Mêle-toi de tes affaires !

Environ le tiers des citoyens, bien que connaissant assez bien les bons comportements à adopter, néglige de les mettre en pratique.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Environ le tiers des citoyens, bien que connaissant assez bien les bons comportements à adopter, néglige de les mettre en pratique.

Les Québécois adoptent de plus en plus les bons comportements en matière financière, mais ont encore souvent du mal à s’intéresser à leurs propres affaires, constate une enquête. Le nouveau cours d’initiation aux finances personnelles au secondaire devrait les aider à faire mieux, estime l’Autorité des marchés financiers (AMF).

La proportion de Québécois qui ont adopté les bons comportements en matière de « vigilance financière » est passée de 58 % à 61 % depuis 2012, selon un sondage de la firme CROP réalisé pour le compte de l’AMF et dont les résultats ont été dévoilés mercredi. On observe des progrès importants notamment en matière de finances personnelles (de 45 % à 53 %), de gestion du crédit (de 61 % à 67 %) et de planification de la retraite (de 49 % à 56 %). La situation stagne ailleurs en ce qui a trait, entre autres, aux relations qu’entretiennent les Québécois avec leurs conseillers financiers (40 %).

Ces progrès sont le fait d’un ensemble de facteurs, allant des efforts de sensibilisation déployés par différents acteurs, dont l’AMF, aux débats ces dernières années, notamment autour des questions liées aux retraites et à la couverture médiatique qui en a été faite, a expliqué en entretien téléphonique au Devoir le directeur de l’éducation financière à l’AMF, Camille Beaudoin. « Disons qu’on peut parler de légers progrès, mais il reste encore beaucoup à faire. Et ce qu’il y a à faire est à la portée de M. et Mme Tout-le-Monde. En effet, notre plus grand défi en éducation financière est d’intéresser les gens à s’intéresser à leurs finances. »

Les ambivalents

Ce phénomène est frappant lorsqu’on divise les Québécois en fonction de trois portraits types de consommateurs de produits et services financiers, rapporte l’AMF. Qualifiés « d’avisés », les Québécois qui affichent une bonne connaissance des comportements à adopter et qui affirment les mettre en pratique sont passés d’une proportion de 50 % à 58 % depuis 2012. À l’autre extrémité du spectre, le nombre de consommateurs « indifférents » qui ont une connaissance faible des bons comportements financiers à adopter a fondu de 20 % à seulement 9 % des personnes sondées. Mais reste au milieu un bloc équivalent au tiers des Québécois qu’on qualifie de consommateurs « ambivalents » parce qu’ils connaissent plutôt bien les bons comportements à adopter, mais qu’ils ne les mettent pas régulièrement en pratique.

Réalisé par Internet du 9 au 17 février auprès 1500 personnes, l’enquête de CROP passe en revue une quarantaine de comportements recommandés, tels que : établir un budget, garder un peu d’argent de côté en cas de besoin, payer le solde complet de sa carte de crédit, tenir compte de l’impact d’une hausse des taux d’intérêt avant de contracter une dette à long terme, établir son profil d’investisseur, s’informer sur les produits financiers dans lesquels on investit et s’assurer que son conseiller financier est un professionnel reconnu.

Les mieux nantis, les retraités, les propriétaires de leur logement ou encore les personnes ayant un conseiller financier professionnel présentent un meilleur indice de vigilance financière. À l’inverse, les moins bien nantis, les locataires, les détenteurs de cartes de crédit et les jeunes de 18 à 34 ans apparaissent plus vulnérables.

Le retour de l’économie à l’école

Dans ce contexte, l’annonce, le mois dernier, par le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, de l’introduction d’un nouveau cours d’initiation aux finances personnelles destiné aux élèves de 5e secondaire est une excellente nouvelle, dit Camille Beaudoin. Elle l’est d’autant plus que contrairement aux anciens cours d’éducation économique abolis en 2009 et qui s’avéraient surtout théoriques, cette nouvelle formation s’applique à aborder des questions concrètes comme le recours au crédit et les facteurs économiques à considérer lorsqu’on choisit entre poursuivre ses études ou se lancer sur le marché du travail. « On constate que les bons réflexes viennent souvent avec l’expérience en matière financière. Ce cours devrait aider à se poser plus tôt les bonnes questions. »

L’annonce du ministre Proulx a généralement été bien accueillie par les milieux d’affaires et les organismes de défense des consommateurs. Plusieurs ont toutefois regretté que le nouveau cours soit optionnel plutôt qu’obligatoire et qu’il ne totalise qu’une cinquantaine d’heures plutôt qu’une centaine comme auparavant. « Ce n’est pas si important pour le moment, estime Camille Beaudoin. L’important est de mettre en branle une dynamique qui impliquera les élèves, les écoles, les parents, les acteurs du secteur financier… Le gouvernement pourra rendre plus tard le cours obligatoire si la population l’exige. Nos autres activités de sensibilisation dans les collèges montrent que les jeunes sont très intéressés par ces questions. »

Des commissions scolaires ont indiqué que l’annonce du ministre arrivait trop tard pour la prochaine rentrée parce que leurs périodes de choix de cours étaient déjà passées. « Au ministère, on dit que le cours sera prêt et que les écoles qui voudraient quand même le mettre en place en septembre pourront le faire. C’est bien parti. »

1 commentaire
  • Daniel Le Blanc - Inscrit 5 mai 2016 05 h 18

    un cours n'est pas la vraie vie

    J'ai enseigné le progamme d'éducation économique de 5e secondaire durant plus de dix ans. Ce programme coportait tout ce qu'il fallait pour établir une excellente base aussi bien pour les finances personnelles, le fonctionnement d'une entreprise, le monde du travail, la consommation, la monnaie, le rôle de l'État et l'économie internationale. Par contre, pour les élèves ce n'était qu'un cours parmi d'autres sans nécessairement de lien avec la réalité qui les attendait. Les élèves de cette époque ont plus de vingt-cinq ans aujourd'hui et c'est bien cette génération qui ont le plus de problèmes de dettes, d'achat compulsif, de méconnaissance de l'entrepreunariat et des conséquences de leur voyage dans le sud pour l'économie des pays sous-développés. Je pense avoir fait de bon boulot, mais la société néolibérale ne tient pas à ce que les gens soient des consommateurs avertis, ce n'est pas assez payant pour ses petites et grandes entreprises.Ne cherchons pas à rendre l'école utile, elle doit être plutôt essentielle. L'utilité marginale d'un cours au secondaire n'est pas très élevée, surtout s'il est considéré par les ados comme un cours B.S.