Séisme sur les places boursières européennes

La livre sterling est tombée à des niveaux inédits depuis 1985.
Photo: Daniel Sorabji Agence France-Presse La livre sterling est tombée à des niveaux inédits depuis 1985.

Paris — Prises à contre-pied par le vote en faveur d’un Brexit qu’elles n’avaient pas anticipé, les places boursières européennes ont terminé la séance en déroute vendredi, à l’exception notable de Londres, qui tirait son épingle du jeu.

Paradoxalement, l’indice londonien a moins souffert que ses équivalents du continent, terminant la séance sur une baisse de 3,2 %, car il compte nombre de multinationales qui, pour certaines, ont peu d’activité en Europe, tandis que Paris cédait 8 % et Francfort 6,8 %.

À court terme, la baisse de la livre sterling pourrait également éventuellement se traduire par un gain de compétitivité pour les entreprises britanniques. Avec la monnaie britannique au plus bas depuis 1985, les marchés européens ont toutefois été les principales victimes de cette journée noire, subissant des chutes du même ordre de grandeur qu’au moment de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en 2008.

Après s’être envolée au-dessus de 1,50 $US au moment de la fermeture des bureaux de vote, la livre sterling est tombée à des niveaux inédits depuis 1985, jusqu’à 1,3229 $US. En fermeture elle effaçait une partie de ses pertes face au dollar, à 1,3629 $US pour une livre contre 1,4974 $US jeudi soir.

Un très gros choc

Ailleurs en Europe Madrid a chuté de 12,4 % et Milan de 12,5 %. Lisbonne a perdu 7 %, Bruxelles 6,4 % et Amsterdam 5,7 %. La Bourse suisse a reculé quant à elle de 3,4 %. L’Eurostoxx 50 a reculé de 8,6 %. « L’étendue du plongeon a été exacerbée par un marché totalement positionné dans la mauvaise direction, les investisseurs choisissant de faire confiance aux sondages, sans plus de prudence, en misant massivement sur un Remain », un maintien du Royaume-Uni dans l’UE, explique Michael Hewson, un analyste de CMC Markets.

« C’est clairement un très gros choc pour les marchés » et « pour le Royaume-Uni, c’est un séisme » dont les « implications vont indubitablement aller au-delà des frontières britanniques, avec un effet immédiat et potentiellement durable sur les échanges commerciaux et sur tous les actifs financiers », affirme à l’AFP Matthew Beesley, directeur actions internationales de la société de gestion britannique Henderson Global Investors. Depuis le début de la campagne, les marchés redoutaient une sortie du Royaume-Uni aux conséquences dévastatrices pour l’économie européenne et mondiale ainsi que pour le monde financier.

Le secteur bancaire a été le plus exposé au cours de cette journée avec Lloyds Banking Group (-21 %), mais aussi en France BNP Paribas (-17,4 %), Crédit Agricole (-14 %) et Société Générale (-20,6 %). Deutsche Bank a perdu 14,1 % et Crédit Suisse 13,5 %. Parallèlement, les valeurs refuge comme le yen ou l’once d’or flambaient et les investisseurs se sont rués sur le marché obligataire.

La City se prépare

Avec la sortie de l’Union européenne, la City se prépare à voir des milliers de banquiers faire leurs valises pour Francfort, Paris, Edinbourg ou Dublin. L’actuelle capitale financière de l’Europe, qui emploie 2,2 millions de personnes, accueille de nombreuses banques européennes et américaines, qui dans l’ensemble souhaitaient un maintien dans l’UE, certaines ayant même participé financièrement à la campagne du « Remain ». Londres leur sert de base pour l’ensemble du marché européen et le changement de donne — dont les contours restent flous — se traduira forcément par des délocalisations, ces institutions craignant de perdre le passeport européen et l’accès au marché unique, lié au respect des règles définies par l’UE.

La banque américaine JPMorgan, qui emploie 16 000 personnes au Royaume-Uni, a prévenu vendredi qu’elle pourrait déplacer des emplois. « Nous aurons peut-être besoin d’apporter des changements à la structure de notre entité légale européenne et à la localisation de certains emplois », a indiqué la direction de la banque dans un mémo consulté par l’AFP. Son p.-d.g. Jamie Dimon avait évoqué, avant le scrutin, le chiffre de 1000 à 4000 emplois déplacés.

Conséquences

Le patron de Deutsche Bank, John Cryan, voit des conséquences du Brexit « négatives de tous les côtés ». Le géant bancaire allemand, qui emploie 9000 personnes au Royaume-Uni, pourrait rapatrier certaines activités, par exemple à son siège de Francfort. La banque britannique HSBC avait, elle, évoqué la possibilité de déplacer un millier de personnes dans la capitale française. « Nous avons une importante activité bancaire en France, donc nous avons l’option de déplacer des employés actuellement à Londres vers Paris si nécessaire », avait prévenu le président Douglas Flint au printemps.

Au total, le cabinet PwC estime que le Brexit pourrait coûter 70 000 à 100 000 emplois dans le secteur des services financiers britanniques d’ici 2020. « Je doute qu’il y ait des coupes drastiques et immédiates, ce sera plutôt un lent mouvement d’érosion de l’emploi dans la City », indique à l’AFP Thorsten Beck, professeur à la Cass Business School de Londres.

Reste désormais à savoir qui profitera de ce mouvement : Paris, Francfort, Dublin, Luxembourg, Amsterdam… ? Des villes concurrentes déploient déjà le tapis rouge. Huw Macartney, professeur à l’université de Birmingham, doute de son côté que le référendum ait un impact énorme sur Londres. « La City restera un centre majeur pour les banques américaines et chinoises », estime-t-il. Et selon lui de toute façon, « le grand bénéficiaire devrait être New York ».

 

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Décote à venir

L’agence de notation Standard Poor’s a indiqué que la Grande-Bretagne ne peut plus conserver sa note AAA, peut-on lire dans le Financial Times. L’agence avait indiqué que le maintien de la note la plus élevée supposait que le référendum débouche sur un vote favorable de maintien dans l’UE. Pour sa part, Moody’s a abaissé de stable à négative la perspective de la note du Royaume-Uni estimant que s’amorce une période prolongée d’incertitude de l’économie britannique. La note de la dette est maintenue à Aa1.