Occupation de l'usine d'Arvida - Alcan exige des amendes

Québec — Alcan sortira les griffes aujourd'hui en exigeant l'application de l'ordonnance de la Commission des relations de travail qui prévoit de fortes amendes pour les 550 travailleurs qui continuent à produire des lingots d'aluminium à son usine d'Arvida.

Alcan a décidé d'amorcer la mise au rancart de son complexe d'Arvida, à Saguenay, et des vieilles cuves Söderberg dès maintenant plutôt qu'en 2014, comme cela était prévu à l'origine. La multinationale en a fait l'annonce le 22 janvier dernier, au moment où Jean Charest paradait à Davos, prenant le premier ministre par surprise. Depuis cette date, les 550 travailleurs font fonctionner l'usine jour et nuit, comme ils le feraient en temps normal. Fait singulier, Alcan leur demande de consentir à cesser la production: ce n'est donc pas une simple occupation d'usine. Alcan est dans une situation délicate puisqu'elle ne peut couper le courant de l'aluminerie de peur que l'aluminium ne fige dans les cuves, ce qui entraînerait d'importantes pertes financières. Bref, on ne peut pas sortir les travailleurs de force puisqu'il faut arrêter la production de l'usine de façon ordonnée.

Pour mater les travailleurs trop vaillants à son goût et excédentaires compte tenu de son plan d'affaires, Alcan croit aux amendes: de 100 $ à 200 $ par jour pour chacun des travailleurs et de 10 000 $ à 50 000 $ par jour pour leur syndicat, le Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida (TCA-FTQ). Le 30 janvier, la multinationale a obtenu une ordonnance en ce sens de la Commission des relations de travail. Mais les discussions se sont poursuivies sans que l'ordonnance soit mise en vigueur. Au début de février, le ministère du Travail mandatait un médiateur spécial,

Me Serge Brault, pour rapprocher les parties. Lundi, les 2200 membres du syndicat rejetaient une offre d'Alcan qui proposait d'investir 20 millions dans le développement économique de la région.

En même temps qu'elle montre les dents, Alcan serait prête à présenter une nouvelle offre légèrement améliorée aux syndiqués aujourd'hui, a-t-on appris.

L'an dernier, Alcan a acquis de la Société générale de financement 40 % de l'agrandissement de l'aluminerie Alouette, un projet soutenu financièrement par le gouvernement du Québec parce qu'il créait, en principe, des emplois. Grâce à cette transaction, Alcan peut maintenant compter sur une production additionnelle de 200 000 tonnes par année, fournie à l'aide d'un procédé plus économique tant en énergie qu'en main-d'oeuvre, a rappelé Jean-Marc Crevier, conseiller à la FTQ. Le complexe d'Arvida produit 90 000 tonnes d'aluminium. En outre, avec l'acquisition de la française Péchiney, Alcan a mis la main sur 25 % de l'aluminerie de Bécancour, soit une production annuelle de 100 000 tonnes. Arvida est désormais quantité négligeable et excédentaire.

Alcan produit 1,3 million de tonnes d'aluminium au Québec sur un total de trois millions dans le monde, a souligné M. Crevier. Par contre, elle n'emploie que 6000 personnes au Québec sur un effectif mondial de 88 000 personnes. Cette disproportion s'explique par le fait qu'Alcan a établi ses usines de deuxième et de troisième transformations à l'extérieur du Québec.