Les indépendants prennent de la place

L'industrie du jeu vidéo québécoise se diversifie.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L'industrie du jeu vidéo québécoise se diversifie.

Près de vingt ans après l’arrivée d’Ubisoft grâce à un généreux crédit d’impôt, l’industrie québécoise du jeu vidéo est aujourd’hui composée de plusieurs grands joueurs mais repose aussi sur une constellation de 180 studios indépendants qui espèrent tous signer le prochain grand succès.

Cette nouvelle réalité est une des trames narratives du plus récent portrait de l’industrie effectué par l’organisme TECHNOCompétences, qui a présenté ses constats mercredi matin à la Maison Notman, un espace communautaire dédié au démarrage d’entreprises.

« L’industrie a beaucoup changé depuis cinq ans », a dit en entrevue Louis-Félix Cauchon, président de Jeux Borealys et président de la Guilde des développeurs de jeux vidéo indépendants du Québec. Ce regroupement vise à partager les expertises et à optimiser leurs ressources.

« Ça s’en va où ? Difficile de le dire. Mais ce dont on a besoin, ce sont des gros succès chez les indépendants, a ajouté M. Cauchon. Les acteurs majeurs dynamisent beaucoup notre écosystème, mais ce sont des entreprises étrangères. Les joueurs indépendants, ce sont des sièges sociaux québécois. S’il y en a 4, 5, 10, 20 qui explosent, avec de la propriété intellectuelle et non du service, il va y avoir une mutation. »

Au total, l’industrie québécoise compte aujourd’hui 9970 emplois dans 230 entreprises, surtout à Montréal et à Québec.

Statistiques

Parmi les autres constats : la moyenne d’âge des employés est de 32 ans, 16 % de la main-d’oeuvre est féminine et le salaire moyen est de 64 000 $. La rémunération peut varier beaucoup selon la nature du travail, l’entreprise et l’expérience. Pour un artiste, elle oscille entre 38 000 $ et 75 000 $, alors que pour un programmeur, elle va de 46 000 $ à 96 000 $. Un testeur gagne entre 26 000 $ et 39 000 $.

La croissance depuis 2002 est « exponentielle », indique le rapport en rappelant que le milieu comptait à cette époque 1200 emplois. De nos jours, l’industrie québécoise compte pour 53 % de la main-d’oeuvre des studios canadiens.

Ce qui ne veut pas dire que la croissance est assurée. Les entreprises recrutent sans cesse et le bassin local n’est pas sans fond. « La difficulté de trouver et de recruter des professionnels matures aux compétences techniques approfondies ou aux aptitudes de gestion est maintenant qualifiée de menace sérieuse à la vigueur du secteur, à la poursuite de sa croissance, au maintien de ce pôle de création québécoise », peut-on lire.

Entre autres, le rapport suggère de faciliter le processus d’immigration, de promouvoir la gestion des ressources humaines pour soutenir les petits studios et développer une « culture d’utilisation, de création et d’étude » des technologies numériques auprès des 10 à 18 ans.

« Tirée par de solides locomotives comme Ubisoft, Warner, Ludia, Eidos et Gameloft, l’industrie vit une phase de transformation importante », écrit l’équipe de TECHNOCompétences, qui a effectué un sondage, mené des ateliers et fait des entrevues avec des dirigeants. « Le maintien des grands studios existants et l’arrivée de nouveaux, couplés à l’essor d’un écosystème d’entreprises locales, pourraient permettre dans un horizon de 5 à 10 ans de consolider le travail entrepris par les studios pionniers de la fin des années 90. »

Crédit d’impôt

Le milieu du jeu vidéo peut s’appuyer sur un crédit remboursable pouvant couvrir 37,5 % des dépenses salariales admissibles. L’industrie a eu peur lorsque le gouvernement Couillard a réduit toute une brochette de crédits d’impôt après son élection en 2014, mais le crédit a par la suite été rétabli à son niveau d’origine. De nombreux autres gouvernements dans le monde offrent un appui fiscal aux entreprises souhaitant s’établir sur leur territoire.

1 commentaire
  • René Racine - Abonné 9 juin 2016 14 h 06

    Québec = paradis fiscal

    Les québécois aiment jouer les purs, s'indignent facilement et dénoncent les paradis fiscaux qui se trouvent aux Îles turquoises, Bahamas, Panama, Chypre, Irlande, Île de Jersey.

    La réalité d'être un paradis fiscal à son tour les rattrape en un clin d’œil et les frappe en plein visage. Mais les québécois sont aussi les champions de l'aveuglement volontaire, tout un titre, presque de noblesse pour des indignés.

    Vive le paradis fiscal, crédit remboursable pouvant couvrir 37,5 % des dépenses salariales admissibles. Le 7 ième ciel est à son meilleur, c'est là le plat à subventions. On ne regarde pas aux demi- mesures fiscales pour créer de nouveaux emplois liés surtout pour les nouvelles technologies et les jeux vidéo. Créer un paradis fiscal, ça fait bien l'affaires quand on n'a pas vraiment le choix, qu'on vit dans la compétition internationale. On en fait même la promotion pour toute une industrie. Tout le monde le fait, fais le donc.