de la CSeries

Les seules ventes de nouveaux avions CSeries de Bombardier à Air Canada seront insuffisantes pour assurer la rentabilité d’un centre d’entretien que le gouvernement du Québec a négocié en échange de l’abandon d’une poursuite contre le transporteur, a indiqué lundi la ministre de l’Économie, Dominique Anglade.

Au salon aéronautique de Farnborough, au Royaume-Uni, Mme Anglade a estimé qu’il faudra un minimum de 100 appareils par année pour assurer la rentabilité de l’installation, alors qu’Air Canada n’a passé des commandes fermes que pour 45 exemplaires du CS300.

La ministre, qui participe à une mission économique dirigée par le premier ministre Philippe Couillard en Europe, a ainsi corroboré l’analyse faite plus tôt lundi par Peter Wojahn, le chef des services techniques du transporteur Swiss, client de lancement de la CSeries.

« Il faudrait qu’il y en ait davantage, je pense que la personne vous a donné le chiffre magique de 100, a-t-elle dit. Il faudrait qu’il y en ait davantage et on n’est pas loin de ce nombre-là. De toute façon ce que l’on veut, c’est des centaines de CSeries. » Mme Anglade croit qu’il serait possible d’élargir le bassin de clients potentiels à d’autres transporteurs et peut-être même à d’autres avions que ceux de la CSeries.

Lors d’une conférence de presse clôturant son séjour britannique, pour l’annonce de soutien financier à deux projets du secteur de l’aéronautique, M. Couillard a affirmé que des pourparlers sont en cours entre le gouvernement, Air Canada et d’autres partenaires pour le projet de centre d’entretien. « Il est clair que les utilisateurs européens et asiatiques ne feront pas leur entretien ailleurs qu’en Europe ou en Asie, a-t-il dit. Avec les utilisateurs nord-américains déjà confirmés et à venir, on est convaincus qu’il y a assez de volume pour faire fonctionner ça. »

À Farnborough, lundi, Bombardier a annoncé la certification de son appareil CS300 par Transports Canada, une nouvelle étape vers la première livraison prévue fin 2016 à son client Air Baltic.

Lors d’une mêlée de presse après l’annonce de l’entreprise à laquelle il assistait, M. Wojahn a expliqué que l’entretien lourd des nouveaux appareils Bombardier de Swiss, dont la flotte se composera de 30 avions en 2018, ne se fera pas avant deux ans. Aucun scénario n’est arrêté pour l’instant mais Lufthansa Technik, une filiale du groupe auquel Swiss appartient, a offert de développer le service d’entretien lourd sur le continent européen, a indiqué le chef du service technique.

Selon M. Wojahn, le nombre d’appareils vendus conditionnera le développement d’une offre pour l’entretien lourd. « Je crois que si on franchit les 100 appareils, alors nous serons dans un secteur intéressant pour une entreprise parce qu’on peut maintenir un roulement constant toute l’année, a-t-il dit. Avec seulement 30, ça n’occuperait que la moitié de l’année. »

En échange de l’abandon d’une poursuite pour forcer Air Canada à maintenir à Montréal l’entretien lourd de ses appareils, comme le prescrivait la loi fédérale, le gouvernement du Québec a obtenu l’hiver dernier l’engagement du transporteur à confier ce travail à une installation montréalaise qui reste à créer. Cette condition a été négociée au moment où Air Canada a décidé de faire l’acquisition de 45 appareils CSeries de Bombardier, en février, une transaction finalisée en juin dernier.

L’entente prévoit également que le transporteur pourrait éventuellement acheter 30 autres appareils du programme CSeries, dont le gouvernement est partenaire avec Bombardier et dans lequel il a investi 1 milliard $US.

Mme Anglade a affirmé lundi qu’une entente entre le gouvernement du Québec et Air Canada prévoit que le transporteur fera un appel d’offres pour la création du centre au Québec.

Delta

Mme Anglade a affirmé qu’il avait été impossible d’approcher Delta, qui a récemment annoncé une commande d’appareils CSeries, pour l’inciter à utiliser ce centre parce qu’aucune offre n’est possible avant que le projet se concrétise. « Concrètement parlant, il faut être capable de présenter une option », a-t-elle dit. Mme Anglade a rappelé que Delta, qui a commandé 75 avions, n’est pas une cible puisqu’elle assure généralement l’entretien de ses appareils.

