Des doutes persistent sur le potentiel de croissance du numérique

Même si des géants du Web comme Amazon semblent symboliser à eux seuls le numérique, les services Internet ne représentent que 8,5 % de l’industrie des TIC.
Photo: Denis Charlet Agence France-Presse Même si des géants du Web comme Amazon semblent symboliser à eux seuls le numérique, les services Internet ne représentent que 8,5 % de l’industrie des TIC.

Le numérique est-il le puissant relais de croissance d’une économie en berne ? Pas sûr, au regard des conclusions de l’étude annuelle de l’Idate, un institut d’étude spécialisé dans le numérique situé à Montpellier. Ensemble, les technologies de l’information et de la communication (TIC), qui regroupent les télécommunications (infrastructures et services), l’Internet, la télévision et l’informatique ont crû de 3,9 % en 2015 dans le monde, atteignant 3829 milliards d’euros de recettes, en légère accélération par rapport à 2014.

Cette année, l’Idate table sur une hausse des TIC de 3,9 % à 3978 milliards d’euros, tandis que la tendance devrait se poursuivre ces trois prochaines années. Pour l’institut, l’avenir de l’économie numérique reste suspendu à deux inconnues. Le numérique sera soit très ouvert, permettant à n’importe quel acteur d’émerger, soit il sera aux mains de grandes plateformes (Google, Facebook, etc.) qui serviront d’intermédiaires. « La nature fermée ou ouverte des écosystèmes sera déterminante », prévient l’Idate. Autre inconnue, l’utilisation des données personnelles, et la réglementation qui en suit et en permettra l’exploitation.

En attendant, les TIC restent en deçà du PIB mondial, en croissance, lui, de 4,8 % en 2015. Ce phénomène perdure depuis « la moitié des années 2000 », alimentant la thèse des « technos pessimistes », rappelle l’Idate, comme l’économiste Robert Gordon, qui considère que le numérique (du PC, à l’Internet en passant par le mobile) n’a pas eu les effets escomptés sur la croissance et la productivité.

« Nous avons beaucoup de questions sur la croissance apportée par les technologies de l’information. La productivité s’affaisse depuis 2006 aux États-Unis et en Europe. Mais nous sommes technos optimistes. Il y a un décalage entre l’innovation et sa concrétisation dans les usages, les marchés et la productivité d’ensemble de nos économies », explique Yves Gassot, directeur général de l’Idate.

Au niveau géographique, ce sont les États-Unis et l’Asie, où se concentrent les géants du numérique de Google à Tencent, en passant par Apple et Baidu, qui tirent leur épingle du jeu. L’Europe, qui ne compte aucun géant de l’Internet, et ne fabrique plus aucun équipement, qu’il s’agisse de téléphones portables ou de matériel électronique, est à la traîne avec une croissance de 2,4 % en 2015.

L’Europe à la traîne

Ainsi, outre-Atlantique, les TIC pèsent 1221 milliards d’euros pour 360 millions d’habitants, quand en Europe elles représentent 978 millions d’euros pour 800 millions d’habitants (dont 500 millions pour l’Union européenne). En effet, « la consommation en TIC d’un Nord-Américain est deux fois celle d’un habitant de l’Union européenne », explique l’Idate.

Le relatif dynamisme des TIC masque des réalités très différentes. Les services Internet (moteurs de recherche, commerce électronique, publicité mobile, vidéos, réseaux sociaux) affichent une santé insolente. Après une hausse 19 % en 2015, ils devraient croître fortement ces trois prochaines années. Les modèles économiques évoluent, et les services payants, qui pèsent plus que la publicité, continuent à se développer. Des acteurs comme Google et Facebook s’y mettent, tandis que les outils entièrement gratuits comme Twitter souffrent. L’économie collaborative, représentée par Airbnb, Uber ou BlaBlaCar, commence à peser. Leur avenir est cependant suspendu à l’encadrement réglementaire qui sera mis en place.

Pourtant, même si Google, Facebook et Amazon semblent symboliser à eux seuls le numérique, les services Internet ne pèsent que 8,5 % de l’industrie des TIC. Les télécommunications (fixes et mobiles), avec 1111 milliards d’euros de recettes, représentent la première source de revenus au niveau mondial. Problème : leur croissance ralentit depuis 2012 avec des taux annuels autour des 1 %.

En Europe, la situation est pire. Le marché a reculé de 1,2 % l’an passé, après un déclin de 3 % en 2014. Il pâtit de la baisse des revenus mobiles, à peine compensé par ceux de l’accès à l’Internet haut débit. Pour Yves Gassot, les opérateurs télécoms n’ont d’autres choix que de grossir, afin de mieux négocier auprès des détenteurs de droits, comme Netflix, la diffusion des meilleurs contenus. « La vraie tendance, c’est la mondialisation. Le contenu est plus roi que jamais », dit le directeur général de l’Idate.

L’informatique (logiciels et services) constitue l’autre pilier des TIC, avec des recettes de 1000 milliards d’euros. Là aussi, les États-Unis dominent le marché, quand l’Europe est à la traîne. Six groupes américains (dont IBM, Microsoft, Oracle et Accenture) se classent en tête des dix premiers géants mondiaux. Pour les spécialistes des technologies de l’information, il s’agira de ne pas perdre la main, alors que leurs clients ont de plus en recours au « cloud », cette informatique délocalisée et aux logiciels en ligne.