L’avenir est dans le colis

Parallèlement à la baisse marquée de la livraison des lettres, l’augmentation du volume du commerce en ligne a fait de 2015 une année record pour le secteur «colis».
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Parallèlement à la baisse marquée de la livraison des lettres, l’augmentation du volume du commerce en ligne a fait de 2015 une année record pour le secteur «colis».

La Société canadienne des postes a le monopole sur la livraison des lettres de moins de 500 g sur le territoire canadien. Avec l’augmentation des services en ligne, le marché est en complète chute libre. Postes Canada a d’ailleurs souhaité mettre fin à la livraison du courrier à domicile, un projet qui devait durer cinq ans à partir de décembre 2013, mais qui est sous le coup d’un moratoire décrété par le gouvernement Trudeau. Quoi qu’il en soit, la société procède depuis quelques années à la réorientation de ses activités vers le marché plus lucratif de la livraison de colis.

L’avance implacable d’Internet

Seulement entre 2014 et 2015, les profits de Postes Canada ont fondu de 131 millions de dollars. La cause principale donnée dans son bilan de fin d’année : « le virage continu des Canadiens qui délaissent les factures et les relevés papier en faveur des solutions de remplacement numériques ». Dans les neuf années qui séparent 2006 et 2015, ces envois ont chuté de près du tiers (32 %).

Il est aujourd’hui non seulement possible, mais expressément encouragé, de s’inscrire à la facturation et au dépôt en ligne auprès de la majorité des grandes entreprises de service et des gouvernements. Dans les heures ayant suivi l’avis de Postes Canada rendant possible un lockout dès cette semaine, le gouvernement du Québec s’est empressé de rappeler aux contribuables les bienfaits des services en ligne : « le dépôt direct demeure la façon la plus simple et sécuritaire de recevoir des prestations. […] De plus, il s’agit d’un geste en faveur de l’environnement », peut-on lire dans un communiqué. Ces arguments trouvent un écho chez une part croissante des consommateurs, de plus en plus à l’aise sur Internet.

Les PME clientes de Postes Canada devront aller vers d’autres options. Elles ne reviendront pas nécessairement [une fois le conflit terminé].

 

Parallèlement à la baisse marquée de la livraison des lettres, l’augmentation du volume du commerce en ligne a fait de 2015 une année record pour le secteur « colis ». Le pic du million de colis livrés en une seule journée a été atteint 16 fois durant l’année dernière, peut-on lire dans le même rapport. Pour Postes Canada, c’est du jamais vu.

« On envoie de moins en moins de lettres, mais on reçoit de plus en plus de colis », résume Simon Tremblay-Pepin, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS). En 2014, au plus fort du débat sur la décision controversée d’abandonner la livraison du courrier à domicile, il a cosigné une étude intitulée « Faut-il privatiser Postes Canada ? ». Pour lui, la Société canadienne des postes répond toujours à un besoin très important pour les citoyens et les entreprises. « On a un système qui a comme priorité de livrer le courrier, chaque jour, à tout le monde, sur tout le territoire. » Il propose de financer la Société en augmentant le nombre de services qu’elle offre, comme la Belgique qui a décidé de diversifier les services offerts par son service postal, comme la production des certificats et plaques d’immatriculation.

Postes Canada, la préférée des PME, pour l’instant

L’accessibilité du courrier partout au pays, les faibles coûts et la fiabilité des envois sont les raisons pour lesquelles les PME du pays maintiennent leur confiance envers le service public, explique Simon Goudreault, économiste principal à la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI). Citant un sondage auprès des propriétaires d’entreprise, il soutient que l’écrasante majorité des entreprises utilisent les services de Postes Canada. « Les virements en ligne sont très pratiques pour les particuliers, mais pas nécessairement pour les entreprises, pour qui ça représente plus de frais, plus de complexité. Les paiements par chèque sont encore très populaires. »

Selon la FCEI, un conflit de travail à Postes Canada risque de conduire les entreprises à délaisser la société de la Couronne pour la concurrence, perçue comme rapide et fiable par ses membres. « Les PME clientes de Postes Canada devront aller vers d’autres options. Elles ne reviendront pas nécessairement [une fois le conflit terminé] », avertit Simon Goudreault, selon qui le mouvement de la clientèle est déjà enclenché à cause de l’incertitude quant à la possibilité d’un conflit de travail.

Postes Canada a annoncé que, jeudi, « la quantité de courrier déposé dans l’ensemble [du] réseau était de 80 % inférieure à celle que nous avions à la même date l’an dernier ». Au même moment, l’entreprise Purolator, dont la Société canadienne des postes est l’actionnaire majoritaire, « enregistre des augmentations considérables de ses volumes d’expédition », peut-on lire sur son site Web.