« Il y a plein de nouvelles compagnies aériennes, on n’a qu’à penser à Spirit, à Jetboo, qui eux n’ont jamais fait de maintenance et qui, si elles achètent des appareils de la CSeries, pourraient très bien utiliser ce centre d’excellence, a-t-elle dit. Il y a beaucoup d’options à considérer. »

Au-delà d’une ouverture à d’autres transporteurs de l’Amérique du Nord, Mme Anglade n’a pas exclu la possibilité d’ouvrir le centre à d’autres appareils que seulement ceux de la CSeries de Bombardier. « C’est une possibilité qui peut très bien être envisagée, mais le coeur reste la CSeries, a-t-elle dit. Il ne faut pas oublier que le coeur pour l’aéronautique de Montréal reste la CSeries. »

Mme Anglade a situé vers 2019 l’échéance pour la création du centre d’entretien au Québec. « Les appareils doivent être mis en service en 2019, donc il est clair que ça doit être prêt en 2019 », a-t-elle dit.

Présente au salon de Farnborough, la présidente-directrice générale d’Aero Montréal, Suzanne Benoît, a affirmé que certains secteurs de l’entretien d’avions sont plus lucratifs, comme l’entretien des moteurs ou l’entretien d’avions en composite. « De plus en plus, les avions, on le voit avec le Dreamliner, avec le CSeries, c’est à très haute valeur ajoutée et je suis confiante que le Québec sera compétitif dans ce domaine-là », a-t-elle dit.

Par ailleurs, M. Couillard a annoncé l’appui financier à deux projets des entreprises Mecaer et Sonaca.

4 commentaires
  • Gilles Teasdale - Abonné 11 juillet 2016 11 h 31

    Et la saga continue 1800 emplois disparu et Couillard qui continue de nous dire que c'est bon. Et Ottawa qui ne s'intéresse seulement à l'automobile en Ontario,le plus meilleur, pays mais pour qui.

  • Sylvain Bolduc - Abonné 11 juillet 2016 12 h 24

    Tristesse quand tu nous tiens

    Encore une fois on a droit à des mensonges de A à Z de la part de ce gouvernement dans toute cette affaire. Les règles changent à mesure et il faut avoir un son de cloche de l'Europe pour comprendre combien on se fait rouler dans la farine par Couillard, Daoust et maintenant Anglade :(

  • Dominique Roy - Abonnée 11 juillet 2016 15 h 08

    Ce n'est pas un gouvernement, c'est une troupe de théâtre

    Je n'ai pas besoin de faire d'effort, le cynisme m'envahi lorsque je vois cette bande d'incompétents jouer aux ministres. En fait ils n'ont de ministre que le nom.

  • Donald Bordeleau - Abonné 11 juillet 2016 15 h 14

    C'est pas sérieux Madame Anglade

    C'est pas sérieux Madame Anglade

    Madame Vallée devra aussi comme ministre de la Justice mettre le Conseil exécutif sous tutelle par soucis d'honnêteté envers les électeurs.

    Récemment le PLQ s'est affiché comme un piètre administrateur de la Haute Fonction Publique du Québec. Une honte pour les fonctionnaires du Gouvernement de permettre de tromper les élus et les électeurs.

    La preuve fondamentale que l'Honorable Monsieur Couillard savait l'ampleur des magouilles au MTQ, c'est qu'il a expulsé Monsieur Poétî comme ministre en janvier 2016.

    Madame Savoie est bien protégée par Monsieur Couillard et Iglesias. Elle a suivit les ordres du Conseil Exécutif pour garder sous la couverte les problèmes du MTQ.

    Mais finalement l'honnêteté de Madame Trudel et de Madame Boily a permit de lever le voile sur le cancer qui ronge le MTQ et ses bureaux de district.

    Il semble que la vie de Madame Boily sera plus facile à la retraite pour éviter les menaces et le harcèlement quel a subit au sein du MTQ. Bon courage Madame Boily.

    En espérant que Messieurs Couillard et Iglesias feront le nécessaire pour faire des changements pour les carrières de Madame Savoie, de Martin Massé, de Danièle Cantin et de Nathalie Noël en regard des lois sur le Ministère du Conseil Exécutif et la loi sur la Fonction Publique.
    Loi sur le ministère du Conseil exécutif pour appliquer le code d'éthique.

    F-3.1.1 - Loi sur la fonction publique

    http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/M-30

    SECTION I
    CONDITIONS DU SERVICE
    § 1. — Normes d’éthique et de discipline

    4. Un fonctionnaire exerce, de façon principale et habituelle, les attributions de son emploi.
    Il exerce également les attributions qui peuvent lui être confiées par la personne habilitée suivant la loi à définir ses devoirs et à diriger son travail.
    Il exerce ces attributions conformément aux normes d’éthique et de discipline prévues à la présente loi ou dans un règlement adopté conformément à celle-ci