Bombardier conclut avec Québec dans l’ombre de Moody’s

Le gouvernement du Québec possède maintenant 49,5 % de la Société en commandite Avions CSeries.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le gouvernement du Québec possède maintenant 49,5 % de la Société en commandite Avions CSeries.

Grosse journée jeudi pour Bombardier. Le fabricant a conclu son entente avec Québec sur le financement de la CSeries. Aussi, le premier appareil de la gamme a été livré à Swiss. Et Bombardier a dû en découdre avec une décote de Moody’s.

C’est officiel, Bombardier Avions commerciaux a procédé, jeudi, à la livraison du premier avion CSeries à l’exploitant de lancement, Swiss International Air Lines. Il s’agit du « tout premier avion entièrement conçu pour le marché des avions de 100 à 150 sièges en près de trente ans ! » s’est exclamé le fabricant.

Moody’s est toutefois venue jeter une ombre sur la journée. L’agence de notation a abaissé, de B2 à B3, sa note sur les billets de premier rang non garantis émis par Bombardier, tout en faisant passer la perspective de l’entreprise de négative à stable. L’agence retient que Bombardier dispose désormais de liquidités pour soutenir son exploitation jusqu’en 2018. Elle retient aussi que le récent investissement de 1,5 milliard $US de la Caisse de dépôt dans Bombardier Transport vient reléguer les autres créanciers de cette division à un rang subordonné.

Une décision qui a forcé Bombardier à exprimer son désaccord. « Moody’s ne reconnaît pas et ne tient pas pleinement compte des progrès importants que l’entreprise a réalisés au cours de la dernière année pour améliorer son profil de risque, reflétés par la révision à la hausse de la perspective de la note que l’agence de notation accorde à l’ensemble de l’entreprise, laquelle passe de négative à stable », peut-on lire dans un communiqué.

Le fabricant reproche également à Moody’s de s’en remettre à une lecture basée sur la structure de l’investissement de la Caisse de dépôt et placement du Québec annoncé en novembre dernier. « Au cours des six derniers mois, Bombardier a renforcé sa situation de liquidités avec 2,5 milliards $US levés par le biais de l’investissement de la Caisse et de l’entente du gouvernement du Québec, laquelle a été signée ce matin. Ces investissements ont significativement amélioré la solvabilité de l’entreprise et mieux placé Bombardier pour exécuter son plan quinquennal de redressement et générer des flux de trésorerie neutres en 2018. » S’ajoutent « les importants progrès que nous avons réalisés en atténuant les risques de l’entreprise en confortant la place des avions CSeries sur le marché par les annonces concernant Delta et Air Canada ».

Entente avec Québec

 

Jeudi, après des mois de négociations, Bombardier a conclu une entente définitive avec le gouvernement du Québec. Dans un communiqué conjoint, les ministres Jacques Daoust, Dominique Anglade et Carlos Leitão ont annoncé la création de la Société en commandite Avions CSeries afin d’appuyer la réalisation du programme.

4,26 %
Pourcentage que possèdera le gouvernement du Québec des actions de Bombardier selon l’entente modifiée entre les deux camps.

Grâce à l’entente avec Bombardier, le gouvernement du Québec possède donc 49,5 % de la Société en commandite Avions CSeries. Deux versements de 500 millions $US seront effectués, le 30 juin et le 1er septembre prochain. L’entente prévoit que tous les produits du programme CSeries, soit les avions CS100 et CS300, ainsi que tous les dérivés, le cas échéant, seront désormais couverts partout dans le monde par la Société en commandite Avions CSeries.

Selon l’entente modifiée, le gouvernement du Québec recevra des bons de souscription pour acquérir jusqu’à 100 millions d’actions de Bombardier, ou 4,26 % des actions courantes. Cela représente la moitié des bons de souscription qui étaient prévus dans l’entente préliminaire. La porte-parole de Bombardier Sylvie Gauthier a affirmé que le changement avait été apporté pour refléter la situation financière améliorée de l’entreprise. « Nous avons réduit les risques du programme, nous avons des ventes, les actions ont pratiquement doublé de valeur, alors tout cela est pris en compte dans les négociations », a-t-elle expliqué en entrevue.

La ministre québécoise de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade, a soutenu que Québec avait voulu s’assurer d’avoir la juste valeur marchande. « La juste valeur marchande enlève le plafond du prix des actions, ce qui nous permet à nous, alors, d’obtenir le véritable prix au moment de la vente de la portion gouvernementale, le cas échéant », a fait valoir la ministre.

Mme Anglade a dit avoir la garantie que « le siège social demeure à Montréal, avec les opérations associées à la CSeries, pour une période de 20 ans, et ce, même si le gouvernement provincial ne devait plus être actionnaire dans six ans, dans sept ans ».

Air Canada et Ottawa

 

Pour sa part, Air Canada a indiqué jeudi que le transporteur continuait de travailler sur la finalisation du contrat avec le constructeur pour un nombre pouvant aller jusqu’à 75 avions de la CSeries après qu’a été adopté à Ottawa le projet de loi qui assouplit les conditions sur le maintien de l’entretien lourd de ses avions à Montréal, Winnipeg et Mississauga.

Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a affirmé que le gouvernement fédéral continuait de négocier un soutien financier potentiel pour Bombardier, qui souhaite obtenir 1 milliard $US d’Ottawa. « Nous croyons qu’à long terme, il [le secteur de l’aéronautique] s’agit de l’un des segments les plus innovants de l’économie, alors, de ce point de vue, compter sur une entreprise de pointe comme Bombardier est important, et nous discutons avec eux pour réfléchir à la façon d’assurer que le secteur continue d’avoir du succès », a dit le ministre aux médias après avoir pris la parole devant l’Economic Club of Canada à Toronto.

M. Morneau n’a pas voulu discuter des possibles pierres d’achoppement, mais Ottawa aurait appelé Bombardier à modifier sa structure de propriété, ce que la famille fondatrice qui contrôle l’entreprise par l’entremise des actions à droit de vote multiple a dit ne pas envisager.


Avec La Presse canadienne

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