L'excédent commercial bondit

L'excédent commercial canadien s'est chiffré à 5,4 milliards en décembre, un saut de un milliard par rapport à novembre qui surpasse les attentes et s'explique surtout par les exportations du secteur automobile, a indiqué hier Statistique Canada.

Pour l'année 2003 dans son ensemble, l'excédent a atteint 59,81 milliards comparativement à 57,85 milliards en 2002, malgré la remontée de 20 % du dollar canadien face à la devise américaine.

Comparativement à décembre 2002, les prix des importations ont reculé de 11 %, et ceux des exportations, de 9 %. Au chapitre du volume, les importations ont cependant progressé de 3,5 %, et les exportations, de 6 %. «Cela veut dire que le volume des échanges était en hausse au Canada en 2003, et ce, en dépit d'une baisse de la valeur de ces échanges», a écrit l'agence dans son rapport.

Déficit record aux États-Unis

Aux États-Unis, le déficit commercial a battu un nouveau record en 2003, les Américains refusant de brider leur appétit pour les produits importés, ce qui laisse penser qu'une nouvelle baisse du dollar sera nécessaire pour rééquilibrer les comptes. Le déficit commercial a atteint 489,4 milliards $US en 2003, soit 17,1 % de plus que le précédent record de 418 milliards atteint en 2002.

«Même avec un dollar affaibli, les Américains font encore le choix d'acheter des produits à l'étranger», constate Drew Matus, économiste du groupe financier Lehman Brothers. Les importations ont en effet beaucoup plus rapidement augmenté (+8,3 %) que les exportations (+4,6 %). Et toutes les catégories ou presque de produits sont concernées, avec un véritable bond pour les importations de pétrole et de gaz naturel.

C'est que les Américains, ayant renoué avec une croissance vigoureuse à l'été, se sont remis à acheter, et les produits étrangers ont été pris dans le courant irrésistible de cet appétit de consommation. La boulimie est telle que «la forte demande américaine l'emporte sur le dollar faible, ce qui fait augmenter le déficit», souligne Sal Guatieri du groupe financier BMO.

Ce déséquilibre s'accompagne d'un emballement du trou budgétaire (374 milliards $US l'an dernier, 521 milliards prévus cette année) qui inquiète les partenaires des États-Unis, inquiets de voir le pays le plus puissant du monde vivre au dessus de ses moyens.

Le billet vert pâtit de ces préoccupations et vendredi l'euro s'est rapproché de son record historique face au billet vert, montant jusqu'à 1,2895 $US.

Au vu des chiffres du déficit, les analystes prédisent que la dégringolade n'est par terminée. «Le dollar devra s'affaiblir encore pour que la balance commerciale contribue à la croissance cette année et pour réduire le déficit des comptes courants», estime M. Guatieri.

Le président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, avait aussi espéré mercredi que l'affaiblissement du billet vert finirait par aider les États-Unis à rééquilibrer leurs comptes courants (ceux qui donnent la mesure la plus représentative des échanges des États-Unis avec le reste du monde).

Toute la question est de savoir dans quelle mesure le déséquilibre se résorbera. Certains analystes jugent que la frénésie d'importations va continuer dans les mois à venir. «Le dollar faible va aider mais cela prendra du temps, et une amélioration n'aura pas lieu avant le second semestre 2004», estime M. Matus. D'autres soulignent que les États-Unis ne seront bientôt plus les seuls à tirer la croissance mondiale. «Le déficit restera énorme en 2004 mais il devrait être moins important», assure Sung Won Sohn de la banque Wells Fargo.

Des inconnues

Plusieurs inconnues demeurent cependant. Il y a d'abord la Chine, qui représente à elle seule un quart du déficit commercial (124 milliards $US). Or la monnaie chinoise est liée au dollar par un taux de change fixe et la dépréciation du billet vert ne sera là d'aucune aide. La Chine est un dossier ambivalent pour les États-Unis: vilipendée pour provoquer des délocalisations d'emplois massives mais indispensable pour fournir les Américains en produits bon marché, elle est devenue l'an dernier le deuxième importateur aux États-Unis.

Autre inconnue, il n'est pas certain que les Américains se laisseront impressionner par la hausse des prix liée à la baisse du dollar et qu'ils modéreront leur demande. «Si ce n'est pas le cas, de plus en plus de dollars quitteront les États-Unis ce qui ralentira la croissance. Et la hausse des prix fera augmenter l'inflation et les taux d'intérêt», avertit l'économiste indépendant Joel Naroff.