L'occupation continue à Arvida

Insatisfaits des promesses d'investissement d'Alcan dans leur région, quelque 2000 travailleurs de l'usine Arvida de Saguenay ont unanimement rejeté l'accord conclu entre leur syndicat et la direction. L'occupation du complexe industriel se poursuit donc pendant que les représentants des deux groupes tentent de renouer le dialogue.

Le mandataire du gouvernement dans ce dossier, Serge Brault, doit rencontrer séparément les parties afin de recueillir leurs suggestions pour dénouer l'impasse actuelle. Il devra faire rapport au gouvernement du résultat de ses consultations et formuler des recommandations avant le 16 février à midi, a laissé savoir le ministère du Travail dans un communiqué.

Une nouvelle usine

Les syndiqués réunis en assemblée lundi soir et hier matin tiennent mordicus à ce que leur employeur s'engage à construire une nouvelle usine au Saguenay, pour pallier la disparition des vieilles cuves Svderberg, dont la mise au rancart a été annoncée par le premier ministre Jean Charest, le mois dernier à Davos.

L'accord intervenu au cours de la fin de semaine dernière encadrait le retour au travail des syndiqués et fournissait de nouvelles garanties d'emploi aux syndiqués concernés par la réduction des activités à Arvida. Alcan avait aussi consenti à confier 20 millions en trois ans à un comité spécial voué au développement économique de la région. Cette promesse n'a toutefois pas suffi à rassurer les travailleurs, dont le nombre a diminué de façon importante depuis une vingtaine d'années.

«L'entente compte des éléments intéressants mais les travailleurs l'ont rejetée parce qu'il manque un élément essentiel: elle ne prévoit pas de contraintes forçant Alcan à remplacer l'usine comme elle s'était engagée à le faire en 1993», a expliqué le président de la Fédération des syndicats du secteur de l'aluminium (FSSA), Alain Proulx.

Les travailleurs d'Arvida et la population locale soupçonnent Alcan de vouloir revendre aux alumineries Alouette (à Sept-Îles) et A.B.I. (à Bécancour) les 200 mégawatts d'électricité qu'elle économisera en cessant l'utilisation des Svderberg. Selon M. Proulx, la multinationale se remplirait ainsi les poches au détriment du Saguenay. «Les seuls motifs qu'il y a pour fermer les cuves à l'heure actuelle, c'est de vouloir réaffecter le courant dans d'autres alumineries. Alcan va ainsi pouvoir augmenter sa production dans deux alumineries plus modernes dans lesquelles elle a des parts, en diminuant ses coûts d'énergie», a-t-il insisté.

Chez Alcan, la porte-parole régionale Margot Tapp a qualifié cette explication — qui circule depuis plusieurs jours dans la région — de «chimérique et sans bon sens. C'est complètement faux. Même après la fermeture des Svderberg, Alcan va demeurer un acheteur d'énergie. On n'est pas un vendeur. La seule résultante, c'est qu'on va acheter moins d'électricité à l'intérieur d'un contrat avec Hydro-Québec», a-t-elle déclaré.

Des travailleurs inquiets occupent depuis plus de deux semaines le complexe d'Arvida, qu'ils font tourner à plein régime en dépit des protestations de leurs patrons. Selon le président du Syndicat national des employés d'Alcan à Arvida (SNEAA), Claude Patry, ils sont prêts à rester au poste aussi longtemps qu'il le faudra. «Il y a 200 personnes aux cuves, mais ce sont 2900 personnes qui font tourner l'affaire. Les personnes visées ont le soutien de leurs collègues de Jonquière et Laterrière», a-t-il expliqué.

Du côté patronal, l'irritation est palpable. «Il faut reprendre le contrôle des salles de cuve», a dit Mme Tapp. La direction de l'entreprise compte beaucoup sur la négociation, mais n'exclut pas d'autres stratégies pour mettre fin au différend.