Dodge applaudit à la hausse du huard

David Dodge: «Un dollar plus fort est compatible tant avec la nécessité d’améliorer la productivité qu’avec les pressions démographiques qui s’exerceront dans l’avenir sur notre population active.» Jacques Nadeau le devoir
Photo: Jacques Nadeau David Dodge: «Un dollar plus fort est compatible tant avec la nécessité d’améliorer la productivité qu’avec les pressions démographiques qui s’exerceront dans l’avenir sur notre population active.» Jacques Nadeau le devoir

Loin de s'en faire avec cela, le gouverneur de la Banque du Canada, David Dodge, voit d'un bon oeil la récente appréciation du dollar canadien.

«Le raffermissement du dollar canadien cadre bien avec les transformations qui devront être opérées au sein de notre économie même si la vitesse à laquelle il s'est produit récemment a rendu ces ajustements plus difficiles», a-t-il déclaré hier lors d'une allocution présentée devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Parce qu'il abaisse le coût d'achat de nouvelles technologies étrangères sans pour autant alimenter l'inflation, «un dollar plus fort est compatible tant avec la nécessité d'améliorer la productivité qu'avec les pressions démographiques qui s'exerceront dans l'avenir sur notre population active», a-t-il poursuivi.

Amélioration de la production

Il s'est d'ailleurs réjoui de constater, dans les dernières études réalisées sur le sujet, que plusieurs entreprises se sont déjà engagées dans une réduction de leurs prix, un assainissement de leur situation financière et une amélioration de leur productivité. Il en a profité pour encourager les entreprises et les pouvoirs publics à bouger sans délai en ce sens. «Quand les ajustements s'effectuent trop lentement, l'économie en souffre et l'effet négatif de politiques inadéquates peut se faire sentir pendant plusieurs années avant d'être corrigé, a-t-il expliqué à l'auditoire de gens d'affaires. En revanche, quand les ajustements adéquats sont opérés rapidement, l'ensemble de l'économie en bénéficie.»

Il s'est perdu 71 000 emplois dans le secteur manufacturier depuis novembre 2002 à cause de l'appréciation du dollar canadien, rapportait la semaine dernière Statistique Canada, soit l'équivalent de 3 % de l'ensemble des emplois dans ce domaine à forte composante exportatrice. Durant ce même intervalle, le dollar canadien est passé quant à lui de moins de 63 ¢US à 76,11 ¢US à la clôture hier, en hausse de 0,93 ¢US par rapport à la veille.

Compter sur nos propres forces

Selon David Dodge, les Canadiens devront dorénavant s'habituer à moins compter sur les exportations pour assurer leur développement économique qu'ils ne l'ont fait au cours des 10 dernières années. «Il est tout à fait normal que nous soyons dans une période durant laquelle la demande intérieure doit s'accroître à un rythme un peu plus fort que la demande extérieure», a-t-il commenté lors d'un point de presse tenu à la suite de son discours.

Il faudra également se faire à la compétition étrangère, a-t-il averti, que celle-ci soit américaine ou asiatique. «On fait face à beaucoup de concurrence, qui nous forcera à être beaucoup plus efficaces que par le passé.»

Pour ce faire, il ne sera pas suffisant de se mettre à la page en matière technologique. «L'investissement, la formation, les changements organisationnels et la souplesse doivent aussi être de la partie.» Il faudra également «se consacrer davantage aux activités les plus productives.»

De plus, le vieillissement de la population nous obligera «à nous employer à abolir ce qui empêcherait les travailleurs plus âgés de demeurer sur le marché du travail s'ils le veulent».

Les pouvoirs publics ont aussi leur rôle à jouer dans ce grand processus d'adaptation. Se gardant bien, comme à l'habitude, de donner quelque indication que ce soit sur les futurs taux de la Banque du Canada, le gouverneur s'est contenté de répéter que son objectif était toujours de «faire tourner l'économie presque à la limite de ses capacités».

À sa dernière réunion du 20 janvier, la banque centrale a abaissé son taux cible de financement à un jour d'un quart de point de pourcentage pour l'établir à 2,50 %. Plusieurs analystes disaient alors s'attendre à ce qu'elle récidive avec une autre baisse équivalente à sa prochaine réunion prévue le 2 mars.

Quant aux gouvernements, David Dodge dit espérer qu'ils valorisent eux aussi une plus grande «flexibilité» de l'économie. «Il est très important qu'ils n'entravent pas l'innovation aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé.»

Il tient également pour acquis qu'ils poursuivront leurs efforts afin de maintenir des budgets équilibrés, «voire qu'ils réalisent des surplus». Il ne s'est pas montré préoccupé outre mesure par les difficultés éprouvées dernièrement en ce sens par certaines provinces, dont l'Ontario. Le choc que provoquera l'éventuel redressement des finances publiques américaines risque d'être beaucoup plus important, a-t-il noté.

Pendant ce temps,

à Washington

Ces commentaires de David Dodge ont fait écho aux propos tenus hier par son homologue américain, le président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, devant la Chambre des représentants.

«Le déséquilibre de la situation budgétaire va poser de sérieux problèmes budgétaires à long terme s'il n'est pas traité rapidement», a en effet prévenu ce dernier à l'intention de l'administration Bush, en référence à son déficit budgétaire record de 521 milliards pour 2004.

Le président de la Fed n'en a pas moins estimé que les chances étaient bonnes aux États-Unis «d'avoir une croissance robuste et soutenue» cette année. Il en a d'ailleurs profité pour réviser à la hausse ses prévisions de croissance du produit intérieur brut pour l'année en cours, qu'il fixe désormais entre 4,5 % et 5 %.

Dans ces conditions, a-t-il dit, la Fed ne pourra pas garder éternellement bas son taux directeur fixé à 1 % depuis le mois de juin, son niveau le plus bas depuis 1958.

Avec l'Agence France-Presse