Le Canada connaîtra la plus importante vague d’héritages de son histoire

Le vieillissement démographique produira au cours de la prochaine décennie le plus important transfert de richesse de l’histoire au Canada. Cette vague d’héritages pourrait toutefois changer la nature des inégalités et les amplifier.

« Le boom des héritages aura des répercussions sur l’économie et le marché de l’habitation en plus d’exacerber l’inégalité des richesses », prévient Marchés des capitaux CIBC. L’auteur du rapport, l’économiste en chef adjoint Benjamin Tal, chiffre à 750 milliards la somme dont hériteront les baby-boomers canadiens au cours des dix prochaines années.

« Il s’agira du transfert de richesse le plus important de l’histoire du Canada », ajoute l’analyste. Selon les données de la petite étude de quatre pages, le nombre de personnes âgées a augmenté de 25 % au Canada par rapport au niveau observé il y a dix ans. Le Canada abrite présentement un peu plus de 2,5 millions de personnes âgées de plus de 75 ans. Elles seront 3,5 millions en 2025.

Cette cohorte se veut également la plus fortunée, la valeur nette moyenne des avoirs ayant augmenté de 30 % de 2005 à 2012 pour atteindre le cumul de 900 milliards. « Et près de 45 % [de ces personnes] sont veuves », ajoute le rapport. « Nous estimons qu’au cours de la prochaine décennie, environ 750 milliards de dollars changeront de mains. C’est près de 50 % de plus que le montant estimatif des héritages reçus au cours des dix dernières années », évalué à 500 milliards, a renchéri Benjamin Tal.

Accroissement de l’actif

L’impact ? « Le transfert devrait accroître l’actif des Canadiens âgés de 50 à 75 ans de pas moins de 20 %. » L’amélioration de la santé financière des personnes composant ce segment est déjà bien amorcée, avec un ratio actif/passif étant passé de quelque 5,7 à plus de 6,3 entre 2013 et 2015, ajoute l’institution.

Ce transfert de richesse viendra ainsi changer le portrait de la retraite au Canada et accroître le nombre de personnes quittant leur emploi pour devenir des travailleurs autonomes. « Il aura également une incidence sur plusieurs aspects de l’économie, notamment la participation au marché du travail, les marchés immobiliers, et transformera l’inégalité des revenus en inégalité des richesses. »

Afin d’estimer de manière prospective le montant des héritages, l’auteur extrapole à partir des transferts déjà reçus. Ainsi, « un peu plus de la moitié des Canadiens âgés de 50 à 75 ans ont reçu un héritage, et la moitié d’entre eux l’ont reçu au cours des dix dernières années. L’héritage moyen s’est fixé à 180 000 $. » Les montants les plus élevés ont été enregistrés en Colombie-Britannique, avec quelque 220 000 $ en moyenne, probablement influencés par la valeur des propriétés résidentielles. Le Québec arrive deuxième avec un héritage moyen reçu de 200 000 $, dépassant de peu les calculs pour l’Ontario.

Inégalités

Benjamin Tal ajoute qu’« en mettant l’accent sur la répartition par revenu, il est évident que les Canadiens qui sont déjà dans des fourchettes de revenus plus élevées reçoivent plus d’argent ; l’héritage moyen des personnes qui gagnent plus de 100 000 $ est près de trois fois plus élevé que celui des Canadiens dont les revenus sont moins élevés. Il en va de même pour la répartition par niveau d’études ; les personnes ayant un niveau d’études supérieur ont reçu un héritage considérablement plus élevé. »

L’héritage moyen est quatre fois supérieur à la médiane, illustre-t-il. Afin d’ajouter aux facteurs susceptibles d’accroître ces inégalités de richesse, « environ 40 % des personnes à revenu élevé ont indiqué avoir épargné ou investi leur héritage, tandis qu’une plus grande part des Canadiens à plus faible revenu a utilisé cet argent pour des dépenses courantes » ou pour réduire leurs dettes.
 

Consultez le nouveau rapport de Marchés des capitaux CIBC