Comcast veut mettre la main sur Disney

En cas de succès, la transaction donnerait naissance à l’un des principaux groupes de médias dans le monde. Fred Prouser Reuters
Photo: Agence Reuters En cas de succès, la transaction donnerait naissance à l’un des principaux groupes de médias dans le monde. Fred Prouser Reuters

Los Angeles, New York — Comcast, premier câblo-opérateur des États-Unis, a provoqué la surprise en lançant hier une offre publique d'échange (OPE) d'actions évaluée à 66 milliards $US — y compris la prise en charge d'une dette de 12 milliards — sur le géant américain du divertissement Walt Disney, qui ferait du nouvel ensemble un géant mondial des médias.

L'offre hostile de rachat, dont Comcast a expliqué qu'elle était lancée après le refus de Disney d'entamer des discussions, accroît encore la pression sur le directeur général de Disney, Michael Eisner, déjà confronté à une fronde à l'interne.

L'action Disney a atteint un plus haut de 19 mois, gagnant un moment jusqu'à 16 % hier, tandis que le titre Comcast dévissait de 9 %, ce qui a pour conséquence de réduire la prime proposée aux actionnaires de Disney dans le cadre de l'offre d'échange. Les opérateurs boursiers misent sur une surenchère.

Une combinaison parfaite

En cas de succès, la transaction donnerait naissance à l'un des principaux groupes de médias dans le monde par le chiffre d'affaires en combinant les 21 millions d'abonnés au câble de Comcast et, côté Disney, le studio de cinéma éponyme, la chaîne de télévision ABC et les parcs à thème.

Le directeur général de Comcast, Brian Roberts, un grand expert en acquisitions dans le secteur des médias, a écrit à Michael Eisner qu'il jugeait «malheureuse» la décision du patron de Disney de rejeter les pourparlers en vue d'une fusion amicale. «Après cela, la seule manière pour nous de procéder est d'adresser directement à vous et à votre conseil d'administration une offre publique», a ajouté Roberts.

Au cours d'une conférence de presse, il a assuré hier que son groupe souhaitait rendre son OPE hostile «aussi amicale que possible» et estimé que la procédure pourrait durer jusqu'à un an.

Jessica Reif Cohen, analyste chez Merrill Lynch, voit dans ce projet de fusion une «combinaison parfaite et brillante», de par la complémentarité entre les activités de distribution de Comcast et celles de programmation de contenus de Disney. Elle rappelle aussi que Comcast est toujours parvenu à dégager de la valeur lors de ses acquisitions précédentes. Elle a toutefois abaissé sa recommandation sur le titre du câblo-opérateur à «neutre» contre «achat», estimant que cette journée n'est probablement que la toute première d'un feuilleton au cours duquel le titre Comcast va rester sous pression.

Le nouvel ensemble deviendrait un concurrent direct des conglomérats Time Warner et News Corp. Sur la base des chiffres de 2003, le nouvel ensemble Comcast-Disney présenterait un chiffre d'affaires cumulé de 46 milliards $US, contre près de 40 milliards pour Time Warner.

Disney a répondu que son conseil évaluerait «avec soin» l'offre de Comcast, conseillant à ses actionnaires de ne rien faire dans l'intervalle.

Le groupe a par ailleurs fait état d'une forte hausse de son bénéfice net au premier trimestre de l'exercice, d'octobre à décembre, multiplié par 19, à 688 millions contre 36 millions un an plus tôt. Cette performance est essentiellement imputable aux succès enregistrés au box-office par le studio Disney.

Le groupe a été secoué récemment par la rupture des négociations pour le renouvellement d'un contrat avec le studio de films d'animation Pixar, l'auteur de Finding Nemo ou de Toy Story, et par la fronde conduite par deux administrateurs démissionnaires, Roy Disney, neveu de Walt et dernier représentant de la famille, et Stanley Gold. Tous deux demandent le départ d'Eisner qu'ils accusent d'avoir mal géré le groupe ces dix dernières années.

Roy Disney a refusé de commenter l'OPE de Comcast, et son porte-parole a précisé que l'offre avait été lancée indépendamment de sa campagne contre Eisner.

Comcast propose d'échanger 0,78 action nouvelle contre chaque titre Disney et précise que les actionnaires de ce dernier détiendraient 42 % de la nouvelle entité. Le câblo-opérateur chiffre la transaction à 66 milliards $US, une somme qui inclut la reprise d'une dette de 12 milliards. Sans les dettes, l'opération avoisine 54 milliards de dollars.

«Je pense que Disney vaut beaucoup plus que cela», estime Knox Fuqua, gérant de fonds chez AAM Equity Fund. Timothy Ghriskey, gérant de portefeuille pour le compte de Ghriskey Capital Partners, s'attend pour sa part à ce que Comcast «doive relever de manière sensible son offre s'il veut qu'elle aboutisse, la prime actuelle étant insuffisante». Sur la base du cours de Disney de mardi (24,08 $US), l'offre de Comcast représentait une prime de 10 %.