Une filière québécoise en devenir

Le président-directeur général d’Hydro-Québec, Éric Martel, devant un moteur électrique avec le ministre Jacques Daoust et le premier ministre Philippe Couillard, au Symposium du véhicule électrique, lundi
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le président-directeur général d’Hydro-Québec, Éric Martel, devant un moteur électrique avec le ministre Jacques Daoust et le premier ministre Philippe Couillard, au Symposium du véhicule électrique, lundi

Le premier ministre Philippe Couillard ne veut pas seulement voir les Québécois adopter massivement la voiture électrique : il souhaite que toutes les entreprises allient leurs efforts pour accélérer le développement d’une véritable filière québécoise du véhicule électrique.

« On a des assembleurs, des fabricants de composantes, des intégrateurs, en fait une chaîne d’approvisionnement qui est déjà bien constituée », a déclaré M. Couillard lundi matin dans le cadre du Symposium du véhicule électrique, un événement international qui débarque à Montréal cette semaine. « Cette grappe, elle est présente, mais elle doit se constituer de façon plus formelle et nous travaillons là-dessus et on va poursuivre sa croissance. »

Il est vrai que la chaîne d’approvisionnement du véhicule électrique 100 % québécois commence à prendre forme depuis quelques années : Nemaska Lithium entend fournir le lithium nécessaire à la fabrication de batteries, TM4 — une filiale d’Hydro-Québec — commercialise déjà des moteurs électriques jusqu’en Chine, tandis que des fabricants québécois conçoivent des composants en tous genres.

Le premier ministre Couillard veut ainsi réunir tous les joueurs concernés par les véhicules électriques au sein d’une grappe comparable à celle qui a fait le succès de l’industrie aérospatiale québécoise.

À terme, il croit que le Québec pourra tirer son épingle du jeu en misant sur la construction de flottes de véhicules (taxis, voitures de livraison, autobus, etc.), bien conscient du fait qu’il est difficile d’attirer de grands constructeurs automobiles desservant le grand public.

En faire plus

Le président et cofondateur d’AddÉnergie, Louis Tremblay, ne peut qu’applaudir à la volonté gouvernementale de mieux structurer la filière québécoise du véhicule électrique. Le grand patron de l’entreprise qui fournit notamment les bornes de recharge du Circuit électrique d’Hydro-Québec estime cependant que le gouvernement doit accélérer la cadence.

« Ça fait douze ans que je suis dans le domaine et je sens qu’il y a quelque chose qui se passe actuellement. […] On a la maîtrise de l’énergie depuis des années, on a un gouvernement qui est prêt à donner des incitatifs, affirme-t-il. On a tous les éléments, mais il faut être conséquent. On a des champions, mais il faut les aider encore plus. »

M. Tremblay, qui profite de l’événement de cette semaine pour présenter les nouvelles bornes résidentielles de son réseau FLO, aimerait par exemple que le gouvernement du Québec précise les critères des appels d’offres pour favoriser les entreprises québécoises ou encore qu’il bonifie les incitatifs financiers pour les consommateurs.

Il estime que l’objectif du gouvernement Couillard d’atteindre 100 000 véhicules électriques et hybrides rechargeables sur les routes du Québec en 2020 — comparativement à environ 10 000 aujourd’hui — est pour le moins ambitieux. Mais au-delà des cibles chiffrées, il croit que les orientations sont les bonnes.

« Moi, je ne suis pas là pour deux ans. Je suis là pour les 25 prochaines années et pour faire en sorte que lorsqu’on aura 200 000, 300 000, 400 000 véhicules électriques sur les routes du Québec, on sera capables de les alimenter de manière durable. »

Parmi les constructeurs automobiles présents lors du symposium, les représentants de Ford Canada ont eux aussi salué la vision portée par les élus québécois.

« Le Québec veut devenir un leader en technologies et en composants électriques. Nous encourageons cela parce que nous voulons voir les technologies évoluer pour faire baisser les prix et rendre les véhicules plus abordables pour les consommateurs », explique le directeur marketing Voitures de Ford Canada, Marc S. Vejgman.

