AT&T Wireless: Vodafone laisse planer le doute sur ses plans

Londres — Vodafone s’est employé hier à réfréner les conjectures lui prêtant l’intention de soumettre une offre de l’ordre de 35 milliards $US sur AT&T Wireless, en répétant qu'il en était encore au stade de la réflexion.

Le groupe britannique, premier opérateur mondial de téléphonie mobile, affirme toujours qu'il examine si un accord avec AT&T Wireless servirait au mieux les intérêts de ses actionnaires, alors que le bruit court qu'il a convoqué une réunion du conseil d'administration.

Les candidats intéressés par le rachat d'AT&T Wireless, qui s'est mis en vente lui-même, avaient jusqu'à minuit hier pour soumettre leur offre, AT&T Wireless devant annoncer le résultat des enchères le 29 février. Cingular Wireless, coentreprise de SBC Communications et de BellSouth, numéro deux de la téléphonie mobile aux États-Unis, a déjà soumis une offre informelle de 30 milliards sur AT&T Wireless, qui est le numéro trois.

Combat de chefs

Dans les faits, le marché se prépare à un combat de chefs entre le patron de Vodafone, Arun Sarin, et celui de SBC Communication, Edward Whitacre Jr. De plus en plus d'investisseurs pensent que Sarin fera une première offre sur AT&T Wireless mais il lui faudrait apparemment vendre sa participation de 45 % dans Verizon Wireless, leader de la téléphonie mobile aux États-Unis et coentreprise constituée avec Verizon Communications. En cas de réussite, il aurait alors le contrôle plein et entier d'un opérateur américain, alors que, s'il est bien déjà représenté aux États-Unis via Verizon Wireless, il n'est pas majoritaire dans cette entreprise.

De l'avis de certains experts, il est certain également que Vodafone, qui a déjà une réputation bien établie de prédateur, ne s'engagera pas à la légère même si AT&T Wireless a du mal à faire face à la concurrence. «S'il veut l'emporter, il faut qu'il s'engage dans une offre», dit un financier. «Mais ce sont des choses qui absorbent une direction; il faut parler aux associés et si on ne se présente pas dans son meilleur jour, en face, on a vite fait de le remarquer.»

AT&T Wireless, dont le japonais NTT DoCoMo détient 16 %, s'est mis en vente en janvier après une série de résultats décevants. Sa part de marché qui est de l'ordre de 17 % souffre d'une concurrence féroce.

Selon certains professionnels, si Vodafone veut surenchérir sur Cingular il aura du mal à le justifier. Cingular affirme en effet qu'il peut réduire les coûts de trois milliards de dollars annuellement en supprimant des postes ainsi que les activités qui se chevauchent. SBC avait dit en janvier que le secteur de la téléphonie mobile était mûr pour une concentration aux États-Unis et que lui-même envisageait de participer au mouvement quand bien même les résultats s'en ressentiraient. Six grands opérateurs et une poignée d'acteurs régionaux se disputent ce marché aux États-Unis.

Convaincre

les sceptiques

Quoiqu'il en soit l'absorption d'AT&T supprimera un combattant ce qui sera tout bénéfice pour ceux qui restent. Mais si c'est Vodafone qui gagne, son conseiller financier — qui serait UBS Warburg, selon certaines sources — devra convaincre des investisseurs a priori sceptiques.

Pour un gérant de fonds qui détient 1 % environ du flottant de Vodafone, si ce dernier est fondé à s'intéresser à AT&T Wireless, il aura tout de même beaucoup de mal à emporter le morceau. «Je suis sûr à 99 % que Cingular l'emportera; c'est un actif plus valable pour Cingular.» Enfin, avaler AT&T Wireless pourrait diluer le résultat de Vodafone pendant quatre ans environ, estiment des analystes.

Si Sarin s'engage résolument dans la bataille, il renouera avec l'ère de conquête de son prédécesseur Chris Gent, instigateur d'une OPA de 66,5 milliards $US sur l'opérateur de téléphonie mobile américain AirTouch et de 180 milliards d'euros sur l'allemand Mannesmann en 2000. Tous les regards sont donc tournés sur Sarin, qui a pris ses fonctions voici six mois environ. C'est un Américain né en Inde et qui avait occupé des responsabilités importantes chez AirTouch avant de le vendre à Vodafone.