Les Québécois ont doublé leur dette en 15 ans

Le niveau d’endettement des ménages est considéré comme l’un des principaux facteurs de risque économique au Canada depuis plusieurs années déjà.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le niveau d’endettement des ménages est considéré comme l’un des principaux facteurs de risque économique au Canada depuis plusieurs années déjà.

L’endettement des ménages québécois a presque doublé depuis 15 ans, mais ils ne sont malgré tout pas plus à risque, au contraire, estime Desjardins.

La dette moyenne des ménages au Québec s’élevait à 80 000 $ l’an dernier alors qu’elle n’était encore que de 42 000 $ en 2000, rapporte le Mouvement Desjardins dans une brève note dévoilée lundi. La majeure partie de cette augmentation de l’endettement ne peut pas être attribuée à l’inflation parce que la hausse des prix à la consommation n’a été que de 30 % dans l’intervalle. Heureusement, cette hausse de la dette des ménages est venue aussi avec une augmentation de leurs avoirs totaux d’une moyenne de 145 000 $ par ménage à près de 300 000 $. « La valeur moyenne des actifs des ménages endettés a ainsi plus que doublé, soit une progression un peu plus rapide que celles des emprunts », observe l’auteure de la note, l’économiste Hélène Bégin, « de sorte que le bilan financier de l’ensemble des emprunteurs est demeuré relativement sain dans la province ».

En fait, ce bilan financier s’est même sensiblement amélioré. La proportion des ménages dont l’ampleur de la dette reste à l’intérieur de la zone jugée financièrement sécuritaire a augmenté au Québec depuis 2000, passant de 78 % à 84 %. On estime qu’un ménage est dans cette « zone de sécurité financière » lorsque la totalité de ses dettes reste inférieure à 80 % de la valeur de l’ensemble de ses actifs immobiliers, financiers, boursiers, ou autres. Or, parmi les ménages endettés, ce ratio dette-actif se maintient bien en deçà de ce seuil depuis 15 ans au Québec à une moyenne de 20 % à 30 %.

Un peu moins d’un ménage endetté sur huit (12 % contre 14 % en 2000) présente un ratio dette-actif de 80 % à 200 % qu’on qualifie de « zone d’inconfort » parce que l’on y est plus vulnérable à une chute des prix immobiliers ou des cours boursiers et que l’on peut rapidement avoir de la difficulté à assumer ses obligations financières en cas de perte d’emploi, de séparation ou de maladie grave. Seulement 4 % des ménages endettés seraient dans la « situation critique » d’un ratio dette-actif supérieur à 200 %, c’est-à-dire que leurs dettes sont au moins deux fois plus importantes que leurs actifs. Cette proportion était du double (8 %) en 2000.

Une dette, c’est une dette

Parmi les ménages endettés au Québec, plus de la moitié (57 %) a une dette totale inférieure à 50 000 $ contre 12 % qui doivent entre 50 000 $ et 100 000 $ et 12 % dont l’ardoise dépasse 200 000 $. Comme c’était déjà le cas il y a 15 ans, les trois quarts de ces dettes sont composés de prêts hypothécaires, les prêts automobiles (2 %) et les cartes de crédit (3 %) ne représentant que de modestes fractions. Seul changement notable à ce chapitre de la composition des emprunts, les prêts personnels à la consommation (de 16 % en 2000 à 9 % en 2015) ont perdu du terrain au profit des marges de crédits personnelles (de 4 % à 11 %).

Hélène Bégin se garde bien de prendre à la légère la hausse de l’endettement des ménages. « Peu importe comment évolue la valeur des actifs, les ménages ont toutefois l’obligation de rembourser leurs dettes. La capacité d’honorer ses paiements mensuels pourrait être mise à l’épreuve si les revenus des ménages diminuaient subitement ou que les taux d’intérêt grimpaient de façon inattendue. »

Inquiétudes

Le taux d’insolvabilité des consommateurs québécoise est presque remonté au niveau atteint durant la dernière crise économique, rapportait le Mouvement Desjardins dans une autre analyse cet hiver. Près de 45 000 Québécois équivalant à 6,5 % de la population adulte se retrouvent sous une forme ou l’autre en situation d’insolvabilité annuellement.

Le niveau d’endettement des ménages est considéré comme l’un des principaux facteurs de risque économique au Canada depuis plusieurs années déjà. Nourri, par exemple, par la faiblesse des taux d’intérêt et la forte augmentation du prix des maisons, il a forcé, au fil des ans, de nombreux resserrements des règles hypothécaires et a fait l’objet de plusieurs mises en garde, y compris de la part des institutions économiques internationales. Le marché québécois est généralement considéré comme moins menacé de l’éclatement d’une bulle immobilière que les marchés surchauffés de Vancouver et de Toronto.

3 commentaires
  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 10 mai 2016 11 h 01

    ECO 101 s.v.p.

    La Hausse des prix à la consommation est de 30% uniquement ?

    Les frais bancaires font-ils parti de la consommation et du panier d'épicerie ?

  • Sylvain Auclair - Abonné 10 mai 2016 15 h 09

    Valeur des actifs

    Le principal actif, c'est l'immobilier, mais s avleur dépend de la capacité financière des acheteurs potentiels, capacité qui peut s'écrouler en temps de crise.

  • Pierre Beaulieu - Abonné 10 mai 2016 17 h 33

    Précision

    Les Québécois sont deux fois plus souvent propriétaires de leur habitation depuis les 20 dernières années