La guerre du panier d’épicerie

La hausse de la valeur du panier d’épicerie a été de 3 % au cours du trimestre terminé le 12 mars.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La hausse de la valeur du panier d’épicerie a été de 3 % au cours du trimestre terminé le 12 mars.

Après Sobeys dans ses supermarchés IGA, c’est au tour de Walmart de réduire le prix de certains articles dans les sections alimentaires de ses magasins Supercentres, a constaté un analyste du secteur.

Keith Howlett, de Desjardins Marchés des capitaux, estime que le géant du commerce de détail, qui exploite 318 Supercentres au pays, dont 48 au Québec, a agi de la sorte pour renforcer sa politique du meilleur prix garanti. Cette constatation survient quelques semaines après que Sobeys eut annoncé une baisse des prix de quelque 8500 articles oscillant entre 5 et 7 % dans ses 289 supermarchés IGA du Québec, une stratégie qui a également été accompagnée d’ajustements à la hausse de certains prix.

Sans aller jusqu’à déclencher une guerre de prix, ces décisions risquent d’accentuer la concurrence déjà féroce dans le secteur de l’alimentation, souligne M. Howlett. « Ces politiques de prix risquent d’avoir des répercussions si elles sont maintenues », écrit l’analyste dans un rapport envoyé à ses clients. Chez Walmart, les réductions concernent principalement des produits dont la date de péremption est supérieure à 90 jours et qui se trouvent dans les allées du centre des épiceries, écrit M. Howlett.

8500
C’est le nombre d’articles pour lesquels Sobeys a annoncé une baisse de prix oscillant entre 5 et 7% dans ses magasins IGA au Québec. Walmart a lui aussi commencé à ajuster ses prix, tandis que Metro n’en voit pas la nécessité pour l’instant.

L’analyste a dressé ce constat dans le cadre d’une tournée de magasins entamée en février visant à déterminer dans quelle proportion l’augmentation du prix de certains produits provoquée par l’appréciation du dollar américain avait été refilée aux consommateurs. Celui-ci a alors observé certaines différences notables chez Walmart et d’autres bannières à rabais sur une gamme d’articles dont la ventilation n’est toutefois pas disponible.

« Nous comprenons que l’entreprise veut consolider sa politique au chapitre des prix en réduisant les prix sur une sélection d’articles dans les rangées du centre de sa section alimentaire [et qui sont] importants aux yeux des consommateurs », écrit l’analyste. M. Howlett estime que les femmes ayant des enfants âgés de moins de 12 ans figurent parmi les clients ciblés par le géant du commerce de détail.

Tout en mettant des bâtons dans les roues de Sobeys, cette décision de Walmart — considéré par l’analyste comme une bannière alimentaire à rabais — pourrait également forcer Loblaw à emboîter le pas, croit M. Howlett. Par ailleurs, la direction de Loblaw, qui dévoilait mercredi ses résultats du premier trimestre, a dit s’attendre à un ralentissement de l’inflation du panier d’alimentation, ce qui devrait faire redescendre plus tôt que tard le prix des aliments (lire autre texte en page B 2).

De son côté, Sylvain Charlebois, doyen à la Faculté de management de l’Université Dalhousie, ne s’est pas montré surpris par cette « stratégie défensive » déployée par Walmart. Au cours d’un entretien téléphonique, il a souligné que les joueurs du secteur alimentaire se « bousculent » actuellement dans l’espoir de renverser le déclin du trafic dans cette section des épiceries, où se trouvent les produits des marques privées dont les marges sont plus élevées.

« L’ensemble du secteur peine à y arriver, explique l’expert. La plupart des gens s’intéressent davantage aux produits frais comme les fruits et légumes, les viandes ainsi que la section de la boulangerie. »

Pas chez Metro

L’épicier québécois Metro a récemment indiqué qu’il comptait analyser la stratégie de son concurrent Sobeys au cours des semaines à venir, mais que pour le moment, des baisses de prix ne figuraient pas au menu. Puisque l’entreprise génère la majorité de son chiffre d’affaires au Québec, M. Charlebois croit qu’elle dispose d’une certaine marge de manoeuvre. « Metro mise beaucoup sur les produits frais, explique-t-il. Ce n’est pas nécessairement un enjeu pour la société d’amener les gens au centre du magasin. Sa marque privée n’est pas aussi importante que celle de Loblaw ou Sobeys, par exemple. »

Bien qu’il n’écarte pas la possibilité de voir Metro réagir, M. Charlebois estime que cet enjeu n’est pas d’une « importance capitale » pour l’épicier.

Le 20 avril, lors d’une présentation des résultats financiers aux analystes, le président et chef de la direction de Metro, Éric La Flèche, disait qu’« il y a actuellement plusieurs programmes à travers les bannières Metro qui proposent des offres quotidiennes. Nos promotions sont agressives ». Il a ajouté que les prix de certains articles chez Metro avaient été revus à la baisse au cours de l’hiver dans le but de réduire l’écart avec les enseignes à rabais.

Sobeys avait annoncé que sa baisse des prix est une stratégie à coût nul, l’entreprise ayant renégocié avec ses fournisseurs en plus d’abandonner sa promotion du cadeau de la semaine. Selon certains analystes, Sobeys a agi de la sorte parce qu’il est le seul des trois grands joueurs à ne pas exploiter de bannière à bas prix, contrairement à Metro (Super C) et Loblaw (Maxi).

La renégociation d’ententes avec ses fournisseurs ne figure pas dans les plans de Metro. « Nous avons de bonnes relations avec eux. Les négociations varient selon les fournisseurs et les catégories. Nous avons notre propre stratégie et je crois qu’elle est efficace. »

La hausse de la valeur du panier d’épicerie a été de 3 % au cours du trimestre terminé le 12 mars. Metro disait s’attendre à ce que la pression à la hausse sur les prix s’atténue au cours des prochains trimestres, notamment parce que l’entreprise achètera davantage de produits locaux.


8500
C’est le nombre d’articles pour lesquels Sobeys a annoncé une baisse de prix oscillant entre 5 et 7% dans ses magasins IGA au Québec. Walmart a lui aussi commencé à ajuster ses prix, tandis que Metro n’en voit pas la nécessité pour l’instant.
2 commentaires
  • Claude Noël - Inscrit 5 mai 2016 08 h 41

    La guerre du panier d'épicerie

    Je suis encore à chercher les bas prix annoncés par IGA. Au contraire il y a eu plus d'augmentation sur plusieurs produits.
    Prenez la peine d'aller acheter des fruits et légumes chez les les grandes lignes comme IGA ou Métro. Ensuite allaz acheter les mêmes produits dans une petite fruiterie et vous verrez la différence des prix qui sont drôlement plus bas que chez le gros. Claude Noël

  • Sylvain Picard - Abonné 5 mai 2016 10 h 26

    Normal

    Il y a quelques années, le prix du pétrole avait grimpé en flèche. Dès lors, emboîtant le pas, le prix des denrées avait aussi augmenté (sans de parler de tous les autres produits, dont certains qui dotés d'une surtaxes spécifiquement pour payer le carburant).

    Il est simplement normal que les prix exorbitant des denrées redescendent, s'agençant ainsi avec la baisse de la valeur du baril de pétrole.