Sondage 2004 sur le risque de manipulation des états financiers - Vers un Enron à la canadienne?

Les gestionnaires membres des conseils d'administration des plus grandes entreprises au pays s'attendent à des scandales financiers au Canada en 2004. En effet, 84 % des répondants au Sondage 2004 sur le risque de manipulation des états financiers, rendu public hier par la firme-conseil KPMG, estiment qu'une compagnie canadienne sera probablement impliquée dans un scandale à la Enron ou à la Parmalat dans les prochains mois.

KPMG a sondé les membres des différents conseils d'administration de 75 des plus grandes sociétés publiques du Canada. «Le constat est parfois inquiétant», soutient Stephan Drolet, associé au service de juricomptabilité chez KPMG. C'est que 46 % des répondants pensent qu'une fraude pourrait avoir lieu au sein même des entreprises où ils siègent.

Les gestionnaires «ont fait une analyse froide du phénomène, souligne Stephan Drolet. Avec les scandales de Enron ou de WorldCom qu'on a vus aux États-Unis, les membres des conseils d'administration sont plus méfiants et plus alertes en ce qui concerne le phénomène. Ils ne voient pas pourquoi les Canadiens seraient plus vertueux que les autres.»

De plus, le programme d'option d'achat d'actions (stock options), utilisé par les entreprises pour rémunérer leurs dirigeants, encourage la manipulation des états financiers, selon 62 % des administrateurs.

Pas responsable des fraudes, le conseil d'administration?

Les membres du conseil d'administration, que beaucoup d'experts et d'actionnaires voudraient voir exercer un plus grand contrôle sur les dirigeants, ne se sentent pas concernés par les fraudes. Seulement 28 % pensent que c'est au conseil d'administration de prendre la responsabilité en cas de fraude, rejetant plutôt le blâme sur le chef de la direction et le directeur financier de la compagnie. Pour 47 % d'entre eux, c'est au chef de la direction de mettre en place les mesures qui s'imposent pour éviter les dérapages.

Selon Stephan Drolet, il y a un peu d'hypocrisie dans les réponses de ce volet en particulier. «Les gestionnaires dans les conseils d'administration rejettent la responsabilité entière des fraudes sur l'équipe de direction, mais souvent, le conseil d'administration n'est pas exempt de toute collusion, car il a une responsabilité à jouer, dit-il. Ils ne veulent pas trop se mettre de pression sur les épaules, alors que beaucoup de gens voudraient qu'ils en fassent plus.»

C'est peut-être parce que le conseil d'administration se sent impuissant à réagir? Dans une réponse écrite anonyme au sondage, un gestionnaire estime «qu'en fin de compte, la réputation et l'intégrité des dirigeants, et la transparence de leurs rapports avec le conseil constituent l'élément fondamental d'une bonne gouvernance d'entreprise. Aucune, et je dis bien aucune, mesure de gouvernance ne peut contrecarrer les actions frauduleuses d'un tandem chef de la direction-directeur des finances. Les freiner, peut-être. À mon avis, le problème ne tient pas à l'indépendance, mais plutôt à la réputation et à l'intégrité de chacun des membres du conseil».

Par ailleurs, 62 % affirment qu'ils n'ont reçu aucune formation pour traiter la question de la manipulation des états financiers. «Il y a sans aucun doute un besoin en formation, car ce ne sont pas tous les gestionnaires qui sont des spécialistes financiers», explique Stephan Drolet.

Le sondage, qui ne représente pas un échantillon scientifique en raison du nombre de répondants, montre aussi que 71 % des gestionnaires de conseil d'administration sont d'avis que les organismes de réglementation canadiens doivent être plus sévères à l'endroit des entreprises fraudeuses. Le sondage révèle aussi que 72 % font davantage confiance aux vérificateurs externes qu'aux vérificateurs internes et que 73 % estiment que le poste de président du conseil et celui de chef de la direction doivent être séparés, contre 27 % qui pensent le contraire. Pour la majorité des répondants, une fraude fiscale est le scénario redouté, puisqu'il ternira durablement l'image d'une compagnie publique.