Dans une décision-surprise - L'OPEP abaisse fortement sa production

L’OPEP a une nouvelle fois pris à rebrousse-poil les marchés en annonçant hier une forte baisse de sa production à partir du mois prochain, alors que les cours demeurent très élevés depuis des mois et que les pays consommateurs de brut regimbent
Photo: Agence Reuters L’OPEP a une nouvelle fois pris à rebrousse-poil les marchés en annonçant hier une forte baisse de sa production à partir du mois prochain, alors que les cours demeurent très élevés depuis des mois et que les pays consommateurs de brut regimbent

Alger — L'OPEP a une nouvelle fois pris à rebrousse-poil les marchés en annonçant hier une forte baisse de sa production à partir du mois prochain, alors que les cours demeurent très élevés depuis des mois et que les pays consommateurs de brut regimbent.

Contrairement aux premières indications données ces derniers jours par les ministres réunis hier à Alger pour une conférence extraordinaire de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le cartel a décidé d'abaisser son plafond officiel de production, actuellement fixé à 24,5 millions de barils par jour (mbj).

La décision se décompose en deux temps: à partir du mois de mars, les pays membres s'engagent «fortement» à respecter le quota de 24,5 mbj, ce qui n'est pas le cas depuis plusieurs mois: de l'avis des ministres, la production réelle se situe actuellement plus près de 26 mbj. Ensuite, le quota officiel de l'OPEP sera abaissé à 23,5 mbj à partir du 1er avril. L'ensemble de ces mesures revient ainsi à une baisse effective de 2,5 mbj, ont indiqué plusieurs ministres de l'OPEP.

Une surprise

Elles constituent une relative surprise. Les analystes pensaient que l'OPEP se contenterait à Alger d'annoncer un meilleur contrôle de sa surproduction et attendrait sa prochaine réunion du 31 mars pour une éventuelle réduction des quotas.

Elles mettent l'OPEP en porte-à-faux vis-à-vis des pays consommateurs, qui se plaignaient déjà du niveau élevé des cours, alors que la reprise économique frappe à leur porte et que les stocks commerciaux de brut demeurent bas dans nombre de ces pays.

Le président de l'OPEP, l'Indonésien Purnomo Yusgiantoro, a justifié lors d'une conférence de presse ces décisions, prises selon lui «à l'unanimité», par la volonté du cartel d'envoyer un «signal» aux marchés. «Nous voulons des prix stables. Alors nous maintenons [notre quota] sur tout le premier trimestre, et ensuite nous nous préparons pour les nouveaux développements.»

L'OPEP redoute un excédent de quelque trois mbj au deuxième trimestre si rien n'est fait pour réguler la production, alors que la demande de brut baisse habituellement à cette période après la fin de l'hiver dans l'hémisphère Nord.

Cette annonce a provoqué des remous sur les marchés, où les cours du pétrole étaient en hausse après la réunion. Vers la fin de la séance, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mars, référence à Londres, montait de 61 ¢US, à 29,72 $US, tandis qu'à New York, le prix du brut de référence (light sweet crude) pour livraison en mars prenait 67 ¢US, à 33,50 $US.

«Il y aura probablement un peu de tricherie sur ce nouveau quota de 23,5 millions de barils, comme il y en avait sur celui de 24,5 millions de barils. Donc, le résultat devrait être une baisse de la production d'un million de barils par jour, à peu près ce qu'il faut pour stabiliser le marché», a commenté Adam Sieminski, analyste pour la Deutsche Bank à Londres. «Quand l'excitation du moment se sera essoufflée, on pourrait voir les prix du pétrole se replier légèrement», a-t-il prévenu.

Interpellés sur l'apparente contradiction entre la décision prise par l'OPEP et la situation actuelle du marché, les ministres se sont vivement défendus. «Le prix est élevé maintenant, mais vous ne savez pas où il sera en avril, en mai, en juin. Devons-nous attendre un effondrement?», a relevé le Saoudien Ali Al-Nouaïmi, chef de file du cartel.

«Nous ne pouvons pas oublier 1998», quand les prix avaient dégringolé au moment de la crise asiatique, a-t-il poursuivi. Le ministre s'est dit pour sa part convaincu que les dépassements de production seraient effacés «avec succès», et cela «quel que soit leur volume», que l'OPEP se refuse à chiffrer officiellement.

La décision d'hier rappelle celle prise en septembre, lorsque l'OPEP avait abaissé par surprise son quota de 900 000 bj, alors que les prix étaient déjà très élevés.