Des réactions tranchées à la «prudence» de Leitão

En refusant d’appuyer l’entente de principe conclue lundi soir sur la réforme du Régime de pensions du Canada (RPC), le gouvernement du Québec a déçu les syndicats et réjoui le patronat. Mais il semble à tout le moins comprendre l’urgence d’agir, remarque un expert.

Au lendemain d’une journée qualifiée d’« historique » par le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, plusieurs se sont demandé pourquoi le Québec a choisi de tourner le dos à la réforme du RPC, à commencer par la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ).

« La dissidence du Québec est très, très gênante. Est-ce qu’on doit comprendre que le gouvernement proaustérité de M. Couillard refuse les bonifications minimales et nécessaires qui font consensus dans le reste du Canada ? » a soulevé le secrétaire général de la FTQ, Serge Cadieux.

Selon la Fédération, le RPC et le Régime des rentes du Québec (RRQ) — un régime public distinct créé par le Québec en 1966 — coûtent moins cher à administrer et sont plus avantageux que les régimes privés.

La Confédération des syndicats nationaux a tenu un discours semblable, plaidant elle aussi pour une bonification du régime public de retraite.

Privilégier d’autres outils

À l’opposé, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) et le Conseil du patronat du Québec (CPQ) ont salué la « prudence » du gouvernement Couillard dans le dossier. La FCEI met Québec en garde contre les impacts d’une réforme du régime public sur les PME, tandis que le CPQ privilégie d’autres options pour favoriser l’épargne, comme les régimes privés et l’éducation financière.

Pour Mario Lavallée, professeur à la Faculté d’administration de l’Université de Sherbrooke, les arguments des uns et des autres sont valables, mais une réalité demeure : les Canadiens n’épargnent pas assez pour leurs vieux jours.

« C’est dommage que le Québec n’ait pas adhéré à l’accord, mais je comprends ses objections, dit-il. Il s’agit sans doute d’un calcul politique. »

Heureusement, poursuit-il, le gouvernement Couillard semble décidé à bonifier à sa façon le RRQ. « Les gens n’ont pas la discipline nécessaire pour épargner pour leur retraite, insiste-t-il. Une bonification du régime public va améliorer le sort de beaucoup de Québécois. »

Réforme en bref

Si elle est ratifiée d’ici le 15 juillet prochain, l’entente à laquelle ont adhéré lundi tous les ministres des Finances du Canada, à l’exception de ceux du Québec et du Manitoba, s’appliquera graduellement entre 2019 et 2025.

L’accord comprend deux changements majeurs. Premièrement, le nouveau RPC fera passer de 25 % à 33 % le pourcentage du revenu de travail versé à la retraite. Cette augmentation sera financée par une hausse progressive des cotisations, lesquelles sont payées en parts égales par l’employé et l’employeur.

Deuxièmement, le revenu maximum cotisable atteindra 82 700 $, comparativement à 54 900 $ à l’heure actuelle. Cela signifie que le régime public offrira une meilleure couverture à des Canadiens touchant un salaire plus élevé.

Le Québec a refusé d’adhérer à l’entente en disant vouloir protéger les Québécois à faible revenu. Le gouvernement estime que les salariés gagnant moins de 27 000 $ auraient durement encaissé une hausse « unilatérale » de leurs cotisations.

En clair, tout indique que le gouvernement Couillard soumettra une proposition de réforme du RRQ calquée sur celle du RPC (hausse des cotisations, du taux de remplacement du revenu et du revenu cotisable), mais seulement pour les revenus excédant 27 000 $.

« Nous allons étudier avec attention les options les plus avantageuses au contexte québécois tout en considérant le contenu de l’accord de principe [du RPC] », a précisé mardi Audrey Cloutier, l’attachée de presse du ministre québécois des Finances, sans donner plus de détails sur l’échéancier.

Les limites du système

Au Québec, le système de retraite public se divise en trois portions : le RRQ, le supplément de revenu garanti et la pension de la sécurité de la vieillesse (les deux derniers étant versés par le gouvernement fédéral). On estime que le « taux de remplacement du revenu » idéal, soit la proportion du revenu nécessaire pour garder son niveau de vie à la retraite, se situe entre 50 et 70 %.

Le RRQ est surtout efficace pour couvrir les plus bas salariés, puisque le taux de remplacement du revenu pour cette catégorie de travailleurs est très élevé. Ce taux de remplacement diminue lorsqu’il est question des revenus moyens et élevés.

Pour accumuler suffisamment d’argent pour l’après-carrière, les Québécois plus fortunés doivent donc se tourner vers des régimes complémentaires, comme le régime enregistré d’épargne-retraite (REER) ou le régime volontaire d’épargne-retraite (RVER), un système entré en vigueur en juillet 2014 et implanté graduellement depuis.

Le RRQ, tout comme le RPC, est un régime à prestations déterminées, tandis que la majorité des régimes privés sont à cotisations déterminées. Les premiers garantissent un niveau de prestations donné, peu importent les fluctuations des marchés, tandis que les seconds n’offrent pas de garantie sur la valeur de la rente.

3 commentaires
  • Yvon Beaudoin - Abonné 22 juin 2016 05 h 33

    La risee

    Il était pathétique de voir Philippe Couillard dire qu'ils ont refusé de signer pour protéger les gagne-petits gagnant moins de 27 000$ par année. Couillard et la mouvance libérale constituée du patronat, de la FCEI et de certains organismes comme l'institut économique de Montreal en ont rien à foutre des gagne-petits. Ils n'ont fait que protéger leurs porte-feuilles et leurs dogmes qui dictent que toutes hausses du salaire minimum ou des charges sociales n'est pas bonne pour l'économie. On appelle cela une politique à courte vue typique de ce gouvernement sans vision autres que le déficit zéro et la privatisation en douce des services publics.

  • Bernard Terreault - Abonné 22 juin 2016 08 h 37

    Réticence du CPQ

    Le Conseil du Patronat s'oppose à la bonification du RRQ parce que celui-ci est géré par la Caisse des Dépôts, efficacement et à peu de coût, simplement par économie d'échelle. Le CPQ aime mieux que les gens s'adressent à des courtiers privés qui s'enrichissent avec les frais de gestion élevés qu'ils chargent.

  • Nadia Alexan - Abonnée 22 juin 2016 10 h 37

    M. Couillard, vos propos sont honteux!

    En refusant d'entériner l'entente proposée par le gouvernement fédéral, M. Couillard a démontré, une fois de plus, son ignorance de l'état financier de la plupart des Québécois/Québécoises. Il a expliqué que seulement 15% de la population n'a pas accès a une pension, tandis que les faits démontrent qu'au Québec, 7 sur 10 retraités, n'ont pas accès a une retraite. En même temps, l'OCDI vient de réprimander le Canada pour sa piètre performance envers les retraités, dont la plupart qui travaillant pour des entreprises privées, n'ont pas accès a une pension du tout. L'OCDI a placé le Canada en 17e rang, en matière des pensions des retraités, parmi les pays industrialisés, membres de l'OCDI.
    Une fois de plus, M. Couillard a préféré se rallier à la chambre du commerce, qu'aux citoyens qu'il est censé servir. L'histoire nous a démontré que les entreprises privées n'ont jamais voulu adhérer à aucune politique capable d'améliorer le sort des travailleurs; que ce soit le régime des pensions, le salaire minimum, les vacances payées, les journées de huit heures, etc. À chaque étape de ces bénéfices, il fallait que les travailleurs arrachent ces concessions, malgré les objections du patronat. Quelle honte!