Le géant Foxconn recrute des robots

Le grand patron d’Apple, Tim Cook, photographié en 2012 à l’occasion d’une visite dans une usine de Foxconn, à Zhengzhou
Photo: Agence France-Presse / Apple Le grand patron d’Apple, Tim Cook, photographié en 2012 à l’occasion d’une visite dans une usine de Foxconn, à Zhengzhou

De gros bras mécaniques à la place des « petites mains » de Foxconn. L’entreprise taïwanaise, qui fabrique notamment les produits d’Apple ou de Samsung, a fait passer son effectif de 110 000 à 50 000 employés dans une de ses usines chinoises. En lieu et place, elle a « embauché » des robots pour assembler iPhone et autres téléphones intelligents Galaxy.

D’après le gouvernement de la ville de Kunshan, à l’ouest de Shanghai, 600 entreprises sont engagées dans ce processus de robotisation. « Foxconn a réduit son effectif de 110 000 à 50 000 employés grâce à l’introduction de robots. Et ils sont parvenus à réduire leurs coûts de production », a expliqué le chef du département la communication de la ville, jeudi, dans le quotidien hongkongais South China Morning Post.

Contacté par la BBC, Foxconn explique sa démarche. « Nous utilisons l’ingénierie robotique et d’autres innovations technologiques et industrielles pour remplacer les tâches répétitives que les employés accomplissaient par le passé. » Une manière de répondre aux critiques souvent adressées à Foxconn, pour les conditions de travail très difficiles dans ses usines et un fort taux de suicide parmi ses employés.

L’entreprise, qui emploie 1,2 million de personnes en Chine, ne confirme pas le nombre de 60 000 suppressions de postes et se veut rassurante. « Nous espérons maintenir notre main-d’oeuvre en Chine, a affirmé Foxconn à la BBC. Nous formons aussi nos employés pour qu’ils se focalisent sur des éléments à plus haute valeur ajoutée du processus industriel, la recherche et développement, le contrôle procédé et le contrôle qualité. »

Le salaire moyen a triplé en Chine ces dix dernières années, rendant le pays moins compétitif. Les industries à faible valeur ajoutée comme le textile ont déjà largement déménagé vers des pays moins avancés d’Asie du Sud-Est ou d’Afrique. Les secteurs plus techniques ont, eux, misé sur la robotisation. Un processus dans lequel la Chine a beaucoup de retard. Le pays compte aujourd’hui 36 robots pour 10 000 ouvriers du secteur manufacturier, contre 292 en Allemagne, 314 au Japon et 478 en Corée du Sud.

Les entreprises de Kunshan semblent donc bien décidées à s’y mettre : 35 entreprises taïwanaises installées dans la zone industrielle ont dépensé plus de 4 milliards de yuans (725 millions $CAN) dans l’intelligence artificielle, d’après la municipalité. Au total, la Chine achète plus de robots industriels chaque année depuis 2013 que les grands pays industriels comme l’Allemagne ou le Japon. D’ici à la fin de l’année, la Chine sera le pays comptant le plus de robots au monde, d’après la Fédération internationale de la robotique.

Ce bouleversement survient alors que la Chine cherche à monter en gamme. Les dirigeants chinois ont promis d’éviter à la Chine le piège des «pays à revenu intermédiaire», ces pays industrialisés qui peinent à prendre le tournant technologique pour monter dans la chaîne de valeur. La robotisation est au centre de ce plan. Le président chinois, Xi Jinping, a appelé en 2014 à une « révolution des robots », qui transformerait d’abord la Chine, puis le monde. « Notre pays sera le premier marché pour les robots », avait-il déclaré dans une allocution devant l’Académie chinoise des sciences.

C’est ce qui explique l’empressement des autorités de Kunshan à annoncer les progrès technologiques de Foxconn dans leur ville, même si c’est au prix de 60 000 emplois. Selon une étude menée dans treize pays en début d’année par l’institut de recherche ADP, 80 % des ouvriers chinois considèrent que leur emploi est menacé par la robotisation, contre 46 % en France et 39 % en Allemagne. En première ligne, les travailleurs migrants dont les entreprises se passent le plus facilement. À Kunshan, sur 2,5 millions d’habitants, deux tiers sont des migrants venus d’autres provinces.

La pilule risque d’être dure à avaler, alors que l’économie chinoise ralentit. Le pays a connu sa croissance la plus faible depuis vingt-cinq ans, à 6,9 % en 2015, et plusieurs secteurs sont en crise. À moyen terme, pourtant, la robotisation pourrait venir compenser la baisse de la main-d’oeuvre chinoise. Du fait de la politique de l’enfant unique, en vigueur pendant trente-cinq ans jusqu’à fin 2015, la population en âge de travailler a commencé à baisser après 2010. Une tendance qui devrait s’accélérer et poser des problèmes de main-d’oeuvre après 2020.