L’écosystème québécois du véhicule électrique que veut voir grandir le premier ministre Couillard n’incitera cependant pas le constructeur à considérer le Québec d’une manière différente.

Ford Canada fait déjà affaire avec certaines entreprises du Québec pour quelques composantes de ses véhicules électriques, mais le directeur de l’ingénierie, groupe motopropulseur, Kevin Layden, considère les fournisseurs québécois au même titre que les autres. « Nous évaluons des fournisseurs provenant de partout à travers le monde. Je dirais que nous n’excluons personne. »


Nouvelles bornes de recharge rapide

Le premier ministre Philippe Couillard a annoncé lundi l’ajout de bornes de recharge rapide pour véhicules électriques couvrant l’ensemble du trajet Montréal–Mont-Joli, le long de l’autoroute 20. Ainsi, aux bornes existantes à Sainte-Julie, Drummondville, Lévis, La Pocatière et Mont-Joli s’ajouteront de nouvelles stations de recharge rapide à Daveluyville, Laurier-Station, Saint-Hyacinthe, Montmagny, Rivière-du-Loup, Trois-Pistoles et Rimouski. Une telle infrastructure représente selon lui non seulement un élément fondamental du plan d’électrification des transports, mais aussi une approche qui ne fait que des gagnants, tant du côté de l’environnement que du côté du consommateur et de la société en général. Le coût d’installation de chaque borne de recharge rapide (60 000 $) sera séparé à parts égales entre Hydro-Québec et le partenaire qui accueille l’infrastructure.
3 commentaires
  • François Boucher - Abonné 21 juin 2016 06 h 18

    Les transports électriques, c'est la route à suivre!

    Le Québec a tout intérêt à se positionner sur le créneau d'avenir qu'est les transports électriques. Plusieurs pays comme la Norvège et l'Allemagne ont indiqué qu'ils souhaitent bannir complètement la vente de véhicules à carburant fossile d'ici 2025 ou 2030.
    Les engagements de réductions d'émissions de CO2 du Canada et du Québec auront comme conséquence une électrification du parc automobile. Développer une expertise dans ce secteur a donc beaucoup de sens.

  • René Pigeon - Abonné 21 juin 2016 11 h 28

    L’état des démarches auprès du constructeur Novabus, propriété de Volvo ?

    Le reportage rappelle un but réaliste :
    "À terme, il (le premier ministre) croit que le Québec pourra tirer son épingle du jeu en misant sur la construction de flottes de véhicules (taxis, voitures de livraison, autobus, etc.), bien conscient du fait qu’il est difficile d’attirer de grands constructeurs automobiles desservant le grand public."
    parce qu’il est fondé sur une distinction réaliste qui mérite d’être approfondie.
    Question : À propos des « autobus », les lecteurs aimeraient connaitre l’état des démarches auprès du constructeur Novabus, propriété de Volvo.
    Et il se termine par une déclaration encourageante et crédible :
    « Le Québec veut devenir un leader en technologies et en composants électriques. Nous encourageons cela parce que nous voulons voir les technologies évoluer pour faire baisser les prix et rendre les véhicules plus abordables pour les consommateurs », explique le directeur marketing Voitures de Ford Canada, Marc S. Vejgman. ...
    Ford Canada fait déjà affaire avec certaines entreprises du Québec pour quelques composantes de ses véhicules électriques, mais le directeur de l’ingénierie, groupe motopropulseur, Kevin Layden, considère les fournisseurs québécois au même titre que les autres. « Nous évaluons des fournisseurs provenant de partout à travers le monde. Je dirais que nous n’excluons personne. »

  • Brigitte Garneau - Abonnée 21 juin 2016 14 h 59

    Excellent!

    Mais comment pourrons-nous être NOIRS (TransCanada et Énergie Est) et VERTS (fabrication et utilisation de véhicules électriques) EN MÊME TEMPS? Devenir la province qui emet le plus d'émanations (Énergie Est) et celle qui fait le plus d'efforts pour être «propre» (électrification des véhicules)! J'avoue que je suis vraiment confuse...