Les bénéfices des entreprises ne sont pas au rendez-vous

Avant même les incendies de Fort McMurray, l’économie canadienne s’apprêtait à connaître un passage à vide au deuxième trimestre. Les bénéfices des entreprises ne sont tout simplement pas au rendez-vous.

Statistique Canada soulignait jeudi que le bénéfice d’exploitation des entreprises canadiennes s’est replié de 4,6 % entre le quatrième trimestre de 2015 et le premier de 2016, pour totaliser 73,1 milliards. Le repli a touché la moitié des 22 industries recensées.

Dans le secteur non financier, les bénéfices d’exploitation ont reculé de 3,5 % au premier trimestre, à 50,7 milliards, après s’être repliés de 3 % au trimestre précédent. Pour utiliser un jeu de mots facile, le choc pétrolier fait tache d’huile. « En raison de la baisse prolongée du prix du pétrole brut, l’industrie de l’extraction de pétrole et de gaz et les activités de soutien a affiché une cinquième perte d’exploitation trimestrielle consécutive. Cette perte, la plus prononcée de celles enregistrées dans les trimestres de 2015, a atteint 4,8 milliards, et découle d’une baisse des revenus de 14,4 % », a souligné Statistique Canada. Uniquement dans le secteur de l’énergie, le recul est de 2,8 milliards.

L’agence fédérale ajoute que malgré la faiblesse du dollar canadien par rapport à sa contrepartie américaine, « dans le secteur de la fabrication, les bénéfices d’exploitation ont reculé de 7,8 % par rapport au trimestre précédent pour s’établir à 10,2 milliards ».

Même le secteur financier n’a pu contrebalancer. Les bénéfices d’exploitation ont diminué de 7,1 % pour s’établir à 22,4 milliards, « surtout en raison de la variation marquée de la valeur du passif actuariel des sociétés d’assurance-vie. Il s’agit du troisième trimestre consécutif où la réévaluation du passif actuariel a eu une incidence négative sur les bénéfices d’exploitation », poursuit l’agence.

Pour l’ensemble, la contraction atteint 0,4 % d’une année à l’autre. Les bénéfices ont diminué de 6,9 % dans le secteur non financier et ont augmenté de 18,1 % dans le secteur financier par rapport au premier trimestre de 2015.

Incendies

Benoit P. Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins, déplore une détérioration des marges bénéficiaires dans plusieurs secteurs. Dans l’industrie manufacturière, elle est tombée à 5,4 %, sous sa moyenne historique de 6,2 %. Il faut en déduire que « la remontée des investissements au sein des entreprises non énergétiques mettra un certain temps avant de se concrétiser ».

L’économiste fait également ressortir que la situation dans l’industrie pétrolière devrait continuer à se détériorer au deuxième trimestre « puisque les fermetures associées aux incendies de forêt en Alberta affecteront significativement sa production ». Mercredi, en annonçant le maintien de son taux d’intérêt directeur, la Banque du Canada a estimé en évaluation préliminaire que les incendies en Alberta pourraient retrancher 1,25 point de pourcentage à la croissance au deuxième trimestre. Il en résulterait une contraction pour cette période de trois mois, la prévision initiale de la banque centrale ciblant la progression du PIB à 1 % en rythme annuel pour ce trimestre.

Mais ce passage à vide au deuxième trimestre montrait déjà des signes avant les incendies. La Financière Banque Nationale a indiqué jeudi que son indice de « momentum économique » provincial affichait un recul de 0,3 % en avril. Il s’agissait d’une première baisse depuis juin 2015 qui s’ajoutait à une progression nulle au premier trimestre. Cinq provinces sur dix étaient touchées par cette perte d’élan en avril, l’Ontario venant rejoindre la baisse de régime des provinces pétrolières. L’élan économique était positif dans les cinq provinces de l’Est, dont le Québec.

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