À qui profitera le PTP?

Le Partenariat transpacifique (PTP) enfermerait plus encore le Canada dans un rôle d’exportateur de ressources et d’importateur de produits manufacturiers, dénonce une étude.

Le commerce qu’entretient le Canada avec les 11 autres pays signataires du PTP est déjà libre de barrières tarifaires à plus de 97 %, rapporte une étude de 26 pages du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) dévoilé mardi. Les quelques obstacles que le traité de libre-échange permettrait de lever pourraient profiter aux exportations canadiennes de porcs et de céréales, admet-on à propos de l’entente conclue en pleines élections fédérales cet automne. Mais cela ouvrirait aussi la porte non seulement à plus de produits laitiers provenant des États-Unis ou de la Nouvelle-Zélande, mais surtout à plus de produits de fabrication de pointe du Japon et de biens manufacturés à faible valeur ajoutée de la Malaisie et du Vietnam.

« On comprend que le gouvernement Harper voyait d’un bon oeil la primarisation de l’économie canadienne et ses retombées pour l’ouest du Canada. On comprend mal pourquoi le gouvernement Trudeau s’entête à présenter le PTP comme un bon accord pour l’ensemble du pays »,a commenté Pierre-Yves Serinet, coordonnateur du Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC), une organisation partenaire du CCPA.

L’étude de l’organisme de recherche progressiste rappelle notamment que le Canada a déjà des ententes de libre-échange avec plusieurs des pays signataires du PTP, dont ces voisins immédiats américains et mexicains, mais aussi le Chili et le Pérou. La principale exception est le Japon, qui protège actuellement fortement son secteur agricole, mais pas du tout la plupart de ses importations de biens de fabrication de pointe. À l’inverse, les exportateurs japonais bénéficieraient dans ce dernier domaine d’une réduction moyenne de tarifs de 27 % au Canada en cas d’entrée en vigueur du PTP.

Cela viendrait exacerber au Canada une tendance depuis quelques années à l’accroissement des exportations de biens primaires, comme le pétrole, les matières premières, les produits agricoles et le bois, et le déclin des exportations des industries manufacturières, concentrées au Québec et en Ontario, et donneuses de plus d’emplois de meilleure qualité que le secteur des ressources, affirme le CCPA. Qui plus est, poursuit l’organisme, le PTP doit limiter la capacité des gouvernements de renverser de pareille tendance en favorisant, par exemple, les retombées économiques locales des contrats publics.

L’étude du CCPA ne chiffre pas l’ampleur des pertes économiques qu’infligerait le PTP au Canada. C’est au moins la sixième étude de l’organisme cette année à brosser un bilan critique de l’accord. Les autres dénonçaient, entre autres, l’impact de l’accord sur les coûts de santé, la protection de l’environnement, la diversité culturelle et les travailleurs immigrants.

Appui tiède

L’Institut C. D. Howe était arrivé à un verdict à peine plus favorable au PTP dans une étude au mois d’avril. Nettement plus à droite, cet autre organisme de recherche y concluait que le Canada avait peu à gagner en s’y joignant et peu à perdre en s’en excluant, à raison de l’ajout de 3 milliards (ou 0,08 %) à son produit intérieur brut à l’horizon de 2035 dans le premier cas et de la perte de 1,7 milliard (ou 0,026 %) dans le second cas.

Là encore, on estimait que les secteurs qui profiteraient le plus de l’entente seraient ceux de l’agroalimentaire et des produits du bois, mais aussi ceux du matériel de transport et des services financiers et aux entreprises. Les producteurs de lait, d’automobiles, de vêtements et de textiles, de produits chimiques, de plastique et de métal risqueraient au contraire le plus d’en faire les frais.

Dans le brouillard

Le monde des affaires est malgré tout largement favorable à l’entente, comme au libre-échange en général. Il n’y a pas encore « d’analyse très détaillée » sur les industries qui profiteront (ou souffriront) le plus du PTP, constatait un porte-parole de la Fédération des chambres de commerce du Québec lors de consultations à Montréal du Comité permanent du commerce international de la Chambre des communes.

Le PTP ne vise pas seulement le commerce des biens, il porte aussi sur les services, la coopération réglementaire, les contrats publics, la propriété intellectuelle et le commerce électronique. Il constituerait la plus grande zone de libre-échange avec douze pays représentant près de 40 % de l’économie mondiale. Ils disposent de deux ans pour ratifier l’entente.

Le gouvernement Trudeau s’est engagé à mener une vaste consultation publique « transparente et authentique ». Il a toutefois indiqué que cette entente ne pourra pas être rouverte et sera donc à prendre ou à laisser.

Cette tournée de consultation amènera la ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, à l’Université Concordia, à Montréal, lundi. Les opposants au PTP se promettent d’être également présents. « L’actuel processus de consultation publique sur le PTP est nettement insuffisant, a déclaré Pierre-Yves Serinet. De même, où sont les études d’impact gouvernementales pour l’économie canadienne ? On nage en plein brouillard. »