Charge contre la montée du protectionnisme

La ministre Chrystia Freeland croit que les gouvernements doivent convaincre leurs populations du bien-fondé du libre-échange.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La ministre Chrystia Freeland croit que les gouvernements doivent convaincre leurs populations du bien-fondé du libre-échange.

Les accords de libre-échange ont contribué à l’inquiétante vague de protectionnisme et d’hostilité à l’égard des immigrants, dit la ministre canadienne du Commerce international, Chrystia Freeland, qui en appelle maintenant à l’établissement d’un libre-échange inclusif et progressiste.

Le problème de la montée du protectionnisme et du populisme a souvent été évoqué cette semaine durant la 22e édition de la Conférence de Montréal, qui prendra fin ce jeudi. Mais peu l’ont fait de façon aussi forte que la ministre fédérale mercredi.

« Il est facile d’oublier, lorsqu’on se trouve dans une assemblée de convertis, que nous avons rarement vécu dans un climat aussi profondément protectionniste, a-t-elle déclaré lors de la séance plénière du matin. Nous voyons passer cette vague sur l’Europe et chez nos voisins au sud. Elle parle d’élever des murs, de fermer les frontières au commerce et aux immigrants. C’est une attaque contre nos sociétés ouvertes nourrie par les populistes de droite et de gauche. »

Pas complètement tort

 

Ce phénomène découle des bouleversements sociaux et économiques provoqués par les nouvelles technologies et la mondialisation, a-t-elle expliqué. De plus en plus de gens ont le sentiment que les règles du jeu ne profitent qu’aux riches et aux multinationales alors que les conditions de vie de tous les autres stagnent et qu’ils se demandent, pour la première fois, si leurs enfants vivront moins bien qu’eux. « Comme personne ne veut s’en prendre à son iPhone, on se tourne vers des boucs émissaires commodes : la menace qui vient de l’autre côté des frontières. »

Mais si les coupables dénoncés par les mouvements populistes ne sont pas les bons, il faut bien admettre que ceux qui ont l’impression que le système actuel sert mal la vaste majorité des populations des pays développés « n’ont pas tort », estime l’ancienne journaliste qui a écrit des livres sur le sujet.

« Tout cela est extrêmement dangereux », a-t-elle noté. Et on ne peut plus contraire aux principes fondateurs du Canada, qui s’est bâti sur l’immigration et le commerce. « Je ne veux pas faire dans l’inflation rhétorique, a-t-elle ajouté lors d’une autre apparition publique plus tard dans la matinée, mais nous devons nous souvenir que la dernière fois qu’on a vu autant d’angoisse face à des changements profonds de l’économie et que cette angoisse s’est traduite par de l’hostilité à l’égard du commerce et des étrangers, c’était dans les années 1930. Et tout cela s’est très mal fini. »

Libre-échange progressiste

 

Pour contrer ce phénomène, les gouvernements doivent convaincre leurs populations qu’ils travaillent à l’amélioration du sort du plus grand nombre. C’est ce que le gouvernement Trudeau a fait, a dit Chrystia Freeland, notamment en lançant un programme d’infrastructures visant à stimuler l’économie et l’emploi, en augmentant les transferts aux familles et en réduisant l’impôt de la classe moyenne en échange d’une hausse pour les plus riches.

C’est aussi ce qu’il a fait en se dotant d’un programme pour un « libre-échange inclusif et progressiste » visant à conclure des accords commerciaux qui profiteront à tous, a poursuivi la ministre. Le parfait exemple en est l’Accord économique et commercial global (AECG) conclu entre le Canada et l’Union européenne en 2013, mais auquel on a apporté de derniers changements cet hiver en matière de droit des investisseurs à poursuivre les États. Cet accord est différent des autres, a-t-elle affirmé, notamment parce qu’il accorde une attention particulière aux PME, que la protection de l’environnement et des droits des travailleurs y est aussi forte que celle accordée aux investisseurs et que le droit de ces derniers de poursuivre les États a été mieux encadré afin que son exercice soit plus transparent, indépendant et rigoureux et qu’il ne remette pas en cause le droit des gouvernements de gouverner.

« C’est une entente dont je suis incroyablement fière, a résumé Chrystia Freeland. Elle établit un nouveau sommet dans la façon de faire le commerce international. »

La ministre n’a pas dit un mot sur le Partenariat transpacifique, l’autre accord de libre-échange conclu par le gouvernement précédent et signé cet hiver par le Canada avec 11 pays des trois Amériques et de la région Asie-Pacifique. Elle a expliqué au Devoir que ce silence était entre autres dû au fait que le projet fait encore l’objet d’une vaste consultation par le gouvernement à travers le pays.

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