Tempête au pays de Mickey - Roy Disney souffle un vent de discorde

New York — Michael Eisner, p.-d.g. de Disney, est le grand patron américain le plus contesté du moment: les héritiers de la famille Walt Disney l'accusent de négliger la créativité au profit des seules performances.

Même si les derniers résultats trimestriels de Disney devraient confirmer aujourd'hui le redressement amorcé en 2003 après deux longues années de crise, celui qui a pris les rênes du groupe en 1994 est soumis à des attaques d'une rare virulence depuis deux mois.

Roy Disney, fils et neveu des cofondateurs, aidé par la direction du fonds d'investissement gérant les intérêts de la famille a même dédié un site Internet (www.savedisney.com) à la campagne visant à destituer Eisner de la présidence du conseil d'administration, lors de la prochaine assemblée des actionnaires en mars. Motif: la culture d'entreprise qu'il a édictée renierait ce qui a fait la gloire des géniteurs des Mickey, Donald et autre oncle Picsou.

Alors que «le dynamisme créatif a toujours été au coeur de l'activité de Disney, les aspects financiers dictent aujourd'hui la marche à suivre», accusent les frondeurs. «Le grand credo des gestionnaires aujourd'hui est le marketing. Le produit n'est plus ce qui importe d'abord, c'est juste la manière de le vendre.»

Des munitions

L'actualité de janvier a donné des munitions pour alourdir la charge, avec successivement l'annonce de la fermeture du studio d'animation traditionnelle en 2D de Floride, et surtout celle de la rupture à compter de 2006 de la vivifiante et juteuse collaboration avec Pixar, le grand spécialiste des images de synthèse en 3D (Toy Story, Finding Nemo).

Sur le site appelant à «sauver Disney» en disant «non» à Eisner, Roy Disney et Stanley Gold — ayant comme lui démissionné fin 2003 du conseil d'administration — dénoncent aujourd'hui le décalage entre la rémunération du p.-d.g. («plus de 700 millions $US entre 1996 et 2003») et l'évolution du bénéfice net (passé dans le même temps de 1,5 à 1,3 milliard $US).

Ils évoquent sans détour des conditions de travail devenues «hostiles» pour le personnel. «Ce qui était une grande famille heureuse ressemble désormais à un royaume féodal du Moyen-Âge», peut-on lire.

Des chiffres

Ces attaques sont «trompeuses et déforment la réalité», ont rétorqué ce week-end les administrateurs, dans une lettre aux actionnaires. MM. Disney et Gold «ignorent totalement les impressionnantes performances enregistrées sur le long terme par Michael Eisner, qui en tant qu'actionnaire individuel parmi les plus importants de l'entreprise, est viscéralement attaché à la défense de vos intérêts», ajoute la lettre signée également du p.-d.g.

Le texte est émaillé de chiffres que la direction devrait à nouveau brandir aujourd'hui pour faire taire ses détracteurs. Dans le cinéma, Finding Nemo ou les Pirates Of The Caribbean ont aidé à franchir la barre des trois milliards $US de recettes au box-office mondial en 2003, ce qu'aucun studio de Hollywood n'avait jamais réussi. Dans la télévision, la chaîne ESPN a enregistré l'an dernier les meilleures cotes d'écoute des réseaux sportifs. Ces éléments devraient permettre de compenser les difficultés des parcs, dont la fréquentation peine à retrouver les niveaux d'avant le 11 septembre 2001. Dans cette branche, comptant pour près de 25 % du chiffre d'affaires, «des coûts plus élevés et une moindre capacité à jouer sur les prix pourraient retarder le redressement des marges» bénéficiaires, a estimé le courtier SG Cowen.

À 24 heures des résultats trimestriels, l'action Disney gagnait 1,7 %, à 24,18 $US, hier à New York.