Migrer vers un poste de direction

La moitié d’entre eux proviennent de la France et du Maghreb, et pourtant : les immigrants travaillant dans le secteur privé montréalais sont freinés dans leur ascension professionnelle parce qu’ils ne maîtrisent pas suffisamment le français, révèle un sondage de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) dévoilé mercredi.

L’étude, menée auprès de 686 établissements privés de la grande région de Montréal à l’été 2015, révèle que la « maîtrise limitée du français » est considérée par les dirigeants comme étant l’obstacle principal à l’obtention d’un poste de cadre par des employés immigrants. Pourtant, 20 % des employés immigrants sont d’origine française, tandis que 30 % d’entre eux viennent du Maghreb.

« Ce qu’on nous dit, c’est qu’on ne peut pas se satisfaire d’un niveau de français de base et qu’on devrait sensibiliser les employés à l’importance de maîtriser le français pour devenir cadre », observe le président de la CCMM, Michel Leblanc. Mais n’est-ce pas le niveau que possèdent les Français et les Maghrébins ? « Pas toujours », répond-il au sujet de ces derniers.

Entre volonté et réalité

Les paradoxes que semblent illustrer ces données ressortent ailleurs dans l’étude. Par exemple, 84 % des dirigeants questionnés ont dit croire que les entreprises montréalaises sont ouvertes à l’embauche d’immigrants, mais la majorité d’entre eux ont admis n’avoir aucun ou peu d’immigrants dans leur personnel. En fait, 35 % des entreprises consultées n’ont aucun employé immigrant, tandis que 23 % d’entre elles en ont un ou deux.

Fort conscient de la pénurie de main-d’oeuvre qui risque d’accompagner les départs à la retraite des baby-boomers, Michel Leblanc insiste sur l’importance de compter, parmi ses employés, des immigrants heureux et optimistes quant à leur éventuelle progression au sein de l’entreprise. « Il va y avoir un resserrement démographique, les travailleurs vont commencer à avoir plus de choix, alors les employeurs devront avoir un milieu accueillant », note-t-il. Aussi les immigrants sont-ils des employés qui possèdent de précieuses connaissances à propos de marchés vers lesquels une entreprise pourrait souhaiter se tourner pour exporter, fait valoir le président de la CCMM.

Un obstacle surmontable

« Au moins, le handicap [d’une maîtrise insuffisante du français] n’est pas grave », ajoute Michel Leblanc. Par cette déclaration, il souligne la relative facilité, pour les employeurs et les employés, de miser sur des activités de francisation ou sur l’accès à des cours de français.

Après la maîtrise limitée du français et la maîtrise limitée de l’anglais, l’énoncé « barrières culturelles / difficultés d’intégration » a été choisi par les cadres montréalais comme étant le troisième frein à l’embauche d’immigrants. « On parle de difficultés liées aux caractéristiques du marché du travail, et non à la culture ou la religion », précise Michel Leblanc. Déjà, des écoles techniques et des cégeps ont fait part de leurs intentions de développer des formations qui permettraient aux immigrants d’en savoir davantage sur les styles de gestion nord-américains, révèle le président.

La question qui préoccupe le plus Michel Leblanc concerne la « proportion potentielle » d’immigrants pouvant accéder à des postes de cadres. Chez les 686 entreprises consultées, 14 % des cadres sont issus de l’immigration. « Mais quand on a demandé aux entreprises quelle proportion d’immigrants, parmi leurs employés, serait qualifiée pour un éventuel poste de cadre, la réponse a été de 38 %, explique Michel Leblanc. Est-ce que ça témoigne du fait qu’ils [les immigrants qualifiés pour des postes de cadres] se cognent contre un plafond de verre ? On ne le sait pas, parce qu’on ne sait pas ce que c’était avant. »

L’étude était une première. Pour dresser un portrait plus clair de la progression des immigrants en entreprise, la CCMM se promet donc de répéter l’expérience, et ce, dans « deux ou trois ans », a déjà annoncé son président.