Feu vert à la fusion Air France-KLM - Le ciel européen aura lui aussi ses géants

Bruxelles - Le feu vert à l'alliance Air France-KLM sonne comme un aboutissement pour la Commission européenne, qui depuis des années oeuvre pour briser les barrières nationales qui empêchent l'émergence de géants européens du ciel capables de rivaliser avec les compagnies américaines.

Le mariage Air France-KLM marque une étape dans la «consolidation longuement espérée» du transport aérien européen, selon les propres termes du commissaire européen chargé de la concurrence, Mario Monti.

L'exécutif européen, d'une façon générale, est ouvertement favorable aux rapprochements dans le secteur. Il a d'ailleurs autorisé ces dernières années une série d'alliances commerciales (Lufthansa-Austrian Airlines, British Airways-Iberia, etc) et termine son examen de celle entre Air France et Alitalia.

La commissaire européenne aux Transports, Loyola de Palacio, fait de son côté un diagnostic sans appel de la situation: seules trois ou quatre compagnies européennes pourront conserver un réseau véritablement mondial, les autres compagnies étant condamnées à n'opérer qu'à une échelle plus réduite.

L'UE a commencé à faire tomber les barrières empêchant la consolidation européenne du secteur en 1987, avec le début de la libéralisation qui s'est poursuivie progressivement jusqu'en 1997. Depuis cette date, n'importe quelle compagnie communautaire peut desservir n'importe quelle destination à l'intérieur de l'UE, quelle que soit sa nationalité.

Un obstacle

Mais un obstacle de taille, en passe d'être réglé, continue de s'opposer à la construction de géants européens. Les velléités de fusion des compagnies européennes ont ainsi jusqu'ici pu être refroidies par le risque de perdre dans l'opération une partie de leurs droits de trafic sur les États-Unis. Actuellement, les pays membres réservent en effet leurs droits de trafic transatlantiques à leurs seules compagnies nationales.

Pendant des années, la Comission européenne a réclamé aux États membres de pouvoir négocier des accords globaux avec les pays tiers, qui ouvriraient des droits de trafic vers l'extérieur à toutes les compagnies communautaires à la fois. En novembre 2002, la Cour européenne de justice est venue à sa rescousse a partiellement invalidé les accords bilatéraux avec les États-Unis et statué que les droits de trafic devaient être accordés à toutes les compagnies aériennes communautaires.

Depuis le début octobre 2003, Bruxelles a ainsi pu commencer les négociations avec Washington sur ce point, ouvrant la voie à la grande consolidation communautaire souhaitée par l'exécutif européen. Bruxelles prévoit même d'aller encore plus loin, et envisage déjà la constitution de grandes compagnies américano-européennes: la commission a proposé aux Américains de faire tomber les restrictions sur la propriété du capital de part et d'autre de l'Atlantique, pour qu'une compagnie installée sur un continent puisse s'établir librement sur l'autre.

Ce modèle pousserait alors plus loin le jeu des grandes alliances entre transporteurs. SkyTeam, créée en juin 2000, rassemble actuellement autour de ses deux membres fondateurs, Air France et l'américaine Delta Airlines, AeroMexico, Alitalia, CSA Czech Airlines et Korean Air.

Elle est actuellement la troisième alliance aérienne mondiale, derrière Star Alliance, formée autour de United Airlines et de Lufthansa (une alliance incluant Air Canada), et One World, alliance constituée autour d'American Airlines et de British Airways.

Mais pour l'heure, les compagnies doivent encore composer avec les restrictions en place. Air France et KLM ont dû imaginer un montage complexe leur permettant de conserver leur nationalité respective pour continuer à voler vers les États-Unis au départ de Paris et d'Amsterdam.

La commission de son côté a obtenu des engagements des autorités françaises et néerlandaises pour qu'elles garantissent aux concurrents potentiels du nouvel ensemble des droits de trafics pour voler vers des destinations hors UE.

Elle les a aussi convaincues de ne pas imposer des restrictions de prix qui empêcheraient ces concurrents de pratiquer des tarifs plus bas s'ils le souhaitent.