Apple investit un milliard de dollars dans Didi, le rival chinois d’Uber

Un chauffeur de taxi utilise l’application Didi.
Photo: Greg Baker Agence France-Presse Un chauffeur de taxi utilise l’application Didi.

Le géant électronique américain Apple, soucieux de renforcer sa présence en Chine, a investi un milliard de dollars dans Didi, la principale application chinoise de réservation de taxis, à l’heure où celle-ci cherche la parade face à la montée en puissance de son rival Uber.

Il s’agit du « plus important investissement individuel » reçu jusqu’à présent par Didi, faisant du groupe californien l’un de ses investisseurs stratégiques, a annoncé vendredi la firme chinoise, « Didi Chuxing » de son nom complet. Cet investissement d’Apple est dévoilé alors que le groupe à la pomme voit son étoile pâlir : après le repli de ses ventes d’iPhone au dernier trimestre, Apple a perdu jeudi sa place de première capitalisation boursière mondiale, au profit d’Alphabet, maison mère de Google.

« Nous anticipons de nombreuses occasions pour des coopérations plus approfondies » avec Didi, a confié le patron d’Apple, Tom Cook, dans des propos rapportés par l’agence Chine nouvelle. La région chinoise (Chine continentale, Macao, Hong-Kong et Taïwan) représente le deuxième plus gros marché d’Apple après les États-Unis, mais il y voit ses parts de marché s’effriter face aux fabricants de téléphones intelligents chinois, dont Huawei et Xiaomi.

Apple pâtit également des restrictions imposées par les autorités : ses services en ligne iTunes Movies et iBooks sont récemment devenus inaccessibles en Chine. En s’introduisant au capital de Didi, Apple offre à Pékin des gages de bonne volonté, tout en se rapprochant des deux mastodontes de l’Internet chinois qui soutiennent l’application : Tencent, opérateur de la messagerie WeChat, et Alibaba, numéro un local du commerce en ligne. Le géant californien s’associe de surcroît à un service extrêmement populaire : Didi compte 300 millions d’usagers inscrits, pour plus de 11 millions de courses effectuées chaque jour à travers 400 villes chinoises.

« Cet investissement s’explique par des raisons stratégiques, dont la chance d’en apprendre davantage sur certains segments du marché chinois », a expliqué Tim Cook vendredi, tout en vantant les innovations de Didi.

De l’avis des analystes, l’opération — rapidement conclue — illustre les efforts de diversification d’Apple. Pour le site financier chinois Huxiu, des coopérations pourraient s’esquisser dans les paiements électroniques : « C’est une excellente affaire pour Apple de s’associer à une application possédant une large base d’usagers et où sont effectués des paiements fréquents », note-t-il. L’entreprise américaine a lancé en février en Chine son service de paiement mobile Apple Pay, mais peine à faire le poids devant les plateformes de paiement établies par Alibaba (Alipay) et Tencent, qui dominent le marché.

Didi pourrait aussi ouvrir à Apple la porte du prometteur marché chinois des technologies automobiles intégrées, au moment où le groupe californien planche sur un ambitieux projet de voiture autonome. À l’inverse, pour Didi, l’appui d’Apple arrive à point nommé dans sa bataille acharnée contre Uber, présent en Chine depuis 2014.

L’an dernier, Didi dominait 99 % du marché chinois des réservations de taxi en ligne et 87 % de celui des réservations de véhicules privés avec chauffeur. Or, sur ce créneau, Uber s’est désormais arrogé entre 10 et 15 % de parts de marché, à coup d’investissements colossaux, subventionnant largement les trajets des usagers pour élargir sa clientèle. Une stratégie efficace mais coûteuse : le patron d’Uber, Travis Kalanick, a reconnu en février que son entreprise perdait plus d’un milliard de dollars par an en Chine.

Également très généreux en subventions, Didi a levé depuis l’été dernier plusieurs milliards de dollars. Selon des sources proches du dossier interrogées par Bloomberg News, l’investissement d’Apple fait partie d’une récente levée de fonds de 3 milliards de dollars, ce qui valorise l’entreprise chinoise à environ 26 milliards de dollars.

Didi, né en 2015 de la fusion de deux applications concurrentes, conforte aussi ses alliances à l’étranger. Il a pris en 2015 des participations dans la principale application indienne de réservation de taxis, mais aussi dans l’américain Lyft, rival d’Uber aux États-Unis : une façon de défier ce dernier sur son principal terrain.

L’avenir en Chine d’Uber et de Didi reste également suspendu à de possibles durcissements réglementaires : le ministère des Transports a ainsi évoqué à plusieurs reprises son intention d’encadrer plus strictement les services proposés par les conducteurs de voitures privées.