Crise de confiance en l’avenir de la croissance mondiale

« L’économie est une affaire de banques et d’investisseurs, mais aussi de confiance et de consensus social, ce qui fait des questions d’inégalités et de sécurité des enjeux dont les gouvernements devront aussi se soucier », a affirmé lundi le président du conseil de la banque BNP Paribas, Jean Lemierre.
Photo: Kenzo Tribouillard Agence France-Presse « L’économie est une affaire de banques et d’investisseurs, mais aussi de confiance et de consensus social, ce qui fait des questions d’inégalités et de sécurité des enjeux dont les gouvernements devront aussi se soucier », a affirmé lundi le président du conseil de la banque BNP Paribas, Jean Lemierre.

Derrière le problème de croissance qui afflige l’économie mondiale depuis la Grande Récession, il y a d’abord un problème de confiance en l’avenir.

« L’impact de la Grande Récession sur l’économie mondiale s’est avéré bien pire que ce à quoi tout le monde s’attendait », a constaté lundi le directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), Min Zhu, lors de la séance inaugurale de la 22e Conférence de Montréal qui se tiendra jusqu’à jeudi dans un hôtel du centre-ville justement sur le thème : Construire une nouvelle ère de prospérité. Plus de sept ans après l’effondrement de Wall Street et la crise économique qui s’en est suivie, la plupart des économies n’ont toujours pas rattrapé leur retard accumulé, sont aux prises avec une croissance qui reste morose et doivent composer avec des marchés financiers extrêmement nerveux. Ayant abaissé depuis longtemps leurs taux d’intérêt à zéro, les banques centrales ne savent plus quoi inventer pour stimuler la croissance, les unes injectant sans cesse de nouvelles liquidités alors que d’autres s’aventurent désormais sur le territoire des taux d’intérêt négatifs.

Pour compliquer encore un peu plus les choses, les seuls moteurs un peu vigoureux qui restaient à la croissance mondiale ont des ratés, les pays exportateurs de ressources naturelles étant frappés de plein fouet par la chute des prix mondiaux et la Chine ayant entrepris une nouvelle transition économique.

La confiance en l’économie

Cela fait des années que l’on cherche à comprendre ce qu’il y a de cassé dans l’économie mondiale qui l’empêche de retrouver son erre d’aller, a observé plus tard dans la journée le p.-d.g. de la multinationale américaine Honeywell, David Cote. « Certains disent que c’est la faute des banquiers qui ne prêtent pas assez d’argent, d’autres disent que ce sont les compagnies qui n’investissent pas assez. La vérité, c’est que personne ne croit au retour de la croissance économique. Et si vous ne croyez à la croissance qui permettra à votre projet de trouver la rentabilité, vous n’irez pas à la banque emprunter de l’argent pour le réaliser. »

« Soyons honnêtes », s’est exclamé à ses côtés le président du conseil de la banque BNP Paribas, Jean Lemierre. Grâce aux politiques ultra-accommodantes des banques centrales, « l’argent n’est pas un problème. Il est sur la table. En fait, l’argent n’a jamais été si bon marché. Le problème est quoi faire avec ».

Le Canada en exemple

Dans ce contexte, dit l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), c’est aux gouvernements qui disposent encore d’un peu de marge de manoeuvre financière de profiter des taux d’intérêt exceptionnellement bas pour investir notamment dans les infrastructures susceptibles d’aider la relance à court et moyen terme. Ces infrastructures n’ont pas à être seulement physiques, comme des routes ou des réseaux de communication, mais peuvent aussi être humaines, comme l’éducation, a fait valoir son secrétaire général, Angel Gurría. Le Mexicain a cité en exemple le Canada et le programme d’infrastructures du nouveau gouvernement fédéral.

Le Québec ne dispose malheureusement pas de la même marge de manoeuvre financière, a déclaré le premier ministre québécois, Philippe Couillard. Sa dette ne paraîtra pas si élevée à des Européens, a-t-il admis, mais elle l’est en comparaison des autres gouvernements d’Amérique du Nord.

Le Québec n’est pas le seul dans cette situation. Durement frappés par l’augmentation de leurs dépenses et la baisse de leur revenu, la plupart des gouvernements ont aujourd’hui une dette trop lourde pour pouvoir espérer adopter d’importants programmes de relance économique, estime Min Zhu, du FMI. Aussi les pays devraient-ils se concentrer sur les réformes structurelles dont ont besoin leurs économies pour retrouver le chemin d’une croissance plus durable.

