L’UMQ s’ouvre enfin aux enjeux forestiers

Thierry Haroun Collaboration spéciale
S’il est une industrie qui est durable, c’est bien celle de la forêt, selon Rénald Bernier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir S’il est une industrie qui est durable, c’est bien celle de la forêt, selon Rénald Bernier.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il sera enfin question des enjeux forestiers lors des Assises annuelles de l’Union des municipalités du Québec par l’entremise d’un atelier politique intitulé « Vers la relance de l’industrie forestière au Québec », à la grande satisfaction des maires des régions qui estiment qu’il était grand temps que l’UMQ s’y attarde. Discussion avec trois élus qui s’y connaissent en la matière.

Gilles Potvin est le maire de Saint-Félicien, situé dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Pour lui, le fait que l’UMQ s’ouvre enfin à la forêt est un soulagement. « Je suis bien content, monsieur ! Je pense que l’UMQ était en retard sur cette question et elle ne reflétait pas les vrais enjeux qui sont inscrits au sein de la loi sur l’occupation du territoire. Cet atelier est un gain. » Rénald Bernier, son collègue de Saint-Pascal, situé dans la région de Kamouraska, renchérit. « Enfin, l’UMQ se penche sur cette industrie qui est si importante au Québec. Nous, les maires en région, on est conscients de cela. C’est une évidence pour nous, mais pas pour les maires des centres plus urbanisés comme Québec et Montréal. » L’animateur de cet atelier, qui sera assurément couru, est le maire de Rouyn-Noranda, Mario Provencher, également président du Comité sur la forêt qui a été relancé en 2015 au sein de l’UMQ. On aura donc compris que l’organisation de cet atelier n’est pas étrangère à ce nouveau comité au sein duquel siège plus d’une vingtaine de maires. « Je suis fier d’animer cet atelier. D’autant plus que je suis maire d’une ville située dans une région où l’industrie forestière est très présente. Dans une région comme la mienne, le fait de perdre une trentaine d’emplois, c’est comme si à Montréal il s’en perdait 1200. C’est pour ça qu’il est important de parler de l’industrie forestière et de sa relance. »

Un atelier où il sera question du nouveau régime forestier, de sylviculture, d’emploi, de transformation, de main-d’oeuvre, de relève et d’avenir, bien sûr. « L’idée, c’est de préparer le bois de l’avenir. Écoutez, la forêt est une ressource renouvelable, la forêt ça se jardine », fait valoir le maire Provencher qui a lui-même travaillé dans le secteur de la sylviculture. Un métier qui n’est pas de tout repos, admet-il en précisant que pour une ville comme la sienne, ce sont plutôt les emplois dans le secteur minier qui sont alléchants. « Il y a de la sylviculture sur mon territoire. Mais vous savez, avec le boom minier des dernières années, le choix entre planter des épinettes et travailler dans une mine à 85 $ l’heure, c’est un choix qui n’est pas difficile à faire. »

« Moi, ça me tente de dire aux maires qui seront présents la chose suivante : “Souvenons-nous du secteur du cirque. Quand le Québec s’y est mis, on n’avait pas de tradition de cirque et pourtant on l’a réinventé. On est devenu un leader mondial !” Eh bien, l’industrie forestière on la tient pour acquise. On a fait évoluer nos pratiques. C’est ce secteur qui a fondé notre pays au complet. Mais il faut bien l’affirmer ! » lance le maire Potvin qui, tout au long de l’entrevue, a souligné à grands traits l’importance de ce secteur dans l’économie. Il a rappelé que cette industrie, avec ses 60 000 emplois (dont 4000 dans la grande région de Montréal), ses 250 communautés qui en dépendent et son apport de 16 milliards de dollars au PIB de la province, dépasse celle de l’aéronautique (12 milliards), de l’aluminerie (7 milliards) et des mines (8 milliards).

Les Québécois faits de bois

« On tient ça pour acquis. Mais écoutez, ça peut être menacé parce que le gouvernement interprète mal le fait que cette industrie est structurante pour l’économie des régions. Le Québec est vu dans le monde comme un modèle en matière de foresterie. Il faut en être fier. C’est notre patrimoine collectif autour duquel tous les Québécois peuvent se rassembler. C’est incontestable à mon avis. Au Québec, on est faits de bois. On est un peuple forestier qu’on le veuille ou pas. » De manière concrète, Gilles Potvin prône un reboisement plus intensif. « On reboise artificiellement 20 % de ce qu’on coupe. Alors que dans les pays scandinaves, ils reboisent à 100 %. On a des rendements de deux à trois fois inférieurs à eux. C’est d’ailleurs l’un des messages que je vais lancer lors de cet atelier, promet-il. Nous avons les outils pour le faire, mais il faut que le gouvernement mette cette fierté de l’avant. Et le message que les gens de Saint-Félicien lancent au gouvernement est le suivant : “Maintenant, c’est tolérance zéro. Plus une perte d’emploi en forêt et plus aucune diminution attribuable à l’exploitation forestière.” »

Le bois rapporte à l’État

S’il est une industrie qui est durable, c’est bien celle de la forêt, fait valoir de son côté le maire Rénald Bernier qui est aussi président du Regroupement des sociétés d’aménagement forestier du Québec. « J’y ai passé ma vie. Il y a un endroit où je vais et où on a récolté plusieurs fois et ça repousse, c’est un jardin. J’y vais avec mes enfants, et mes petits-enfants vont y retourner. Le prélèvement de la matière fait partie du cycle de cette industrie et de celui de la forêt », dit-il en faisant un bref retour sur le documentaire L’erreur boréale (Richard Desjardins et Robert Monderie) qui a fait grand bruit lors de sa sortie en 1999. « À l’époque, c’était peut-être une bonne chose que ç’a été fait. Mais en même temps, ce film n’a montré qu’un côté de la médaille de l’industrie forestière. On a un nouveau régime forestier au Québec dont on doit être fier et qu’il faut faire connaître. » Sur le plan des chiffres, M. Bernier conclut le débat avec ceci : un mètre cube de bois transformé rapporte 50 $ à l’État québécois.