Les investissements au Québec vont croître pour la première fois en quatre ans

Le Québec accueillerait 11,9 % des investissements privés du Canada.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Québec accueillerait 11,9 % des investissements privés du Canada.

Le Québec s’affiche pour être une terre d’accueil pour les dépenses d’investissements en 2016, se démarquant ainsi de la morosité canadienne. Une hausse est attendue après trois ans de recul alors que dans le reste du Canada, la déprime pétrolière continuera à se faire ressentir.

L’enquête sur les dépenses en immobilisations de Statistique Canada indique que les entreprises du secteur privé et les organismes publics prévoient de dépenser 241,6 milliards de dollars en construction non résidentielle et en outillage en 2016. L’on parle d’un recul de 4,4 % par rapport à l’estimation de 2015. « Il s’agirait de la deuxième baisse consécutive des dépenses annuelles », a souligné l’agence fédérale de statistiques.

Les dépenses en immobilisations du secteur privé vont reculer de 9,3 % alors que celles des organismes publics augmenteraient de 6,5 %. La contraction se vérifie davantage dans le secteur de l’extraction minière, pétrolière et gazière, où l’on prévoit une diminution de 23,1 % cette année, « ce qui représenterait une deuxième année consécutive de baisse ». Statistique Canada rappelle que le segment pétrole et gaz compte pour 77 % des dépenses totales de ce secteur. Sans surprise, « la plus forte baisse devrait se produire en Alberta, où l’on prévoit que les dépenses fléchiront de 27,5 %, pour passer de 38,8 milliards en 2015 à 28,1 milliards en 2016 ».

Les autres provinces pétrolières suivent, de loin. La Saskatchewan pourrait devoir conjuguer avec un recul de 17,6 % des dépenses en immobilisations pour la construction non résidentielle cette année et Terre-Neuve-et-Labrador, de 10 %.

Au-delà de cette perspective pétrolière, les analystes ont été surpris par le fait que le repli des dépenses en immobilisations touchera 11 des 19 secteurs restants. Surtout, « la baisse la plus prononcée est prévue dans le secteur de la fabrication », ajoute Statistique Canada. Parlant de projections décevantes, Benoit P. Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins, souligne qu’« avec la valeur plus faible du huard, l’embellie de la demande américaine et le niveau élevé du taux d’utilisation des capacités industrielles dans plusieurs industries, on espérait une remontée des investissements dans le secteur de la fabrication. Visiblement, ce ne sera pas en 2016 ».

Marc Pinsonneault, économiste principal à la Financière Banque Nationale, évoque également la déception. Mais il ajoute qu’« en excluant le secteur pétrolier et gazier, les investissements pourraient être plus importants que ne le prédit l’enquête en raison de l’appréciation du dollar canadien depuis que celle-ci a été menée (ce qui fait baisser les prix des machines et du matériel importés) et du budget fédéral, qui n’avait pas été dévoilé au moment de l’enquête ».

 

Le Québec se démarque

Mais, surprise, les dépenses en immobilisations vont croître au Québec cette année de 2,4 milliards, pour atteindre 36,3 milliards. À titre de comparaison, elles sont appelées à demeurer stables (-0,1 %) en Ontario, à 69,5 milliards. Si ces intentions se matérialisent, il s’agira de la première hausse après trois années de recul. « Le redressement tant attendu des sommes investies par le secteur privé devrait enfin se concrétiser. Les sociétés privées prévoient une croissance de 4,9 % de leurs investissements à la suite de trois baisses annuelles d’affilée », s’est réjouie Hélène Bégin, économiste principale chez Desjardins. Le Québec accueillerait ainsi 11,9 % des investissements privés du Canada. « Les investissements du secteur public devraient aussi se raffermir en 2016 au Québec (+9,6 %) ». Et « plus de 4 milliards devraient être investis dans le secteur manufacturier en 2016, soit 17,3 % de plus que l’année précédente », ajoute-t-elle.