L'usine d'éthanol de Varennes reçoit l'appui d'Ottawa

Longtemps repoussé, et vivement contesté par les environnementalistes, le projet d'usine d'éthanol à Varennes a reçu hier l'aval du gouvernement fédéral. Le promoteur du projet, Alcools de commerce, croit pouvoir ainsi aller de l'avant avec son usine de 100 millions se nourrissant au maïs, Ottawa se présentant ainsi comme la relève d'une Société générale de financement devenue hésitante depuis le changement de gouvernement à Québec.

Le gouvernement fédéral a annoncé, hier, le nom des sept sites qu'il avait retenus pour abriter une distillerie. Ce choix s'inscrit dans le cadre du programme d'expansion du marché d'éthanol, lancé en août dernier. Parmi les sites retenus, on retrouve l'usine de Varennes. «Cet engagement devrait assurer que le projet d'Alcools de commerce, maintes fois reporté par le passé, aille de l'avant», a commenté l'entreprise ontarienne. «Cette annonce du fédéral est la bienvenue, a ajouté le président, Robert Gallant. Cet engagement nous permettra de compléter le financement du projet et de prévoir le début de la construction au cours de la présente année.»

Le projet de Varennes fait miroiter un investissement direct de 100 millions, la création de 1000 postes temporaires lors de la construction, de 50 emplois à temps plein et d'autant d'emplois en sous-traitance lors de son exploitation, et l'alimentation en maïs dans une région connaissant un excédent de production.

Un programme de trois ans

L'aide d'Ottawa s'inspire d'un programme de trois ans doté d'une enveloppe de 100 millions. La première phase complétée hier comprend une aide totale de 78 millions. Le tout répond à un engagement de deux milliards prévu dans le budget 2003 pour les mesures portant sur les changements climatiques. M. Gallant n'ayant pas donné suite à nos appels hier, il n'a pas été possible de connaître le montant de l'aide fédérale consacrée à la distillerie de Varennes, qui doit produire 120 millions de litres d'éthanol. À titre d'illustration, Suncor a précisé hier avoir reçu une aide de 22 millions pour son usine de Sarnia, en Ontario, devant également produire 120 millions de litres de cet additif à l'essence.

Il n'a également pas été possible de connaître la capacité de survie de ce projet, longtemps repoussé et vivement contesté. Après sept ans de gestation, la naissance de cette usine d'éthanol a officiellement été annoncée en octobre 2000, et ce, trois ans après la conclusion d'une entente entre Québec et Alcools de commerce. Une usine d'éthanol devait ainsi voir le jour dans le comté de Bernard Landry, alors ministre des Finances. Le projet reposait sur l'appui financier de la Société générale de financement, qui devait injecter 25 des 100 millions, sur un partenariat avec les producteurs de maïs-grain et sur une entente de distribution avec Pétro-Canada.

La participation de la SGF est l'objet d'une remise en question depuis l'an dernier, soit depuis le changement de gouvernement à Québec, qui implique une révision du modèle d'intervention de l'État et de la façon de faire de la SGF.

Mais déjà en décembre 1996, Alcools de commerce soulignait avoir réuni plus de 33 millions et le reste du financement bancaire, en plus de bénéficier d'une contribution de 2,5 millions venant du regroupement des producteurs de maïs sous Pro-Éthanol. Le tout a été renforcé en juin 1997 par une entente à long terme avec le gouvernement québécois garantissant une réduction de taxes sur les carburants composés d'essence et d'éthanol. Cette contribution gouvernementale, sous la forme d'une détaxe de 15 % consentie aux promoteurs de l'usine, était évaluée à 30 millions par année.