Portrait - Blasi, Imagina et l'avenir

Enzo Blasi
Photo: Enzo Blasi

De golden boy à partisan de la bataille «dans les tranchées avec nos gens», Enzo Blasi, président de Imagina Solutions Technologiques, en a vu pour ainsi dire de toutes les couleurs comme entrepreneur depuis 20 ans dans le monde merveilleux des technologies de l'information. Il reconnaît avoir acquis de la maturité au fil des ans et des épreuves. En d'autres mots, des mesures ont été prises «pour éviter les mêmes gaffes».

Cette franchise brutale, qui est rare chez les dirigeants d'entreprise, ne traduit en aucune façon un sentiment défaitiste. Bien au contraire, cet homme manifeste encore l'enthousiasme d'un débutant et avance que son entreprise aura atteint un chiffre d'affaires d'au moins 30 millions dans cinq ans. Le bond à faire est quand même considérable, puisque Imagina, société privée, déclare des revenus de sept millions présentement, en comparaison de deux millions il y a quatre ans. Cela dénote tout de même une tendance.

Enzo Blasi, d'une famille émigrée d'Italie dans les années 50, est né à Sherbrooke en 1961. Puis, il a suivi sa famille et son père ouvrier chez Dominion Textile à Saint-Jean. Ensuite, il a obtenu un baccalauréat en administration des affaires, spécialisé en gestion informatisée des systèmes, à l'UQAM. Ayant toujours vécu dans ce monde francophone, il se définit lui-même comme «un Québécois dans l'âme». Mais surtout, il dit avoir compris très tôt dans sa vie qu'il voulait faire les choses à sa façon, qu'il avait besoin de changement constamment et qu'il lui fallait un environnement qui lui permettrait de laisser libre cours à sa créativité. L'informatique offrait cette ouverture.

Dès sa sortie de l'université en 1984, il fonde avec un ami la société Beltron. C'était l'époque où les ordinateurs personnels commençaient à percer le marché. Les débuts furent modestes, avec un chiffre d'affaires de 50 000 $ en 1986. Par la suite, il y eut un coup de pouce apprécié de la compagnie Hewit Equipement, dont Beltron fit l'intégration informatique.

En 1990, Beltron atteignait le plateau d'un million de revenus et ce fut le début des années des golden boys, comme le dit M. Blasi. Les jeunes entrepreneurs se sont lancés dans un développement tous azimuts, en ouvrant des bureaux et diverses lignes de production, dont celles des agences de voyages et des bureaux de dentistes, etc. «Je ne voyais plus où j'allais, tant j'étais éparpillé», devait constater le président après un certain temps.

À la fin de 1994 eut lieu le retour aux activités principales de l'entreprise, à savoir la vente d'équipements et les services-conseils d'accompagnement. En 1996, il y a eu la formation d'un conseil d'administration, «pour éviter de faire les mêmes gaffes» et mettre l'accent sur une gestion financière plus serrée. Dans ce conseil, on retrouve Serge Meilleur, fondateur de DMR, et Yves Thibodeau, ex-président de DMR Canada.

Un divorce, une naissance

En 1997, le divorce survient entre les deux partenaires, qui n'ont plus la même vision. M. Blasi conserve les services-conseils, tandis que son ex-associé part avec la division du génie-conseil, laquelle a un client majeur: Nortel, qui contribuait à 65 % des revenus de Beltron avant la séparation. Enfin, pour éliminer la confusion résultant du fait qu'il y avait deux sociétés Beltron, Imagina voit le jour en 2000.

En 1998, Beltron services-conseils avait des revenus de 1,7 million et 26 employés; en 2000, le chiffre d'affaires d'Imagina atteignait quatre millions et l'entreprise comptait 50 employés. Toutefois, après le tournant du millénaire et le fameux bogue qui n'a jamais eu lieu, et surtout après le 11 septembre 2001, des clients se sont mis en attente. Néanmoins, il y a quand même une remontée, soutient le président.

En 2002 et en 2003, Imagina a concentré ses efforts dans les technologies reliées aux portails d'affaires et aux solutions informatiques mobiles et sans fil auprès de clients comme les Laboratoires Abbott, les restaurants Saint-Hubert, le Centre de santé universitaire McGill, Alstom et Lafarge, ce dernier étant son plus important client cette année. «Nous voulons éviter de tomber dans le trip des technologies», prévient M. Blasi, en faisant allusion à cette époque où les gens de l'informatique semblaient prendre plus de plaisir à faire fonctionner leurs appareils qu'à vraiment répondre aux besoins de leurs clients.

Aux PME, Imagina offre un service dit «d'impartition intelligente», qui consiste à appliquer un plan qui n'est pas figé dans le temps et qui tient compte de l'évolution de la firme cliente pendant toute la durée du mandat sur plusieurs années. «Dans une petite firme, il n'y a pas de bureaucratie. J'aime être dans les tranchées avec nos gens», ajoute le président. Environ 40 % des revenus d'Imagina proviennent des PME. Pour de grands projets, elle agit souvent en sous-traitance pour des firmes plus grosses, comme DMR et LGS. Mais une fois installés chez un client, les consultants prêtés par Imagina deviennent en quelque sorte des «éclaireurs», étant mieux placés pour obtenir des informations utiles en vue de l'obtention de mandats futurs.

Parmi les contrats potentiels les plus attendus, il y a évidemment le projet du gouvernement du Québec de se mettre en ligne, tel que promis par les libéraux avant leur prise du pouvoir. Dans ce cas particulier, Imagina répond en partenariat avec d'autres firmes aux appels d'offres, lesquels sont d'ailleurs faits ministère par ministère et non pas pour tout le gouvernement en bloc. Cela veut donc dire que plusieurs sociétés de conseillers en informatique pourront obtenir une part de ce gâteau qui pourrait être de l'ordre de 100 millions. Une fois ce réseau installé, il faudra ensuite l'alimenter, y mettre du contenu, ce qui voudra dire d'autres contrats... Imagina compte ouvrir un bureau à Québec avant la fin de l'année.

Quels sont les objectifs d'Imagina pour l'avenir? M. Blasi mentionne en tout premier lieu celui de pratiquer une gestion financière saine. Présentement, l'entreprise a environ 500 000 $ en réserves. Cet argent pourrait servir pour une ou des acquisitions stratégiques, ce qu'espère le président, pour rayonner davantage sur le continent nord-américain. Imagina a déjà acquis et intégré deux petites firmes en 2002.

Par ailleurs, M. Blasi ne ferme pas la porte à la venue de partenaires financiers dans Imagina, comme le fait par exemple Jacques Topping, qui connaît bien le monde de l'informatique, qui a de l'argent et qui prend parfois des participations dans des PME, non pas pour en prendre le contrôle mais pour les aider à se développer.