Le pétrole à son plus haut cours depuis six mois

Le Nigeria éprouve certaines difficultés avec ses pipelines depuis plusieurs jours, ce qui ajoute aux diminutions provisoires de la production pétrolière à travers le monde.
Photo: Florian Flaucheur Agence France-Presse Le Nigeria éprouve certaines difficultés avec ses pipelines depuis plusieurs jours, ce qui ajoute aux diminutions provisoires de la production pétrolière à travers le monde.

New York — Les cours pétroliers sont nettement repartis de l’avant lundi, certains analystes se risquant à annoncer la fin du déséquilibre entre l’offre et la demande.

Le cours du baril de référence (WTI) pour livraison en juin a bondi de 1,51 $US à 47,72 $US sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), au plus haut depuis six mois et demi.

Beaucoup d’analystes ont mis cette hausse, qui a largement fait oublier une petite prise de bénéfices vendredi, sur le compte d’un nouveau rapport de la banque Goldman Sachs. « Le rééquilibrage physique du marché pétrolier a enfin commencé. Alors que l’offre et la demande ont dépassé les attentes au premier trimestre, laissant une surproduction de 1,4 million de barils par jour, nous pensons que le marché est probablement devenu déficitaire en mai », lisait-on dans ce rapport.

Goldman Sachs précisait que ce rééquilibrage se produisait avec un trimestre d’avance sur ce que ses analystes avaient anticipé en mars, en raison à la fois d’« une demande toujours forte et d’une production en net déclin » dans plusieurs pays. Dans un tel contexte, « tous les accrocs même mineurs du côté de l’offre ont plus d’importance », a souligné Phil Flynn, chez Price Futures Group. « Maintenant quand il se passe quelque chose en Algérie ou en Libye cela a plus d’impact. » Des interruptions de production estimées jusqu’à 3,75 millions de barils par jour (mbj) ont effacé l’excédent qui avait alimenté la chute de près de 70 % des cours du brut entre la mi-2014 et le début de cette année. Cet effondrement des cours a toutefois été suivi d’un rebond de près de 40 % depuis fin janvier.

Du côté des problèmes de production, Tim Evans, chez Citi, a évoqué « une grève potentielle qui pourrait ajouter aux problèmes au Nigeria », théâtre depuis plusieurs jours de problèmes d’oléoducs, et le fait que le Venezuela soit désormais en état d’urgence, alors que la région des sables bitumineux au Canada devait encore gérer les suites des gigantesques incendies près de Fort McMurray du début du mois. « Des accrocs provisoires mais à répétition ont plus que compensé la production plus forte que prévu de l’Iran et de l’Irak », faisait valoir Goldman Sachs, relevant en outre que les problèmes de production au Nigeria avaient des chances de durer.

Le mouvement d’appréciation des cours avait déjà été alimenté la semaine dernière par une série de rapports mensuels de grands organismes, dont le département américain de l’Énergie et l’Agence internationale de l’Énergie, particulièrement optimiste sur un rééquilibrage du marché d’ici la fin de l’année.

Retour en déficit

Vendredi, l’OPEP avait estimé qu’en raison de « signes convergents de baisses de production des pays hors OPEP », le marché devrait se retourner et se trouver en déficit net de l’offre par rapport à la demande en 2017. Dans un rapport publié vendredi à Vienne, l’organisation disait qu’« il y a des signes convergents de baisses de production des pays hors-OPEP, qui devraient probablement retourner le marché et le placer en déficit net en 2017 ». Cette chute de production résulte notamment de la réduction des investissements dans plusieurs pays ces derniers mois, dans un contexte de prix bas, avec à la clé par exemple une chute de plus de moitié en un an des puits en exploitation aux États-Unis. En fait, le nombre de puits en activité aux États-Unis est désormais inférieur de 80 % à ce qu’il était fin 2014.

L’OPEP note également des baisses substantielles de production en Colombie, au Mexique et au Kazakhstan, qui dans le cas de ces deux derniers pays pourraient se poursuivre en 2017.

Pour 2016 en revanche, le cartel de 13 pays, qui pompe environ un tiers du brut mondial, entrevoit toujours une surproduction, ses prévisions de production et de consommation mondiales restant inchangées. Selon l’organisation, la demande moyenne doit toujours s’établir à 94,18 millions de barils par jour (mbj), pour une production non-OPEP de 56,4 mbj. En pratique, cela signifie une surproduction d’environ 1 million de barils quotidiens, le cartel ayant pompé quelque 32,44 mbj en avril après 32,25 mbj en mars, selon le rapport. « Fondamentalement, la surproduction demeure et la production reste élevée », relève l’OPEP, même s’il y a des « signes selon lesquels la situation de surabondance persistante d’offre est susceptible de s’atténuer ».

Malgré des tiraillements internes, l’OPEP refuse depuis plusieurs mois de réduire unilatéralement sa production, ce qui la conduirait à céder des parts de marché. L’Arabie saoudite parie à l’inverse précisément sur une réduction de la concurrence de pays moins compétitifs à la faveur des prix bas. De fait, la production du cartel a tendance à augmenter, en raison notamment de la montée en puissance de l’Iran après la levée, en janvier, des sanctions internationales qui frappaient ce pays. En avril, la République islamique, qui vise une production de 4 mbj, a vu sa production quotidienne progresser de près de 200 000 barils, à 3,45 mbj.