La panique s’amplifie dans l’immobilier britannique

Des gratte-ciel en construction dans le district financier de Londres
Photo: Simmi Simons Getty Images Des gratte-ciel en construction dans le district financier de Londres

Le mouvement de panique s’est poursuivi dans l’immobilier britannique mercredi en pleine inquiétude autour du Brexit, qui a encore fait flancher les marchés.

Trois nouvelles firmes ont suspendu leurs fonds de placement à cause d’un afflux de demandes d’investisseurs apeurés, portant à six le nombre de groupes financiers contraints à cette extrémité depuis le début de la semaine. « La décision a été prise en raison de pressions exceptionnelles exercées sur les fonds, résultat de l’incertitude suivant le référendum sur l’UE, et de la récente suspension d’autres fonds immobiliers », a expliqué Henderson, l’une des entreprises qui s’est jointe au mouvement mercredi.

En cumulant les fonds suspendus par les six groupes concernés depuis lundi, pas moins de 15 milliards de livres d’actifs immobiliers (25 milliards $CAN) sont désormais gelés, notamment des entrepôts, des centres commerciaux, des magasins et des bureaux. Les investisseurs ont été pris de panique ces derniers jours face à la crainte d’un retournement du marché immobilier britannique — en plein boom ces dernières années notamment à Londres — après le vote en faveur du Brexit.

« Plus de la moitié des fonds immobiliers britanniques sont désormais gelés, et vont le demeurer jusqu’à ce que leurs gérants aient levé suffisamment d’argent pour faire face aux demandes de remboursement » des investisseurs, a prévenu Laith Khalaf, analyste chez Hargreaves Lansdown. Mais « pour faire cela, ils doivent vendre des biens ».

La Banque d’Angleterre a d’ailleurs souligné mardi que « certains segments du marché, notamment sur le marché haut de gamme de Londres, étaient tendus », signifiant qu’ils ont atteint peut-être un niveau maximal. Les prix dans la capitale dépassent de 54 % le pic atteint avant la crise financière internationale de 2008-2009.

Si un retournement a lieu, il risque de concrétiser une partie des craintes exprimées par les partisans du maintien dans l’UE au sujet du Brexit, qui a déjà entraîné un plongeon de la livre, une certaine baisse de fréquentation des magasins et la perte par le pays de sa précieuse note « AAA » auprès de l’agence de notation Standard Poor’s.

Au-delà du Royaume-Uni, les marchés ont dévissé de nouveau, inquiets des incertitudes engendrées. Les Bourses européennes ont accusé le coup, fermant leurs portes sur de nets reculs, tandis que l’or, valeur refuge par excellence, était propulsé vers les sommets et que l’obligation d’État allemande, rassurante, faisait l’objet d’une demande empressée. « Les grands capitaux commencent à bouger leurs pions. Cela n’est pas encore une fuite des capitaux à proprement parler mais il y a une réelle inquiétude sur le large impact qu’il pourrait y avoir sur les décisions d’investissement », a noté Andrew Edwards d’ETX Capital.

La croissance du pays risque de souffrir et le premier ministre français, Manuel Valls, a déroulé mercredi le tapis rouge aux entreprises basées de l’autre côté de la Manche en annonçant des mesures pour doper la place financière de Paris. Les ministres luxembourgeois de l’Économie et des Finances, Etienne Schneider et Pierre Gramegna, ont eux annoncé qu’ils allaient effectuer une mission de promotion économique en Grande-Bretagne à la fin du mois afin de vanter le Grand-duché comme une « bonne alternative » après le Brexit.

À Londres, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, s’est mis en avant à trois reprises pour tenter de rassurer, mais les milieux d’affaires restent préoccupés par l’impression de désordre politique qui prédomine depuis le référendum.