Tenir boutique est-il encore nécessaire?

Jacob figure au nombre des commerces de détail qui ont éprouvé des difficultés.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Jacob figure au nombre des commerces de détail qui ont éprouvé des difficultés.

La vente au détail évolue beaucoup plus vite que dans le passé et ne repose pas sur une seule façon de rejoindre les clients, si bien qu’il n’est peut-être pas nécessaire d’ouvrir des magasins. Selon qui ? Le cofondateur du détaillant en ligne Frank Oak… qui ouvre des magasins depuis un an et demi.

« L’utilité d’un magasin devient encore plus grande quand on n’en a pas besoin », a dit Ethan Song lundi dans le cadre d’une table ronde sur les défis du commerce de détail au Cercle canadien de Montréal. « On peut alors se servir de la présence physique qu’offre le magasin à des fins stratégiques. »

Les vingt-quatre derniers mois ont été fastes en mauvaises nouvelles pour la vente au détail, plusieurs enseignes ayant été forcées de plier bagage, de s’asseoir avec leurs créanciers ou de réduire leur présence afin de survivre aux goûts changeants des consommateurs et à la concurrence du commerce en ligne. Parmi les sociétés touchées figurent Laura’s Shoppe, Jacob, Reitmans, Groupe Bikini Village, etc.

Frank Oak, que M. Song considère encore comme une « startup », car la société du Mile-End n’a même pas cinq ans, est généralement vue comme un fleuron de l’entrepreneuriat montréalais, comme LightSpeed (solutions de paiements pour détaillants). L’entreprise a effectué deux séries de financement auprès d’investisseurs : une récolte de 5 millions en 2012 et une deuxième de 15 millions en 2014. Verticalement intégrée, la compagnie a maintenant 13 magasins, dont 3 en sol américain.

« De nos jours, il n’y a aucun avantage à dire “Nous voulons être le numéro un au Canada”, a dit M. Song. Il y a un si grand nombre de joueurs qui entrent dans le marché que, si vous êtes le numéro un, vous devez faire des choses qui ne sont pas bien pour vos clients. On n’aura jamais 200 magasins au Canada. Mais on peut être la marque numéro un pour un client masculin très spécifique, et on va aller à sa rencontre sur une échelle planétaire. […] On peut être un joueur de niche, mais énorme à travers le monde. »

Les autres participants à la table ronde étaient Anna Martini, qui dirige le Groupe Dynamite (magasins Dynamite, Garage), et Patrik Frisk, qui dirige le Groupe Aldo depuis 2014. M. Frisk était auparavant chez Timberland, une marque dont il a coordonné le redressement.

Selon Mme Martini, « un des défis que nous vivons est celui de nous concentrer encore plus sur le client, qu’il achète en ligne ou qu’il achète en magasin », et de « vraiment s’approprier cette relation avec le client ». Pour M. Frisk, la « formule gagnante reposera sur la compréhension du fait que le consommateur final ne voit pas le magasin comme un simple magasin », mais « comme un centre de services potentiel pour lui ». Non seulement pour l’achat de produits, mais aussi pour la réception d’achats faits en ligne et les retours.

La vente au détail est « en pleine révolution numérique et connaît une phase de turbulences avec la fermeture de différents commerces », a récemment écrit le Comité sectoriel de main-d’oeuvre du commerce de détail dans un « diagnostic » 2016-2019. Parmi les défis des prochaines années, le rapport mentionnait notamment l’arrimage de « tous les canaux » pour interagir avec le consommateur et l’importance de lui répondre « très rapidement » sur ces canaux, « notamment sur les réseaux sociaux ».

Le rapport montrait que le nombre d’emplois recensés par Détail Québec a crû fortement de 2004 à 2008, mais qu’il est relativement stable depuis, entre 320 000 et 325 000 emplois. La croissance pour 2017 se situerait autour de 1 %.

1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 7 juin 2016 10 h 01

    Malgré tout...

    Voir, toucher, essayer, c'est encore pertinent, je crois.