Couillard a refroidi les investisseurs, selon Junex

Le principal actif de Junex est le projet pétrolier Galt, situé à 20 km de Gaspé. L’entreprise a fait faire une estimation des réserves, lesquelles seraient de 557 millions de barils de pétrole, selon Netherland, Sewell Associates.
Photo: Junex Le principal actif de Junex est le projet pétrolier Galt, situé à 20 km de Gaspé. L’entreprise a fait faire une estimation des réserves, lesquelles seraient de 557 millions de barils de pétrole, selon Netherland, Sewell Associates.

La recherche d’investisseurs est nettement plus difficile depuis les déclarations du premier ministre Philippe Couillard au sujet des hydrocarbures, affirme le président et chef de la direction de Junex, qui se réjouit cependant de l’arrivée d’un projet de loi sur l’exploration et l’exploitation.

Même s’il n’avait pas encore vu le projet sur les hydrocarbures, le chef de la direction de Junex a déclaré mardi matin que la loi, qui arrive après des années de débat sur l’acceptabilité sociale et la protection de l’environnement, permettrait de « mettre à jour » le cadre québécois.

« On a été capable de faire des travaux jusqu’ici avec la vieille loi, la Loi sur les mines, donc ça fonctionne quand même. Mais il faut changer des choses. Ça fait longtemps qu’on attend »,a dit Peter Dorrins aux journalistes en marge de l’assemblée annuelle des actionnaires, tenue au centre-ville de Montréal.

L’horaire chargé de la direction fait en sorte que celle-ci prendra connaissance seulement mercredi du projet de loi, déposé mardi après-midi par le gouvernement Couillard. Le plus gros actionnaire de Junex est Ressources Québec, une filiale d’Investissement Québec, qui détient 16,53 % des actions en circulation.

Le projet de loi survient six mois après une déclaration fracassante du premier ministre Philippe Couillard en marge de la conférence climatique de Paris. Interrogé par la presse au sujet de l’exploration sur l’île d’Anticosti, il s’en était pris au développement des énergies fossiles. « Je n’ai aucun enthousiasme pour les hydrocarbures […] J’espère qu’il n’y a plus d’ambiguïté sur cette question-là », avait-il affirmé. Les gens de l’industrie « doivent décoder que je n’ai pas d’enthousiasme pour développer les hydrocarbures au Québec. L’avenir du Québec ne repose pas sur les hydrocarbures. Absolument pas. »

Ces propos ont eu l’effet d’une douche froide pour des sociétés d’exploration comme Junex, dont le projet pétrolier Galt, en Gaspésie, est déjà bien entamé. « Le problème, ce qu’on n’avait pas l’an dernier, c’est qu’il y a plus d’incertitude, a dit M. Dorrins. Pour faire du financement, ça prend de l’argent de l’extérieur du Québec. C’est impossible. […] L’an dernier, quand on a fait notre financement, c’était déjà difficile à cause du prix du pétrole. »

M. Dorrins a dit aux actionnaires de Junex qu’il préfère discuter directement avec le gouvernement « pour explorer des solutions » plutôt que de faire des commentaires sur la place publique. « On a eu des pourparlers depuis, on avance et je suis très optimiste. [L’objectif] c’est d’avoir plus de certitude, plus de clarté pour nos activités. »

Mise en valeur et sécurité

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a affirmé à l’Assemblée nationale que le but de la loi sera de permettre la « mise en valeur des hydrocarbures tout en assurant la sécurité des personnes et des biens, la protection de l’environnement et la récupération optimale de la ressource ». Le gouvernement créera aussi un « régime de licence et d’autorisation applicable à l’exploration, à la production et au stockage d’hydrocarbures ».

Le principal actif de Junex est le projet pétrolier Galt, situé à 20 kilomètres de Gaspé. L’entreprise a fait faire une estimation des réserves, lesquelles seraient de 557 millions de barils de pétrole, selon Netherland, Sewell Associates. De cela, 55,7 millions de barils sont considérés comme récupérables. L’entreprise possède aussi des permis d’exploration sur l’île d’Anticosti et dans les shales de l’Utica (vallée du Saint-Laurent, Montérégie, etc.).

Lors d’essais qui ont duré 60 jours au puits Galt 4, avait annoncé Junex l’an dernier, 7200 barils de pétrole « d’excellente qualité » ont été extraits du sol. L’entreprise a procédé par forage horizontal ne nécessitant pas de fracturation hydraulique.

M. Dorrins a indiqué aux journalistes qu’il n’est pas contre l’idée de soumettre le projet Galt au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement « si c’est nécessaire ».

À la Bourse de croissance TSX, l’action de Junex a terminé la séance de mardi à 43 cents. Elle a passé la majeure partie des cinq dernières années sous la barre du dollar. Au 31 décembre 2015, son fonds de roulement était de 14,6 millions.
 

Consultez notre dossier sur les énergies fossiles du Québec
2 commentaires
  • Marc Durand - Abonné 8 juin 2016 08 h 28

    Couillard n'est pas en cause - Junex était incapable avant

    Bien avant la récente prise de position de P. Couillard sur le pétrole d'Anticosti, JUNEX était incapable d'intéresser un investisseur privé. Pourtant dans son plan généreux en 2014, la moitié des 115millions de dollars en fonds publics pour l'exploration à Anticosti étaient réservés à la portion détenue par JUNEX. L'autre 57M$ est actuellement engagé avec Pétrolia-Corridor-Murel&Prom. C'est le gouvernement qui aurait financé la grosse part des coûts, JUNEX n'ayant rien à débourser, sauf partager ses permis.

    JUNEX n'a pas trouvé d'investisseur; pour une raison bien simple : toutes les données connues démontrent (http://bit.ly/1HozB7R) une absence totale de possibilité de rentabilité, même si le baril remontait à plus de $100.

  • André Côté - Abonné 8 juin 2016 15 h 03

    Du chantage économique?

    Une réaction qui ressemble à du chantage de la part de Junex. Et si on parlait à Junex de la désuétude du pétrole comme source d'énergie. Tant que le pétrolières trouveront leur profit avec le pétrole, ils joueront la carte de la nécessité et tenteront de l'imposer par tous les moyens à leur disposition.