Dans le cas du Canada, par exemple, l’OCDE croit qu’il devrait s’attaquer en priorité à la faiblesse persistante de ses gains de productivité. Pour se faire, l’institution basée à Paris recommande notamment une plus grande ouverture aux investisseurs étrangers dans les domaines du transport aérien, des télécommunications et de l’audiovisuel. Elle conseille aussi une meilleure intégration des marchés de l’électricité au pays ainsi que la levée des obstacles réglementaires au commerce intérieur.

Presque tous les intervenants, y compris Philippe Couillard, en ont aussi appelé lundi à un effort particulier en faveur de l’éducation et de la formation continue des travailleurs, ainsi que pour le développement des secteurs technologiques.

La confiance commune

« La croissance est peut-être une affaire d’éducation, mais c’est aussi une affaire de confiance », a dit à son tour Jean Lemierre, mais faisant cette fois référence à l’inquiétante montée des inégalités et du populisme. Si la mondialisation a largement eu un effet positif sur les populations, a-t-il précisé, elle a aussi contribué à une augmentation des inégalités de revenus qui est devenue insupportable après la Grande Récession au point d’offrir un terreau fertile aux solutions simplistes et dangereuses de différents courants populistes. La crise de confiance et la montée du populisme sont aussi nourries par la montée du terrorisme, note le banquier français. « On parlait de la Chine tout à l’heure, mais il aurait aussi fallu parler du Moyen-Orient. L’économie est une affaire de banques et d’investisseurs, mais aussi de confiance et de consensus social, ce qui fait des questions d’inégalités et de sécurité des enjeux dont les gouvernements devront aussi se soucier et dont on entendra sans doute beaucoup parler cette année, lors de l’élection [présidentielle] américaine, et l’an prochain, lors des élections [fédérales] allemandes et [présidentielle] française. »

3 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 14 juin 2016 03 h 20

    Il faudrait qu'on songe à la décroissance.

    À l'ère des changements climatiques et à la lutte de la réduction des effets de serre, il faudrait qu'on songe à la décroissance, car la planète ne peut plus survivre le saccage de ses ressources inutilement. Il faudrait aussi investir dans les énergies renouvelables, si on veut éviter une catastrophe climatique. La globalisation de l'économie nous a apporté les inégalités et l'austérité, basée sur à une idéologie néolibérale débridée. Si on veut vraiment stimuler l'économie, les grandes multinationales devront verser leur juste part d'impôt, au lieu de cacher leurs profits dans les paradis fiscaux, et les gouvernements devront distribuer la richesse aux 99%, pour éviter le populisme dont on a peur. Arrêtons de dorloter les entreprises privées.

    • Bernard Terreault - Abonné 14 juin 2016 08 h 22

      Il y a des régions pauvres qui ont encore besoin de croissance, et d'autres où on gaspile follement, comme chez nous, voilà pourquoi ce n'est pas clair.

  • Jean-François Trottier - Abonné 14 juin 2016 10 h 22

    Les mauvais élèves

    Le marasme qui n'arrête pas de se prolonger est la suite directe du fait que les gouvernements n'ont pas voulu ou pas pu reconstruire un capitalisme d'État.
    La seule façon de stabiliser une économie est de grossir le rôle de l'État pour en faire le principal partenaire économique, cesser de le voir seulement comme un pourvoyeur de services et le considérer comme un meneur et un coordonnateur non-directif.

    Aucun pays ne peut encore appliquer tel quel les mesures prises sous le conseil de Keynes dans les années 30, parce que trop pauvre. Il faut donc créer un déversoir direct depuis les corporations jusqu'au gouvernement sur leurs profits avant dépenses de représentation et autres jeux bons pour les fiscalistes.
    Le moment de la crise était idéal pour y arriver, et tous les gouvernements ont eu le mauvais goût, ou la lâcheté, de s'y refuser.
    Le tout premier résultat est que les corporations et les quelques milliers de gestionnaires qui les contrôlent possèdent maintenant un pouvoir écrasant.
    Le second résultat est que l'argent ne circule plus qu'entre ces nababs égoïstes pendant que la population mondiale joue dans son coin avec des pinottes en espérant des jours meilleurs.

    Maintenant la robotisation arrive à maturité et les travailleurs de manufacture vont disparaître. Les usines vont revenir proche de leur clientèle puisque les "pays émergents" ne seront plus nécessaires très bientôt. La seule petite question qui nous titille: qui va acheter ?

    La croissance zéro autrefois espérée pour réduire l'impact négatif de l'humain sur sa planète ne doit plus être vue comme un voeu mais comme un fait établi, dont seules les guerres régionales et les modes servent de défouloir et de profit dans un monde sans classe moyenne.

    Je déteste ces périodes de l'histoire où le désespoir devient le moteur premier des gens!